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ÉconomieUnion européenne

Le Parlement européen adopte la nouvelle PAC, des voix s'élèvent pour dénoncer le "greenwashing"

latribune.fr

Publié le 23 novembre 2021 à 10:53 - Mis à jour le 23 novembre 2021 à 15:29

Agriculture tracteur

Les eurodéputés doivent se prononcer à la mi-journée sur les trois textes régissant cette politique européenne, qui devraient obtenir l'aval de la majorité, selon plusieurs sources parlementaires.

Reuters

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La nouvelle Politique agricole commune a été définitivement avalisée au niveau européen ce mardi, avant que les Etats membres s'en saisissent pour transposer ses mesures. Parmi les voix écologistes, avant même son adoption, Greta Thunberg a qualifié cette nouvelle mouture de "désastreuse pour le climat et l'environnement", et "pas en ligne avec l'accord de Paris".

[Article publié le mardi 23 novembre à 11h53, mis à jour à 16h30]

A quelques heures de son adoption définitive, la PAC (Politique agricole commune) rencontre déjà de fortes oppositions. Alors que le Parlement européen a donné ce mardi son feu vert à la nouvelle politique agricole de l'Union, plusieurs voix dénoncent des mesures synonymes de "greenwashing". Pour la France, qui est le premier pays bénéficiaire, les subventions européennes atteignent environ 9,4 milliards d'euros par an. Elles représentent ainsi une part importante du revenu des agriculteurs.

Au global, la PAC est dotée d'un budget de 387 milliards d'euros jusqu'en 2027 - soit près d'un tiers du budget pluriannuel de l'UE -, dont 270 milliards d'aides directes aux agriculteurs.

Après des mois d'âpres pourparlers, un compromis avait finalement été trouvé en juin dernier, pour une application prévue à partir de janvier 2023. Mais déjà, les eurodéputés verts, certains socialistes et des ONG dénonçaient un compromis « désastreux » et des règles environnementales jugées trop peu contraignantes, notamment sur les éco-régimes, ces primes accordées aux exploitants participants à des programmes environnementaux exigeants.

En découle, au niveau national, une ambition environnementale trop faible, a aussi jugé l'Autorité environnementale dans un avis rendu fin octobre. Elle "recommande à l'État de rehausser le niveau d'ambition du PSN afin de mettre en cohérence ce plan avec la trajectoire qu'il s'est fixée en matière de changement climatique et également de bon état des eaux, de reconquête de la biodiversité et de santé humaine".

Les mesures phares

Concrètement, la réforme prévoit d'accorder des primes aux agriculteurs participant à des programmes environnementaux plus exigeants, recourant à des techniques plus écologiques ou contribuant à améliorer le bien-être animal.

Les Etats devront consacrer en moyenne 25% par an des paiements directs à ces "écorégimes" entre 2023 et 2027, avec la possibilité de n'y consacrer que 20% les deux premières années.

Ils devront affecter au moins 35% du budget du développement rural à des mesures liées à l'environnement et au climat.

Chaque Etat doit préparer d'ici fin 2021 un "plan stratégique" détaillant son usage des fonds européens. Bruxelles devra vérifier la conformité de ces politiques agricoles nationales aux objectifs de réduction des gaz à effet de serre (Pacte vert) et de baisse de 50% des pesticides d'ici 2030, avec un quart des terres réservées au bio. Un alignement qui n'est toutefois pas assez contraignant pour les ONG écologistes.

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Au moins 10% des paiements directs devront être redistribués aux petites et moyennes exploitations, les Etats devront employer au moins 3% du budget au soutien des jeunes agriculteurs. Une "réserve de crise" permanente d'au moins 450 millions d'euros est instituée en cas d'instabilité des prix.

Un "Canada dry d'écologie"

L'eurodéputée française Anne Sander (PPE, droite) juge le résultat "équilibré". "L'accord n'est pas parfait, on va demander aux agriculteurs de faire davantage d'efforts avec un budget qui est quand même en légère baisse", a-t-elle reconnu lors d'un point de presse vendredi, tout en soulignant de "nombreuses avancées". "On a défendu une PAC environnementale mais avec un volet économique fort" en faveur des agriculteurs, indique-t-elle.

Du côté du groupe Renew Europe, pour l'eurodéputé et agriculteur Jérémy Decerle, le compromis trouvé est un "succès" et la PAC est "renforcée".

Les Verts, qui voteront contre le texte, réclament, eux, la réécriture d'une nouvelle PAC "pour qu'il y ait une cohérence avec ces objectifs", explique le Français Benoît Biteau, paysan bio et agronome. Il dénonce un "Canada dry d'écologie", un "cahier des charges trop faible pour qu'on engage cette transition" verte, soulignant aussi que "80% de l'enveloppe (des aides) est mobilisée par seulement 20% des agriculteurs".

Même son de cloche du côté de l'élu Manuel Bompard (GUE/NGL, gauche radicale), pour qui le vote de cette PAC serait "un désastre". "Les écorégimes sont tellement mal définis qu'ils ouvrent la voie à des processus de greenwashing", critique-t-il.

À lire également

  • Réforme de la PAC: lettre ouverte à Jean Castex
  • La nouvelle PAC reçoit enfin le feu vert, Bruxelles réfute tout greenwashing

Dans un tweet posté vendredi, la militante pour le climat Greta Thunberg a aussi qualifié cette PAC de "désastreuse pour le climat et l'environnement", et "pas en ligne avec l'accord de Paris" de 2015, qui fixe comme objectif de limiter le réchauffement "bien en deçà" de 2°C et si possible à 1,5°C.

(Avec AFP)

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