La politique de Trump peut impacter les taux, selon le gouverneur de la Banque de France
latribune.fr
« Un vent de dérégulation semble annoncé outre-Atlantique », a commenté ce mardi celui qui est aussi membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE).
SARAH MEYSSONNIER
La politique de Trump peut impacter les taux, selon le gouverneur de la Banque de France
À l'occasion d'une conférence de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), François Villeroy de Galhau a prévenu ce mardi que les politiques économiques de l'administration Trump pourraient impacter le marché des taux d'intérêts et la compétitivité des banques européennes.
Les politiques économiques domestiques de la nouvelle administration Trump pourraient avoir un impact « limité » sur l'inflation européenne, mais pourraient avoir des répercussions sur les marchés de taux d'intérêts. C'est ce qu'a déclaré ce mardi le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau. Il s'exprimait à l'occasion d'une conférence de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR).
Dans ce contexte, le haut fonctionnaire a assuré que les régulateurs européens resteront attentifs à préserver les enjeux de compétitivité de l'UE. Notamment, face à une « éventuelle exception américaine » dans l'application des règles de Bâle 3, qui régissent les fonds propres des banques.
« Un vent de dérégulation »
« Un vent de dérégulation semble annoncé outre-Atlantique », a commenté celui qui est aussi membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE). « Face à une éventuelle exception américaine, les superviseurs et les législateurs européens resteront attentifs à préserver des règles de concurrence équitables entre grandes juridictions », a ajouté le gouverneur.
Avant de préciser : «Le paquet bancaire européen offre certains instruments pour ajuster si nécessaire notre réglementation aux enjeux de compétitivité, en particulier sur les risques de marché.»
Cette vigilance du gouverneur de la Banque de France n'est pas sans fondement. L'arrivée à la Maison-Blanche de Donald Trump, et son programme très protectionniste, font en effet planer un doute sur l'application aux Etats-Unis de la réglementation bancaire issue des travaux du comité de Bâle. Car lors de son premier mandat, le président Trump avait déjà effectué un détricotage des règles imposées aux banques après la crise de 2008.
Lancée aux lendemains de la faillite de la banque américaine Lehman Brothers, la réforme, dite de Bâle III, permet de renforcer les banques afin qu'elles résistent mieux aux chocs financiers. Et ce, sans faire appel aux contribuables pour les renflouer comme cela avait été le cas après la crise financière de 2008.
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Pas la première mise en garde
Ce n'est pas la première sortie du haut cadre public sur la réélection de Donald Trump. Juste après son élection, lors d'une conférence à Lyon, le gouverneur avait mis en garde : « Je crois que le résultat de l'élection américaine augmente à la fois les risques pour l'économie mondiale et la nécessité d'une remobilisation européenne. »
Une administration Trump entraînera « probablement plus de protectionnisme », « ce qui signifie plus d'inflation, au moins aux Etats-Unis, et à priori moins de croissance partout dans le monde », a souligné le banquier central.
Il a également relevé un déficit budgétaire américain, probablement plus élevé, ce qui risque de peser sur la croissance. « L'élection américaine doit sonner le réveil européen », après « un long engourdissement », avait aussi déclaré François Villeroy de Galhau, soulignant que « l'Europe aborde cette nouvelle donne avec des faiblesses évidentes », dont le « retard technologique » et la « division politique ».
Rassurer les banques
Quoi qu'il en soit, cette déclaration de François Villeroy de Galhau rassurera sûrement le secteur bancaire, dont certains patrons s'étaient émus des conséquences de la politique économique du futur président américain.
Il faudra, « collectivement en Europe être vigilants à ce que l'élection de Donald Trump (...) ne crée pas un accroissement de différentiel d'exigence de régulation et de supervision entre les deux continents », avait prévenu le président du directoire de BPCE, Nicolas Namias, début novembre. Et d'enjoindre l'Europe à ne pas être « naïve » sur ce point-là.
« À l'Europe de se donner les moyens pour redresser la tête, pour retrouver sa compétitivité dans tous les domaines de l'économie. Dans le domaine de la banque, le superviseur devra veiller aussi à ce sujet-clé de la compétitivité », avait pour sa part commenté Daniel Baal, président du Crédit mutuel sur le réseau social professionnel LinkedIn, le jour suivant l'élection de Donald Trump.