La BCE s'apprête à passer à la vitesse supérieure pour relancer l'inflation

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(Crédits : © Eric Vidal / Reuters)
Le conseil des gouverneurs de la BCE se réunira les 2 et 3 décembre. Il devrait au moins gonfler le volume et/ou étendre la durée du "QE", son programme de rachats de dette lancé en mars dernier, voire abaisser le taux de dépôt qui s'applique aux banques stockant des liquidités à court terme dans ses caisses.

 La Banque centrale européenne (BCE), qui soutient déjà l'économie du continent à coups de milliards d'euros, s'apprête à passer jeudi à la vitesse supérieure pour relancer l'inflation, passant outre les réserves de certains gouverneurs et d'une partie des observateurs.

Alertée par la reprise poussive et une inflation toujours au point mort en zone euro, l'institution monétaire a promis fin octobre de "réévaluer l'efficacité de sa politique monétaire" à l'occasion de la prochaine réunion de son conseil des gouverneurs, les 2 et 3 décembre.

"Si nous décidons que la trajectoire actuelle de notre politique n'est pas suffisante pour atteindre notre objectif, nous ferons ce que nous devons faire pour relancer l'inflation aussi vite que possible", a promis la semaine dernière le président de la BCE Mario Draghi.

Ces propos ont mis en ébullition les marchés, les aidant à faire fi d'un climat de forte incertitude géopolitique après les attentats de Paris, et font dire à Johannes Gareis, économiste de Natixis, qu'"une nouvelle intervention de la BCE semble une affaire déjà largement entendue".

Gonfler le volume voire la durée du "QE"

Pour la plupart des observateurs, la BCE devrait au moins gonfler le volume et/ou étendre la durée du "QE", son programme de rachats de dette lancé en mars dernier, qui prévoyait jusqu'à présent 60 milliards d'euros d'achats par mois jusqu'en septembre 2016.

"Une nouvelle intervention est pleinement justifiée par les perspectives d'inflation", juge Marco Annunziata, économiste en chef de General Electric.

"La question n'est pas de savoir si le conseil des gouverneurs va assouplir sa politique monétaire lors de sa réunion, mais plutôt s'il va le faire de manière suffisamment décisive pour satisfaire les attentes très fortes nées des messages conciliants qu'il a lui-même envoyés", prévient Jonathan Loynes, économiste chez Capital Economics.

Taux de dépôt

Outre doper le "QE", l'institution pourrait également abaisser le taux de dépôt, qui s'applique aux banques stockant des liquidités à court terme dans ses caisses. Porté en territoire négatif en juin 2014, ce taux pointe désormais à -0,2%, ce qui signifie que parquer de l'argent à la BCE coûte de l'argent au lieu d'en rapporter. Augmenter cette pénalité pourrait inciter les banques à prêter davantage aux ménages et aux particuliers.

En dépit des nombreuses mesures déjà déployées (taux au plus bas, prêts géants très bon marché pour les banques, rachats massifs de dettes), l'institution monétaire européenne n'est pas parvenue jusqu'à présent à relancer les prix au sein du bloc monétaire.

Lestée par la faiblesse des prix du pétrole, l'inflation a quasiment fait du surplace en octobre, avec une progression de 0,1%, très loin de l'objectif d'un peu moins de 2% que s'est fixé la BCE. Les gardiens de l'euro s'inquiètent par ailleurs des conséquences du ralentissement des grandes économies émergentes.

Dissensions

Le bien-fondé d'une nouvelle intervention est toutefois loin de faire l'unanimité parmi les analystes, tout comme au sein du conseil des gouverneurs, surtout côté allemand.

"Plus la politique monétaire ultra-expansive dure dans le temps, moins celle-ci est efficace et plus des risques (...) vont entrer en jeu", a notamment fait valoir la semaine passée le président de la Banque centrale allemande Jens Weidmann, membre de ce conseil.

Il appelle également à "ne pas dessiner un tableau trop noir" de la situation économique, jugeant que la chute des prix du pétrole est au contraire synonyme de coup de pouce à l'économie.

Pas sûr que de nouvelles mesures soient nécessaires, juge également Holger Schmieding, chef économiste chez Berenberg, selon qui "le stimulus monétaire que la BCE a déjà fourni est en train de fonctionner".

Entre autres, l'économie de la zone euro a continué à croître au troisième trimestre, bien qu'à un rythme ralenti, et le crédit bancaire au secteur privé, dont la faiblesse a longtemps été considérée comme un frein à la reprise, a poursuivi son redressement en octobre.

De surcroît, "plus de stimulus pose un risque d'instabilité financière", met en garde Andrew Bosomworth, du fonds américain Pimco. D'ores et déjà, les taux bas donnent du fil à retordre aux banques et aux assureurs, et la recherche de rendements peut conduire les investisseurs à prendre des risques inconsidérés dans leurs placements.

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Commentaires
a écrit le 01/12/2015 à 21:31 :
Quelle est la raison pour bloquer systématiquement mes commentaires, cela vous dérange ? Faites vous partie de la non-information et non-débat de la pensée unique ?
a écrit le 30/11/2015 à 11:58 :
je ne suis pas économiste ,encore moins financier, mais j'ai l'intuition que Mr Mario a perdu la boule . Continuer à gaver les banques de fric qu'elles s'obstinent à utiliser majoritairement dans des opérations de spéculation ,et vouloir relancer l'inflation qui diminue le pouvoir d'achat des particuliers , va conduire à un clash social monumental , car l'économie non financière qui seule génère la création d'emplois va encore faiblir .
les allemands ont encore en mémoire le bruit des bottes des troupes hitlériennes et n'ont pas envie de renouveler l'expérience national-socialiste que la politique de Mario pourrait refaire émerger en peu de temps . espérons qu'ils sauront le convaincre " d'arrêter ses conneries " .
a écrit le 30/11/2015 à 11:22 :
Pour relancer l'inflation pourquoi ne pas distribuer une somme fixe émise par la BCE à tous les européens de la zone euro. C'est une forme d'impôt, c'est extrêmement redistributif et ça évite la formation de bulles. Au lieu d'être pied au plancher sur les taux ce qui non seulement ne laisse aucune marge de manoeuvre, fait croire qu'il n'y a aucun risque à prêter à une banque, ne permet qu'aux plus riches d'emprunter et gonfle artificiellement le marché action.
a écrit le 29/11/2015 à 23:37 :
Ni l'inflation, ni la déflation ne sont dans l'intérêt général des peuples mais seulement au service de l'oligarchie. Pour qui roule la BCE ? De qui se moque t-on ? Des milliards injectés au moins(se serait un moindre mal) dans l'économie réelle ? Bien sur que non, c'est seulement pour gonfler des actifs boursiers pour que les grands patrons s'en foutent plein les poches ainsi que les dividendes des initiés. Le peuple, lui va continuer à subir l'augmentation du chômage, des impôts et taxes diverses et variées, une fonte exponentielle du pouvoir d'achat et de son épargne ainsi qu'une bulle spéculative qui va lui péter à la figure ou carrément, j'en ai bien peur, un effondrement systémique dont on voit les symptômes par une instabilité politique et des évènements qui pourraient déboucher une fois de plus sur une guerre. Est-ce ainsi que les hommes vivent ?....
Réponse de le 30/11/2015 à 12:27 :
la BCE ne peut pas tout. Son unique arme est la politique monétaire. Et étant donné que le gouvernement allemand bloque l'utilisation de l'arme budgétaire il n y a guere que cette mécanique - certes imparfaite - pour essayer de relancer la machine économique européenne qui est totalement bloquée et dans l'expectative de .... on ne sait trop quoi ...
cette politique aurait dû être fait il y 5 ans. aujourd'hui la defiance est elle qui faudra de nombreux mois de statistiques un peu meilleure, pour que les acteurs économiques (consommateurs, entreprises) reprennent confiance et investissent.
a écrit le 29/11/2015 à 19:50 :
Relancer l'inflation pour ruiner les petits épargnants sein de sauver les banques qui continueront à spéculer.
Réponse de le 30/11/2015 à 11:50 :
l inflation ruine les rentiers et favorise les actifs. c est un choix de societe. veux t on favoriser les vieux ou les jeunes ? les fils a papa ou les entrepreneurs
a écrit le 29/11/2015 à 19:38 :
Il faut continuer à moins consommer. Juste le nécessaire. Le système financier finira par couler. On repartira sur de nouvelles bases.
a écrit le 29/11/2015 à 19:22 :
On croit rêver. Pendant des années, BCE et banques nationales ont tout fait pour mettre au tapis l'inflation, et maintenant on veut la relancer ???
a écrit le 29/11/2015 à 18:48 :
Et des salaires corrects pour s'acheter de quoi vivre, ils y ont pas pensé ?
Réponse de le 29/11/2015 à 21:04 :
Tout à fait d'accord, qu'on égalise les salaires intra europe pour diminuer la paupérisation de celle-ci. Et qu'on hausse les taxes aux frontières à l'importation de tous les pays avec un salaire inférieur. Il n'y a pas de raison valable éthiquement parlant que des salariés chinois, polonais ou français aient des salaires différents pour accomplir le même travail.
a écrit le 29/11/2015 à 18:26 :
C'est bien la réponse d'un ex-banquier , faire payer aux autres les mauvais rendements financiers de l'économie. L'inflation est le supère impôts qui n'apporte rien à 85% de la population , la course en avant pour prendre le pouvoir d'achat des ménages au profit de ceux qui veulent plus de rendements .
a écrit le 29/11/2015 à 17:06 :
On va vers japonisation de l'économie .... rien ne sert de rajouter du grain dans le moulin, qui ne tourne pas !
a écrit le 29/11/2015 à 16:57 :
L’Allemagne emprunte des sous à un taux négatif .... j'en tire la conclusion que personne n'a plus confiance dans le système !
a écrit le 29/11/2015 à 12:04 :
Voilà que l'on maudissait "l'inflation" pour nous convaincre que l'euro était une bonne monnaie mais la réalité se fait jour!
Réponse de le 29/11/2015 à 17:36 :
La déflation c'est ni pus ni moins que l’inondation.... l'inflation c'est l'incendie .... à votre avis c'est quoi le plus facile à combattre ? L'incendie !!!!!!!!!!
a écrit le 29/11/2015 à 11:41 :
Attention aux bulles spéculatives qui sont en train de se reformer. Elles ne créent pas de croissance mais une illusion de croissance. On commence à le voir avec la reprise des prix de l'immobilier parisien, pourtant déjà à des niveaux stratosphériques.
a écrit le 29/11/2015 à 11:01 :
A défaut de prendre des mesures de purge économique qui certes vont etre douloureuses dans un 1er temps , mais qui sont à moyen long terme ; la seule politique à mener pour assainir l' économie , la BCE continue à privilégier l'ordonnance de la drogue QE , qui ne guérit rien , mais qui permet de repousser la poussiére plus loin sous le tapis ; ( " aprés nous le déluge " ....)
a écrit le 29/11/2015 à 10:32 :
Elle est ou la loi du marché quand la BCE soutien avant tout les bulles spéculatives ? Le marché actuel est totalement déséquilibré par l'interventionnisme des états qui protègent les spéculateurs. Si les états avaient laissé les institutions financières faire faillite en 2008, pour les revendre à des investisseurs plus sérieux, nous ne serions pas dans cette situation catastrophique. On a gardé les mêmes entités néfastes pour soutenir un modèle économique absurde. La déflation est un mal nécessaire au capitalisme pour rééquilibrer l'économie : pourquoi lutter contre les règles d'un modèle qu'ils défendent avec autant de conviction ?
a écrit le 29/11/2015 à 10:27 :
Le QE ca ne sert que la spéculation toute ces mesures prises depuis 3 ans n'ont pas eu beaucoup d'effets
Il faudrait des idees neuve !!
Réponse de le 30/11/2015 à 6:27 :
Un autre partage des richesses ?

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