Les critiques sur l’efficacité du plan Juncker se multiplient

 |   |  805  mots
L'avertissement de l'EY fait écho à d'autres rapports mettant en cause l'additionnalité réelle du plan Juncker.
L'avertissement de l'EY fait écho à d'autres rapports mettant en cause l'additionnalité réelle du plan Juncker. (Crédits : VINCENT KESSLER)
La valeur ajoutée du plan d’investissement européen a encore une fois été remise en question par un rapport indépendant, alors que ce dernier devrait voir son enveloppe augmentée. Un article de notre partenaire Euractiv.

Le cabinet-conseil EY a mené une évaluation indépendante du Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS), comme le prévoit la réglementation du fonds.

Cette évaluation souligne notamment que « le marché (et particulièrement les banques promotionnelles nationales et leurs bénéficiaires) doute encore du respect du principe d'additionnalité. »

Questions sur l'additionnalité

L'additionnalité est la mobilisation de capitaux additionnels dormants dans des poches du système financier via des projets au profil plus risqué. Ce concept est l'une des pierres angulaires du plan d'investissement proposé par la Commission Juncker. Le FEIS offre donc 21 milliards d'euros de garantie de risque, dans l'espoir d'attirer aux moins 315 milliards d'investissements, principalement du secteur privé.

     >Lire : Un rapport tacle le bilan écolo du Plan Juncker

L'avertissement de l'EY fait écho à d'autres rapports mettant en cause l'additionnalité réelle du plan Juncker. La Cour des comptes européenne (CCE) a notamment prévenu que l'effet amplificateur du plan pourrait avoir été « exagéré » et qu'il n'existait que peu de données sur l'impact du FEIS soutenant la proposition de prolongation du plan par la Commission.

     > Lire : La Commission veut exporter le plan Juncker

« Il est encore trop tôt pour que l'impact économique, social et environnemental du FEIS puisse être mesuré ou pour tirer une conclusion sur son efficacité », estime Mihails Kozlovs, chargé de l'opinion rendue par la CCE.

Niveau de risque

Par ailleurs, les projets financés par le fonds sont-il réellement plus risqués, et donc incapable de trouver des investissements via les canaux existants ? Les spécialistes en doutent également. Une analyse du groupe de réflexion Bruegel n'a en effet trouvé qu'un projet qui n'aurait pas pu être financé par la Banque européenne d'investissement dans le cadre de ses programmes habituels, une centrale de recyclage du titane.

Pour s'assurer que l'argent du FEIS sert réellement à des investissements plus risqués, il faudrait mieux définir et clarifier le concept d'additionnalité, selon l'évaluation d'EY, celui-ci étant « compris de manières différentes par différents acteurs internes et externes ».

    > Lire : Le plan Juncker a-t-il relancé l'investissement européen ?

La semaine dernière, l'exécutif a assuré que les commentaires de EY correspondaient globalement à ses propres suggestions. En septembre, la Commission a en effet proposé de renforcer la définition et les critères existants, afin de s'assurer que les projets n'auraient pas pu prétendre à un financement similaire sans le FEIS.

L'exécutif juge toutefois que le plan Juncker reste « sur la bonne voie ». « Il est satisfaisant de voir que les évaluateurs privés approuvent notre approche », a déclaré Jyrki Katainen, vice-président de la Commission.

___

CONTEXTE

Le 25 novembre 2014, la Commission a dévoilé les détails d'un plan d'investissement censé générer 315 milliards d'euros dans l'UE. L'idée sur laquelle a travaillé l'équipe du vice-président de la Commission, Jyrki Katainen, est celle de créer un nouveau Fonds européen pour les investissements stratégiques à partir de 5 milliards d'euros de la Banque européenne d'investissement (BEI) et la garantie d'une contribution 8 milliards d'euros de fonds européens existants, contribution susceptible d'être élargie jusqu'à 16 milliards.

La garantie de 8 milliards d'euros sera injectée sur trois ans et proviendra du mécanisme pour l'interconnexion en Europe (3,3 milliards), du programme de recherche Horizon 2020 (2,7 milliards) et d'une « marge budgétaire », c'est-à-dire des fonds non utilisés (2 milliards).

Le Fonds pour les investissements stratégiques, de 21 milliards d'euros au départ, devrait générer quelque 240 milliards en investissements à long terme et 75 milliards pour les PME et les sociétés de moyenne capitalisation sur deux ans, entre 2015 et 2017. La question du manque de liquidité se pose cependant, et certains eurodéputés ont qualifié le plan de « recyclage et réétiquetage » de programmes existants.

Le règlement du FEIS, entré en vigueur en juillet 2015, prévoit trois évaluations ou rapports sur le plan d'investissement. Une de ses enquêtes doit être réalisée par la Commission (et a été publiée le 14 septembre 2016), la deuxième par la Banque européenne d'investissement (6 octobre 2016), et la dernière par un organisme indépendant. C'est le cabinet-conseil EY qui a remporté l'appel d'offres pour cette troisième évaluation, qui a été menée entre le 21 septembre et le 14 novembre 2016 et couvre la période de juillet 2015 à juin 2016, soit la première année d'application du FEIS.

___

PLUS D'INFORMATION

Cour des comptes européenne (CCE)

EY

  • Évaluation du FEIS

Bruegel

Commission européenne

___

Par Jorge Valero, Euractiv.com (traduit par Manon Flausch)

(Article publié le mercredi 16 nov. 2016)

_____
>> Retrouvez toutes les actualités et débats qui animent l'Union Européenne sur Euractiv.fr

Euractiv

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 23/11/2016 à 11:18 :
D'un coté ils font la promotion de l’austérité et de l'autre de l'investissement, mais qui voudrait investir dans ce contexte s'il n'y a pas de débouché?
a écrit le 23/11/2016 à 10:03 :
Les 315 milliards du plan Juncker, les débuts de la "post-truth" politique
a écrit le 23/11/2016 à 9:00 :
"L'exécutif juge toutefois que le plan Juncker reste « sur la bonne voie ». « Il est satisfaisant de voir que les évaluateurs privés approuvent notre approche »"

Alors ça c'est une phrase lourde de sens, traduction: le pan Juncker ne fonctionne pas mais le secteur privé en est content donc on le garde et on le renforce.
a écrit le 23/11/2016 à 8:32 :
pour qu'elle raison parler d'un plan junker
alors que celui -ci n'a pas ete elus a ce poste
mais place par mme Merkel et m hollande
dont il ne fais que de suivre les directives
il faut aussi rappeler que ce personnage est l'artisan le l'evasion fiscale en europe
et son poste il le doit au service rendu
Réponse de le 23/11/2016 à 11:33 :
Mr Juncker n'est pas dans mes petits papiers, mais faut arrêter avec cet argument : il n'est pas élu. Ce n'est pas vrai, il représente la majorité élue lors des élections européennes. Ni vous, ni moi n'avons jamais voté pour Raffarin, Ayrault ou Valls, pourtant ils sont ou ont été des premiers ministres légitimes.
Et par ailleurs si on veut être un peu objectif, il permet à la Commission d'endosser un rôle politique dont on a besoin pour contrebalancer l'ordo libéralisme et pour tout simplement faire prévaloir l'intérêt des Européens. Voir par exemple les dernières recommandations en matière budgétaire.
Pour moi entre le nullissime Barroso et Juncker, y a pas photo.
a écrit le 23/11/2016 à 7:46 :
Le plan marketing du plan Juncker est tombé à l'eau. C'est du blabla. C'est l'Europe que je hais au plus haut point. Coûteuse, inutile, futile, que l'on ne voit jamais. Je préfèrerai voir des instituts de formation continu pour adulte financé par l'Europe qu'un rond point inutile, un plan d'eau miroir, ou un stade ou autre. Que l'Europe soutient les hommes et les femmes avant des machins bidules. Et là on aura peut être le sentiment que l'Europe n'est pas que pour les autres. L'Europe que j'aime, celle qui finance un avenir meilleur pas la doctrine, les certitudes et les convictions.
Réponse de le 23/11/2016 à 8:59 :
+1000000000000
Réponse de le 23/11/2016 à 9:49 :
Je vous rejoins totalement. Marre de tous ces "investissements gloriole" inutiles.
Réponse de le 23/11/2016 à 11:46 :
Commentaire dur mais assez juste... Cependant, qui peut imaginer qu'il ait les mains libres? Moi je rêve d'une BEI qui financerait les projets innovants, la transition ou les nouveaux champions industriels européens de demain, mais bon avec une majorité PPE schaublesque, il faut être réaliste...
J'ai trouvé rigolo que vous preniez pour exemple la formation professionnelle, parce que si y a bien une chose à réformer en France c'est bien celle là...Par ailleurs, je peux me tromper, mais je me dis que c'est quand même mieux que ce soit géré proche du terrain (échelon régional?), donc pas besoin de l'Europe, d'autant qu'on a déjà un budget pléthorique dédié (40 et quelques mds de mémoire). Pouvez vous développer votre idée?
Réponse de le 23/11/2016 à 13:14 :
Justement Kevin je reprends votre phrase, "d'autant qu'on a déjà un budget pléthorique dédié (40 et quelques mds de mémoire)". Nous avons combien de chômeurs? Qui sont derrières ces "centres de formation"? Qui a le droit à ces formations? Pourquoi il n'y a pas d'aide pour reprendre des études, des reconversions personnelle et de bassins d'emplois? C'est un gâchis industriel et de civilisation. Cause, à mon avis de la monté de la colère, du sentiment d'abandon, de déclin que ne veulent pas voir nos élus. Il est plus facile de nous traiter de populiste et de démagogue. L'Europe doit aider les hommes et les femmes directement ou indirectement (Recherche, développement, soutien financier comme vous le dite, etc). Nous n'avons plus besoin de machin bidule pour servir le marketing politique d'un gugusse lors de son inauguration. Je vous cite mon dernier stage pour parodier un film. Le fil vert sur le bouton vert, le fil rouge sur le bouton rouge je ne suis pas plus doué en électricité mais j'ai fait quatre semaines de garderie pour adulte aux frais de ma boite. Je ne parle pas d'un démarrage en étoile ou en triangle. Je n'ai jamais vu un moteur électrique. Deux postes de "travail" pour dix stagiaires. Mais j'ai mon image et mon bon point. Je ne suis pas sûr que ceci vaille une cacahuète. Si je tenais le "con" qui a choisi cet organisme.
Réponse de le 23/11/2016 à 15:53 :
@kevin : désolé, mais la BEI a développé une politique de financement des investissements dans l'UE très axée sur l'écologie, notamment les énergies renouvelables. L'effort est considérable, et elle a été également la première à lancer des "Green bonds". Les autres financements concernent les infrastructures, les PME et la RDI. Tout ceci est clairement dans l'intérêt commun et ne coûte pas un sous au contribuable puisque la BEI s'autofinance ( avec une seule exception, l'augmentation du capital récente, ceci pour lui permettre de financer davantage vu sa limite de 250% du capital souscrit). Mais la BEI ne demande rien aux États pour son activité courante, soit par ex. 7 milliards pour la France en 2015 !!!

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :