La Banque du Japon fait le minimum

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Le gouverneur de la banque du Japon, Haruhiko Kuroda, n'a pas modifié réellement sa politique.
Le gouverneur de la banque du Japon, Haruhiko Kuroda, n'a pas modifié réellement sa politique. (Crédits : Reuters)
La banque centrale nipponne a laissé sa politique monétaire quasi-inchangée. Une façon de mettre la pression sur le gouvernement qui va devoir présenter le 2 août un plan de relance solide.

La Banque du Japon(BoJ) jetterait-elle l'éponge ? La banque centrale nipponne a déçu toutes les attentes ce vendredi 29 juillet en se contentant du strict minimum. Pourtant on attendait beaucoup de Haruhiko Kuroda, le gouverneur. La remontée du yen, continue depuis le début de l'année mais encore accélérée après les turbulences liées au vote britannique en faveur de la sortie de l'UE, la pression baissière de l'inflation et des anticipations d'inflation, les demandes appuyées du gouvernement : tout semblait pousser la BoJ à l'action.

Quelques annonces

Certes, la BoJ n'est pas restée totalement immobile. Elle a annoncé qu'elle doublait ses rachats d'ETF, les fonds indiciels boursiers en les faisant passer de 3.300 à 6.000 milliards de yens (environ 52 milliards d'euros). Elle a offert un accès à des crédits en dollars des Etats-Unis aux banques pour un montant de 24 milliards de dollars sur quatre ans. Mais le reste de la politique monétaire reste inchangé : pas de baisse du taux de dépôt qui demeure à -0,1 % pour une partie minimale des dépôts bancaires auprès de la BoJ et pas d'augmentation des rachats de titres obligataires, maintenu à 80.000 milliards de yens par an, soit 698 milliards d'euros.

Limites de la politique monétaire

Certes, Haruhiko Kuroda a affirmé dans sa conférence de presse qu'il pouvait encore agir et même baisser le taux de dépôt. Mais pour autant, son message est clair : la BoJ ne peut guère aujourd'hui agir davantage. Les limites de sa politique monétaire ont été atteinte, du moins dans le cadre actuel. Une étude sur l'impact de cette politique a été demandée par le gouverneur pour septembre. Certes, la banque centrale japonaise a pu également estimer que les turbulences sur les marchés suite au Brexit était désormais passées et que le besoin d'agir fort n'était pas nécessairement urgent. Mais la situation japonaise n'en est pas moins préoccupante, même au-delà de l'effet « Brexit » : l'inflation reste négative sur un an, à -0,4 % et le FMI a récemment mis en garde contre une croissance quasiment nulle de l'Archipel si de nouvelles mesures n'étaient pas prises. La BoJ elle-même a revu ses pronostics d'inflation pour 2016 à la baisse : l'inflation sous-jacente devrait être cette année de 0,1 % contre 0,5 % prévu initialement.

La question du plan de relance

Mais, pour la BoJ, il s'agissait en réalité d'envoyer un message au gouvernement de Shinzo Abe : il est temps d'agir à présent. Si la politique monétaire a atteint ses limites dans le cadre actuel, il faut changer le cadre avec un plan de relance. Ce n'est donc plus à l'Etat d'attendre de la BoJ qu'elle agisse, mais l'inverse. On sait que le premier ministre nippon et son ministre des Finances, Taro Aso, se divisent sur le montant et la méthode du plan de relance qui devrait être annoncé officiellement le 2 août prochain. Certains observateurs, malgré le chiffre annoncé par Shinzo Abe mercredi 26 juillet d'un plan de 28.000 milliards de yens (241 milliards d'euros environ), doutent qu'il s'agisse là véritablement d'argent frais. Le vrai montant du plan pourrait ne pas dépasser 6.000 milliards de yens.

Pression sur le gouvernement

Avec sa relative immobilité, la BoJ renverse la pression. Jusqu'ici, c'est le gouvernement, notamment Taro Aso, qui demandait à la BoJ d'agir pour redresser l'inflation. Désormais, c'est l'inverse. La BoJ affirme implicitement qu'elle ne peut faire plus et que, pour redresser l'inflation et dynamiser la croissance, sa politique doit s'accompagner d'une vraie relance. Il revient donc désormais à Shinzo Abe de construire un plan de relance suffisant pour que la politique monétaire japonaise devienne enfin coordonnée. A priori, Haruhiko Kuroda n'a pas tort : les rachats de titres de 80.000 milliards de yens par an de la BoJ offre une opportunité unique à l'Etat nippon de financer son plan.

Yen en hausse

L'effet de cette déception ne s'est pas faite attendre : le yen s'est raffermi, touchant même à nouveau les 103 yens pour un dollar, pour 105 yens voici deux jours. Compte tenu de l'ampleur de la déception, cette hausse est presque réduite (vers 7h30, il fallait 103,5 yens pour un dollar), mais certains tablent sans doute sur une réaction du gouvernement. Du reste, le Nikkei 225, l'indice phare de la Bourse de Tokyo après avoir décroché, a fini la séance proche de l'équilibre. Le message de la BoJ a sans doute été compris comme un appel à l'action de Shinzo Abe. A lui, désormais, de reprendre le flambeau.

Des banques centrales calmes face au Brexit

Cette décision de la BoJ appelle deux réflexions. D'abord, les banques centrales ont, en juillet et en dépit du Brexit, gardé leur sang-froid. Aucune des grandes banques centrales n'ont en effet bougé et la Fed a même rouvert la voie vers une hausse de ses taux en septembre. C'est le signe de l'aspect limité de l'effet lié au Brexit (même si, compte tenu des signes de dégradation économique au Royaume-Uni, la Banque d'Angleterre devrait agir le 5 août), mais aussi d'une certaine prise de conscience des limites de la stratégie consistant à laisser les banques centrales agir seules. Cette question se pose surtout pour une BCE qui, ne disposant pas d'un gouvernement face à elle comme la BoJ ou la Banque d'Angleterre, ne peut exercer le type de stratégie qui est celui des Nippons aujourd'hui.

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