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ÉconomieUnion européenne

Le Danemark vote sur fond de reprise économique

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 12 juin 2015 à 05:00 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 05:47

Danemark Premier ministre

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La première ministre social-démocrate Helle Thorning-Schmidt espère remporter le scrutin de ce jeudi 18 juin en profitant de l'accélération de la croissance. Mais le scrutin pourrait aussi être marqué par une montée des extrêmes.

Le Danemark sera-t-il une exception en Europe ? Jeudi 18 juin, les 4 millions d'électeurs danois sont appelés à renouveler le Folketing, le parlement du pays. Une élection qui s'annonce très serrée entre la première ministre sortante, la sociale-démocrate Helle Thorning-Schmidt et son prédécesseur libéral Lars Løkke Rasmussen.

Personne n'aurait parié sur un tel scénario

Mais, alors que la plupart des partis de centre-gauche peinent en Europe à conserver leur électorat, le parti de Helle Thorning-Schmidt, pourrait, selon les sondages, progresser par rapport aux élections de 2011 où il avait obtenu 24,9 %. Le dernier sondage Gallup publié le mercredi 10 juin attribue 25,8 % des voix aux Sociaux-démocrates contre 20,8 % au parti libéral Venstre qui en 2011 était arrivé en tête avec 26,7 % des voix. Un autre sondage réalisé par l'institut Voxmeter et publié le même jour donne 26,9 % aux Sociaux-démocrates et 22 % à Venstre.

Voici encore un an et demi, personne n'aurait parié sur un tel scénario. Le Danemark ne fait pas partie de la zone euro officiellement, mais sa banque centrale, la DNB, maintient un ancrage étroit de la couronne à la monnaie unique. En conséquence, le pays, dont l'économie est très dépendante des livraisons à la zone euro et en particulier à l'Allemagne, est beaucoup plus sensibles aux évolutions de la conjoncture en zone euro. En 2011, lorsque Helle Thorning-Schmidt prend les rênes du gouvernement en coalition avec le parti socialiste du Peuple (SF) à sa gauche et le parti social-libéral à sa droite, le Danemark est donc en plein ralentissement dans la foulée de la crise de la zone euro.

Politique de « réformes »

La première ministre oublie alors ses promesses électorales très keynésiennes, comme la baisse des prix dans les transports publics et une politique de relance. Elle adopte la politique de rigueur budgétaire et de « réformes structurelles » du gouvernement précédent dirigé par Lars Løkke Rasmussen. Elle coupe dans les retraites et dans les allocations chômage pour financer une baisse des charges sur les sociétés. Une réforme qu'elle fait adopter au Folketing grâce aux voix de l'opposition libérale. En février 2014, elle rompt définitivement avec le SF lors de la privatisation de Dong, la compagnie nationale d'électricité, vendu à la banque américaine Goldman Sachs.

Helle Thorning Schmidt a donc tenu bon face aux critiques. Elle a très nettement « droitisé » le discours social-démocrate et est ainsi parvenue à attirer vers elle une partie de l'électorat de Venstre. La première ministre danoise est bonne tacticienne. Elle sait manier un discours de gauche pour conserver une partie de son électorat, jouer sur les cris d'orfraies du patronat qui continue à se lamenter sur les niveaux de taxations et de dépenses publiques les plus élevés d'Europe, et menacer du retour de la droite au pouvoir de 2001 à 2011 avec l'appui du parti du peuple danois (DF), parti xénophobe et eurosceptique. Elle sait aussi profiter du bon moment pour convoquer les électeurs.

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Accélération économique

Avec l'amélioration des perspectives en zone euro, le Danemark commence à voir son économie se redresser. En 2014, l'économie a déjà crû plus vite qu'en zone euro (1,1 % contre 0,9 %). Le 26 mai, le conseil des sages économiques a promis une croissance de 1,9 % cette année contre 1,7 % prévu par le gouvernement. Parallèlement, le chômage devrait baisser à 6,2 % de la population active. Il était de 7,6 % en 2011. Deux jours après cette annonce, Helle Thorning Schmidt décidait de convoquer les élections pour le 19 juin. Un délai très court qui lui permettait de centrer sa campagne sur le thème de la reprise économique. Pour complaire à l'électorat de gauche, elle a ressorti de son chapeau une promesse de plan de relance de près de 39 milliards de couronnes, soit environ 5,22 milliards d'euros, pour dynamiser l'économie.

Montée de la gauche de la gauche

Le pari de la première ministre n'est cependant pas gagné. En termes de « blocs », la gauche et la droite sont au coude-à-coude. Selon le sondage Voxmeter, les partis de droite devancent ceux de gauche par 89 sièges contre 86. Selon Gallup, la gauche obtiendrait 88 sièges contre 87 à la droite. Le suspense est donc total. C'est que le paysage politique danois est de plus en plus éclaté. Une situation qui ne garantit, du reste, pas le succès in fine au « vainqueur » de dimanche soir. Ainsi, à gauche, la politique de Helle Thorning-Schmidt fait beaucoup de mécontents. Le SF, par exemple, a été très fortement sanctionné pour sa participation au gouvernement de 2011 à 2014. Il pourrait perdre près de la moitié de son électorat en passant de 9 % à moins de 5 % des voix.

Une grande partie de son électorat a été attiré par « l'alliance rouge-verte » (Enhedslisten), formation issue de l'ancien parti communiste et qui pourrait frôler les 10 % après avoir réalisé 6,7 % en 2011. Or, ce parti est un adversaire résolu de la politique de la première ministre. Un autre parti, l'Alternative, issu d'une scission de gauche du parti social-libéral pourrait frôler les 5 %. Ce parti soutient la première ministre, mais entend « rompre avec la logique néo-libérale » et pourrait être un partenaire exigeant.

Montée de la droite populiste

A droite, Lars Løkke Rasmussen est pénalisé par plusieurs scandales, mais surtout par la montée du parti populaire DF. Ce parti, allié aux Conservateurs britanniques au parlement européen, a modéré légèrement son discours et il pourrait talonner Venstre avec entre 16,5 % et 17,5 % des intentions de vote. Cette fois, en cas de majorité de la droite, le DF pourrait bien se montrer plus gourmand qu'en 2007 lorsqu'il avait soutenu le gouvernement de droite sans y participer. Or, rien ne dit que la cohabitation entre Venstre et DF soit un long fleuve tranquille.

Les Sociaux-démocrates historiquement à un niveau faible

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Le bilan de Helle Thorning-Schmidt n'est donc pas si positif. Les déçus de la situation actuelle se retrouvent en masse à gauche comme à droite. Du reste, le succès des Sociaux-démocrates est à relativiser. Entre 1920 et 2001, le parti avait toujours fait un score supérieur à 29 % des voix, souvent, dans les années 1960-70, supérieur à 40 %. A partir de 2005, ses scores ont évolué autour de 25 %. Entre 1998 et 2011, le parti a perdu 350.000 voix, soit près de 10 points. Un retour à 26 % serait un coup d'arrêt au recul des Sociaux-démocrates, mais ce ne serait pas un succès majeur. Comme ailleurs en Europe, la Social-démocratie danoise ne profite pas réellement de son recentrage économique.

Romaric Godin

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