Le Danemark tente de sauver la stabilité de sa monnaie

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Le Danemark veut maintenir la stabilité de sa monnaie
Le Danemark veut maintenir la stabilité de sa monnaie (Crédits : © )
La banque centrale danoise tente de sauver l'ancrage de la monnaie nationale par rapport à l'euro face aux fortes demandes du marché. Un combat qui fait l'objet d'une unité nationale.

Le Danemark lutte pour maintenir le lien entre sa couronne et l'euro. Depuis le 15 janvier et la décision de la Banque nationale de Suisse (BNS) d'abandonner le taux plancher du franc suisse face à l'euro, la pression est très forte sur la devise nordique. Elle s'est encore accrue avec l'annonce de la BCE de lancer un assouplissement quantitatif fondé sur le rachat de 1.140 milliards d'euros de dette publique et par la victoire de Syriza en Grèce. Autant d'élément qui ont amené les acteurs du marché des devises à se reporter vers des monnaies de repli, dont la couronne danoise.

Le régime monétaire danois

Si le 2 juin 1992, les Danois ont rejeté l'euro à 50,7 % et ont, en conséquence, négocié une clause de maintien en dehors de la monnaie unique (opt-out), la banque centrale danoise, la Danmarks Nationalbank (DNB), a pour seule tâche de maintenir l'ancrage de la couronne à l'euro dans les limites du mécanisme européen de changes II (ERM-II) qui autorise une variation de plus ou moins 2,25 % par rapport à l'euro. Mais dans la pratique, la DNB observe une marge beaucoup plus étroite de plus ou moins 0,5 %. C'est un ancrage extrêmement fort qui fait de facto du Danemark un membre de la zone euro sur le plan économique. En réalité, cette politique d'ancrage est traditionnelle dans le royaume : la couronne était ancrée depuis 1982 sur le deutsche Mark et, auparavant, elle l'était sur la Livre Sterling.

Une première action le 20 janvier

Cet ancrage relève désormais d'un travail herculéen. Pour freiner la demande de couronnes, la DNB a donc décidé de prendre des mesures fortes à la fin du mois dernier. Le 20 janvier 2015, en pré le taux de référence a été ramené à 0,05 %, au même niveau que celui de la BCE. Parallèlement, le taux de dépôt a été encore abaissé plus avant en territoire négatif, passant de -0,05 % à -0,20 %. La pression ne s'est cependant pas encore réduite. Avec ces mesures, le Danemark se contentait d'aligner sa politique de taux sur celle de la zone euro. Pas de quoi, donc, chasser les investisseurs.

Une deuxième action le 30 janvier, une troisième le 5 février

La DNB est donc allée encore plus loin dix jours plus tard. Vendredi, elle abaissait le taux de dépôt à -0,50 %. Par ailleurs, elle annonçait prendre une mesure symbolique : en accord avec le gouvernement, les émissions d'obligations d'Etat danoises sont suspendues jusqu'à nouvel ordre. Pour le gouvernement, qui a dégagé un excédent budgétaire et qui dispose de réserves, cette suspension des émissions ne posent pas de problème. L'objectif était de fermer la porte d'entrée à la couronne, de couper un moyen commode d'acheter de la couronne, donc de faire entrer des capitaux dans le pays, tout en provoquant une hausse des prix de la dette danoise et donc une baisse des taux potentiellement décourageante. Mais rien n'y a fait, la décision de la BCE concernant la dette grecque a conduit la DNB à encore abaisser le taux de dépôt à 0,75 % le 5 février. Désormais, ce taux est aligné avec ceux de la Suisse et de la Suède.

Le calcul des spéculateurs

Malgré toutes ces mesures et des interventions importantes de la DNB sur le marché (elle a vendu 106,3 milliards de couronnes en janvier, soit plus de 14 milliards d'euros), la pression reste forte sur la couronne danoise. Comme le résume l'analyste de RBS Par Magnusson, beaucoup d'investisseurs parient sur un scénario « à la suisse » où, de guerre lasse, la DNB déciderait soit d'augmenter la variation autorisée de la couronne, soit, plus radicalement, abandonnerait l'ancrage et laisserait flotter librement la monnaie danoise. Dans ce cas, payer une « taxe » sur des dépôts auprès de la DNB d'un demi-point par an pour avoir l'espoir de bénéficier d'une hausse soudaine de 10 ou 20 % de la couronne, est un pari que beaucoup sont sans doute prêts à prendre.

Union politique autour de l'ancrage

Pourtant, miser sur l'abandon de l'ancrage semble un pari fort risqué. La stabilité monétaire fait quasiment partie de la culture nationale danoise. On observe, du reste, une véritable union nationale autour de la DNB. La première ministre Helle Thorning-Schmid a dit sa certitude que la DNB allait réussir à maintenir la stabilité de la couronne. Et, alors que le pays est en pleine campagne électorale, le parti populaire danois, de droite nationaliste, très eurosceptique, a également annoncé son soutien à la DNB pour « empêcher les spéculateurs » de briser l'ancrage. Bref, parier sur une levée de l'ancrage est un poil osé. La plupart des économistes penchent plutôt pour la poursuite de la baisse du taux de dépôt, surtout si Suisses et Suédois vont aussi dans ce sens...

Conséquences inattendues

Reste cependant que la DNB devra avancer prudemment. L'imposition de ces taux négatifs pourrait avoir des conséquences inattendues et étranges. Ainsi, Nordea a commencé à offrir des taux immobiliers négatifs ! Autrement dit, les clients pourraient être rémunérés pour accepter un crédit immobilier. La mesure pourrait se généraliser. Avec, comme conséquences, un développement du crédit aux ménages qui sont déjà les plus endettés d'Europe avec une dette totale équivalente à 260 % du PIB, une envolée des prix de l'immobilier et un secteur bancaire sous pression dans la mesure où il est interdit d'imposer des taux négatifs sur les dépôts. Comme le souligne RBS, si la lutte pour l'ancrage se poursuit, elle pourrait avoir des conséquences financières dangereuses pour le petit royaume nordique. Pour autant, abandonner le « peg » signifierait accepter un ralentissement économique brutal. Entre surchauffe et récession, le Danemark doit choisir...

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Commentaires
a écrit le 06/02/2015 à 10:44 :
Dire que certains (le FN particulièrement) veut faire sortir la France de la zone euro.. bon, avec eux, il n'y aura pas d'ancrage : nous irons acheter notre baguette avec une brouette de billets.
Réponse de le 06/02/2015 à 13:19 :
Je ne savais pas qu'en france nous importions nos baguettes de pain...

Forcément si vous achetez votre pain en dollar chez mc Donald il vaut mieux garder l'Euro.

N'importe quoi...
Réponse de le 06/02/2015 à 14:41 :
Les Francais savent que le programme du FN n'est pas crédible
Notre dette a été contractée en euros auprès de nos créanciers elle ne va miraculeusement se transformer en franc juste pour vous faire plaisir. Les investisseurs voudront être remboursés en équivalent en euros et non en francs !
Votre projet de rembourser en francs notre dette en euros est juste délirante
Si on quitte l'euro unilatéralement c'est pas pour ça que nos voisins vont faire de même ! La distorsion de concurrence entre la France isolée de ses partenaires et la zone euro feront que mécaniquement toutes les entreprises quitteront la France pour s'installer et délocaliser en zone euro face à la nouvelle monnaie qui ne vaudrait rien face à l'euro (les boites françaises n'accepteront jamais de rester dans un pays où tout ce qu'ils ont gagné en euros va s'évaporer avec le passage au franc comme pour l'épargne des Français en euros qui diminuerait drastiquement avec un changement de monnaie et une dévaluation de 20 % de la nouvelle monnaie
Nous ne vivons pas en économie fermée. Si tous les capitaux étrangers veulent quitter la France ils le feront et cela détruira notre pays
Les sociétés françaises qui verraient leurs chiffres d'affaires s'évaporer de 20% avec le changement de monnaie et la dévaluation de 20% s’enfuirait immédiatement. La fuite des capitaux et des épargnants ruinerait la France. Le programme économique du FN est du n'importe quoi et Si la France pratiquait le protectionnisme il faut s'attendre à des représailles envers nos entreprises exportatrices. Ce serait la guerre économique contre la France appauvrie ruinée et isolée du reste du monde.
Si vous sortez de l’Europe il n'y aura aucun gain compétitif parce que qui dit sortie de l’Europe dit sortie du marché unique nos boites ne pourraient plus exporter de manière avantageuse envers nos partenaires européens qui constituent l'essentiel de nos exportations !
Le FN n'a aucune solution, il surfe sur des idées connues, les erreurs de la droite, les inepties de la gauche...
Les retraités qui connaissent pour la plupart la dureté de la guerre et les privations et les agriculteurs qui sont beneficaires de la PAC ne sont pas prêts de voter pour un parti qui est prêt à jouer avec leur argent et leur retraite Les Français savent dans leur globalité qui le FN ne propose rien de crédible à part surfer sur les malheurs des gens.
Dans tout les sondages 80% des Francais sont contre une sortie de l'euro et de l'europe , preuve que le FN n'est pas un vote d'adhésion
Réponse de le 06/02/2015 à 15:18 :
Tol ne dit pas n'importe quoi. Il dit d'aller chercher son pain avec une brouette remplie de billets, comme en 1923 en Allemagne.

Les problemes de la DNB refletent qu'il n'est pas facile de faire partie de la meme zone economique et ne pas avoir la meme monnaie (voir eclatement de la SME pour ceux qui s'en souviennent). Alors il est clair que l'euro a des defauts, mais au moins il permet de stabiliser les relations commerciales dans une zone.
a écrit le 06/02/2015 à 9:11 :
ça fait penser à la Suisse :-).
arrimer une monnaie à une autre monnaie ( plus faible !! ) est absurde , un jour ou l'autre il faut lâcher et c'est brutal.
l'Euro ne pouvant que continuer sa dégringolade , la situation va devenir intenable à un moment ou à un autre
Réponse de le 06/02/2015 à 13:21 :
Arrimer une monnaie sur une autre monnaie, C'est exactement le principe de l'Euro...on t deja comment cela finira
a écrit le 06/02/2015 à 8:15 :
le pegged float, c'etait avant le serpent monetaire...

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