La Deutsche Bank a bénéficié d'une "exception" bienveillante lors des stress tests bancaires

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La BCE s'est montrée très bienveillante avec la Deutsche Bank dans les stress tests.
La BCE s'est montrée très bienveillante avec la Deutsche Bank dans les stress tests. (Crédits : KAI PFAFFENBACH)
Lors des tests de résistance publiés cet été, la BCE a intégré une opération de cession non finalisée, contrairement à ses propres règles. Une exception qui pose la question de la sincérité de l'exercice.

La Deutsche Bank a bénéficié d'un « traitement spécial » pendant les derniers tests de résistance (« stress tests ») bancaires réalisés par la BCE et l'Autorité bancaire européenne (EBA). C'est le Financial Times qui, ce lundi 10 octobre, a souligné ce cas passé, cet été, inaperçu. Les autorités ont en effet intégré dans le capital de la banque francfortoise utilisé pour les calculs le montant de la vente de 19,99 % de la banque chinoise Hua Xia Bank estimé à 3,43 milliards d'euros.

Cette opération a fait l'objet d'un accord le 20 décembre 2015, mais n'a pas été finalisée. Elle ne l'est, d'ailleurs, toujours pas et n'a pas obtenu le feu vert des autorités de la concurrence, même si Deutsche Bank prétend avoir « bon espoir » de la finaliser avant la fin de l'année... 2016. Or, selon les règles des stress tests fixées par la BCE, « aucune vente ou autres mesures capitalistiques et transactions qui n'ont pas été complétés avant le 31 décembre 2015, même si elles ont fait l'objet d'un accord » ne doivent être comptabilisées.

Dans le document récapitulatif du test de résistance, l'exception accordée à Deutsche Bank est précisée par une discrète note de bas de page (la note 18 page 33). Dans cette note, on ne précise pas qu'un « traitement spécial » a été accordé à la banque allemande. On se contente d'indiquer que « l'opération sera finalisée en 2016 », ce que ni la BCE, ni l'EBA ne sont alors en mesure d'affirmer, n'étant pas les autorités de la concurrence chinoises. En réalité, l'exception accordée discrètement à Deutsche Bank ne saurait se justifier par aucune règle.

Une exception exceptionnelle ?

L'EBA a indiqué au Financial Times qu'une vingtaine « d'éléments exceptionnels » ont été intégrés dans les tests « pour éviter des anomalies évidentes dans des tests qui concernent l'avenir lorsque des événements ont eu lieu en 2015 ». Mais le quotidien londonien des affaires a examiné ces exceptions en détail et n'y a trouvé que des éléments administratifs ou de décompte des dépenses courantes, bien éloignés de la vente d'un portefeuille évalué à 3,4 milliards d'euros. Mieux même, la banque espagnole CaixaBank qui a finalisé en mars 2016 la vente de ses actifs étrangers à sa maison mère Criteria Holding pour 2,65 milliards d'euros, n'a pas été autorisée à intégrer dans les calculs des stress tests le produit de cette opération. C'est assez dire si le géant bancaire allemand a fait l'objet d'une procédure très « particulière ».

Eviter de placer Deutsche Bank en difficulté

Pourquoi ? On ne peut ici avancer que des conjectures. Mais il est certain que la Deutsche Bank, qui était déjà sous la pression des marchés depuis des mois, apparaît comme le maillon faible du système financier européen. On aura donc tenté d'embellir le tableau pour ne pas trop inquiéter. Dans le résultat officiel, en cas de « scénario difficile », la Deutsche Bank voyait son ratio de solvabilité de « première classe » (« core Tier-1 »), autrement dit, grosso modo, la part de son capital immédiatement disponible, pondéré des risques, sur le total de son actif, passer de 11,1 % en 2015 à 7,8 % en 2018. Sans l'opération Hua Xia, ce ratio tomberait à 7,4 %. Certes, on serait au-dessus encore du niveau de 5,5 % qui avait été fixé en 2014 comme limite de « réussite » pour les stress tests, mais ceci aurait encore rendu le résultat plus inquiétant pour la banque allemande.

En effet, avec un recul « officiel » de 3,32 points, la Deutsche Bank subissait une baisse inférieure à la moyenne européenne (3,8 points). En excluant l'opération chinoise, la banque revenait dans cette moyenne avec un écart de 3,72 points. De plus, avec un ratio « core Tier-1 » de 7,4 %, elle devenait la plus fragile des banques allemandes, passant sous le ratio de Commerzbank (7,42 %). Bref, elle tombait plus évidemment sous le regard des observateurs, ce qu'il fallait sans doute absolument éviter.

Crédibilité des tests en question

Ces exceptions méthodologiques placent de véritables dangers sur la crédibilité des stress tests européens dont la fiabilité a déjà été souvent mis en doute (en 2011, Dexia avait été jugée saine avant de sombrer quelques mois plus tard). L'union bancaire européenne repose pourtant sur ces exercices qui doivent permettre à la BCE, en tant que superviseur européen unique, d'évaluer les risques et de les prévenir. Mais il est vrai que la position de la BCE, par ailleurs chargée de la politique monétaire dont les banques sont les premiers relais de transmissions, ne peut se permettre d'affaiblir un des principaux maillons du système. Il n'empêche, cette note de bas de page risque de faire longtemps porter des doutes sur la sincérité des tests de résistance alors que beaucoup s'interrogent effectivement sur la véritable santé du secteur bancaire européen.

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Commentaires
a écrit le 11/10/2016 à 23:54 :
Voilà qui entache la crédibilité des testes en question. Ce ne semble guère plus sérieux que les agences de notation.
a écrit le 11/10/2016 à 9:52 :
too big too fail ! Ou c'est le ras de marée et personne ne veut de ça, j'aurais donc fait la même chose mais c'est bien a l'Allemagne de commencer a réformer son système bancaire, il y aurait il du bon business pas cher a faire dans ce pays pour les banques françaises ?
a écrit le 11/10/2016 à 9:07 :
Quoi !? Encore un de mes commentaires qui n'a pas été validé ?

Vous avez embauché les deux guignols néolibéraux qui ne veulent ni voir ni entendre des analyses contraires à leur dogme pour modérer au quoi ?

Si le milieu de la finance est aussi incompétent et destructeur c'est parce que tout n'y est que tricherie, que mensonges, souvenez vous de la fameuse "main invisible des marchés" que j'ai appris il y a longtemps et déjà à l'époque je contestais cette vision plus qu'optimiste, religieuse même (aides toi et dieu t'aidera) des faits.

S'il était vraiment libéral le marché financier mondial il est fort possible que là en effet il y ai une auto-régulation effective mais comme nous sommes en néolibéralisme et que donc les gros ne doivent pas couler nous avons les états qui subventionnent directement ou indirectement les multinationales et leurs actionnaires majoritaires.

Tout est factice en néolibéralisme, ça ne peut pas fonctionner.
a écrit le 10/10/2016 à 22:28 :
M. Godin a oublié de mentionner la date du contrat signé par la Caixa avec sa société mère. Une telle transaction peut être réalisée plus rapidement que des contrats avec des tierce personnes. S'il n'y avait pas encore de contrat signé en 2015, les deux situations ne sont pas comparables.
Merci d'ailleurs pour la démonstration qu'il y a un conflit d'intérêt entre la fonction de la BCE en tant que banque centrale et sa fonction simultanée comme superviseur des banques.
a écrit le 10/10/2016 à 19:30 :
@RomaricGodin, d'ou vient votre definition du Core T1 ratio...?
a écrit le 10/10/2016 à 18:24 :
Une banque allemande bénéficie d’un traitement de faveur d’une organisation basée en Allemagne ? Comme c’est étrange.
Et il y a peu c’était les allemands qui se plaignaient de l’ingérence de la France à la BCE… Un comble !
a écrit le 10/10/2016 à 18:16 :
une "exception" bienveillante lors des stress tests .. ça c'est la façon bobolitiquement correcte de dire les choses .. une autre façon, celle de Mr Toulmonde, serait de dire "qu'une fois de plus, les banquiers mentent et truquent leurs comptes de façon à préserver leurs commissions et leurs stock-options. Bref, avec la complicité des "zessperts" et des medias, ils se foutent de nous". C'est pas plus clair comme ça ?
Réponse de le 10/10/2016 à 18:47 :
Entièrement d'accord.

La complaisance avec ces bandits, enfin, rien d'étonnant, leurs complices : les politiciens, leurs portes-paroles : les médias.
Réponse de le 10/10/2016 à 18:55 :
Pas forcément, la bonne façon serait de dire que nos dirigeants sont prèts à tout pour permettre à l’Allemagne de briller et qu'elle puisse continuer à donner des leçons à tout le continent européen afin d'obtenir la fameuse dévaluation salariale tant souhaitée par nos dirigeants. Ah les fameux contrats à 450€ qui font que les pauvres restent pauvres.
a écrit le 10/10/2016 à 17:18 :
Le but est de rassurer les marchés financiers en effet, merci pour cet article, même si on se doute que ce n'est pas la première ni la dernière fois.

L'avantage c'est que les marchés financiers étant benêts il n'est pas difficile de les rassurer, c'est la situation économique mondiale aux mains de ceux-ci qui est beaucoup moins rassurante par contre du coup.

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