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ÉconomieUnion européenne

Le Danemark tente de sauver la stabilité de sa monnaie

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 06 février 2015 à 06:00 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 13:07

Danemark

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©

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La banque centrale danoise tente de sauver l'ancrage de la monnaie nationale par rapport à l'euro face aux fortes demandes du marché. Un combat qui fait l'objet d'une unité nationale.

Le Danemark lutte pour maintenir le lien entre sa couronne et l'euro. Depuis le 15 janvier et la décision de la Banque nationale de Suisse (BNS) d'abandonner le taux plancher du franc suisse face à l'euro, la pression est très forte sur la devise nordique. Elle s'est encore accrue avec l'annonce de la BCE de lancer un assouplissement quantitatif fondé sur le rachat de 1.140 milliards d'euros de dette publique et par la victoire de Syriza en Grèce. Autant d'élément qui ont amené les acteurs du marché des devises à se reporter vers des monnaies de repli, dont la couronne danoise.

Le régime monétaire danois

Si le 2 juin 1992, les Danois ont rejeté l'euro à 50,7 % et ont, en conséquence, négocié une clause de maintien en dehors de la monnaie unique (opt-out), la banque centrale danoise, la Danmarks Nationalbank (DNB), a pour seule tâche de maintenir l'ancrage de la couronne à l'euro dans les limites du mécanisme européen de changes II (ERM-II) qui autorise une variation de plus ou moins 2,25 % par rapport à l'euro. Mais dans la pratique, la DNB observe une marge beaucoup plus étroite de plus ou moins 0,5 %. C'est un ancrage extrêmement fort qui fait de facto du Danemark un membre de la zone euro sur le plan économique. En réalité, cette politique d'ancrage est traditionnelle dans le royaume : la couronne était ancrée depuis 1982 sur le deutsche Mark et, auparavant, elle l'était sur la Livre Sterling.

Une première action le 20 janvier

Cet ancrage relève désormais d'un travail herculéen. Pour freiner la demande de couronnes, la DNB a donc décidé de prendre des mesures fortes à la fin du mois dernier. Le 20 janvier 2015, en pré le taux de référence a été ramené à 0,05 %, au même niveau que celui de la BCE. Parallèlement, le taux de dépôt a été encore abaissé plus avant en territoire négatif, passant de -0,05 % à -0,20 %. La pression ne s'est cependant pas encore réduite. Avec ces mesures, le Danemark se contentait d'aligner sa politique de taux sur celle de la zone euro. Pas de quoi, donc, chasser les investisseurs.

Une deuxième action le 30 janvier, une troisième le 5 février

La DNB est donc allée encore plus loin dix jours plus tard. Vendredi, elle abaissait le taux de dépôt à -0,50 %. Par ailleurs, elle annonçait prendre une mesure symbolique : en accord avec le gouvernement, les émissions d'obligations d'Etat danoises sont suspendues jusqu'à nouvel ordre. Pour le gouvernement, qui a dégagé un excédent budgétaire et qui dispose de réserves, cette suspension des émissions ne posent pas de problème. L'objectif était de fermer la porte d'entrée à la couronne, de couper un moyen commode d'acheter de la couronne, donc de faire entrer des capitaux dans le pays, tout en provoquant une hausse des prix de la dette danoise et donc une baisse des taux potentiellement décourageante. Mais rien n'y a fait, la décision de la BCE concernant la dette grecque a conduit la DNB à encore abaisser le taux de dépôt à 0,75 % le 5 février. Désormais, ce taux est aligné avec ceux de la Suisse et de la Suède.

Le calcul des spéculateurs

Malgré toutes ces mesures et des interventions importantes de la DNB sur le marché (elle a vendu 106,3 milliards de couronnes en janvier, soit plus de 14 milliards d'euros), la pression reste forte sur la couronne danoise. Comme le résume l'analyste de RBS Par Magnusson, beaucoup d'investisseurs parient sur un scénario « à la suisse » où, de guerre lasse, la DNB déciderait soit d'augmenter la variation autorisée de la couronne, soit, plus radicalement, abandonnerait l'ancrage et laisserait flotter librement la monnaie danoise. Dans ce cas, payer une « taxe » sur des dépôts auprès de la DNB d'un demi-point par an pour avoir l'espoir de bénéficier d'une hausse soudaine de 10 ou 20 % de la couronne, est un pari que beaucoup sont sans doute prêts à prendre.

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Union politique autour de l'ancrage

Pourtant, miser sur l'abandon de l'ancrage semble un pari fort risqué. La stabilité monétaire fait quasiment partie de la culture nationale danoise. On observe, du reste, une véritable union nationale autour de la DNB. La première ministre Helle Thorning-Schmid a dit sa certitude que la DNB allait réussir à maintenir la stabilité de la couronne. Et, alors que le pays est en pleine campagne électorale, le parti populaire danois, de droite nationaliste, très eurosceptique, a également annoncé son soutien à la DNB pour « empêcher les spéculateurs » de briser l'ancrage. Bref, parier sur une levée de l'ancrage est un poil osé. La plupart des économistes penchent plutôt pour la poursuite de la baisse du taux de dépôt, surtout si Suisses et Suédois vont aussi dans ce sens...

Conséquences inattendues

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Reste cependant que la DNB devra avancer prudemment. L'imposition de ces taux négatifs pourrait avoir des conséquences inattendues et étranges. Ainsi, Nordea a commencé à offrir des taux immobiliers négatifs ! Autrement dit, les clients pourraient être rémunérés pour accepter un crédit immobilier. La mesure pourrait se généraliser. Avec, comme conséquences, un développement du crédit aux ménages qui sont déjà les plus endettés d'Europe avec une dette totale équivalente à 260 % du PIB, une envolée des prix de l'immobilier et un secteur bancaire sous pression dans la mesure où il est interdit d'imposer des taux négatifs sur les dépôts. Comme le souligne RBS, si la lutte pour l'ancrage se poursuit, elle pourrait avoir des conséquences financières dangereuses pour le petit royaume nordique. Pour autant, abandonner le « peg » signifierait accepter un ralentissement économique brutal. Entre surchauffe et récession, le Danemark doit choisir...

Romaric Godin

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