INTERVIEW - Créditée de 8,5 % d'intentions de vote dans notre dernier sondage La Tribune Dimanche, la liste Europe Ecologie - Les Verts (EELV) ne réitèrera peut-être pas la performance de Yannick Jadot, troisième avec 13,42 % des suffrages en 2019. Pour les élections européennes le 9 juin, Marie Toussaint, élue sortante à Strasbourg, mène son combat sous le signe d'un « Pacte vert et social européen ».
LA TRIBUNE - Les Verts ont tenu ce week-end à Lyon leur congrès européen. Vous avez désigné vos candidats à la présidence de la Commission et adopté le programme que vous voulez défendre dans la prochaine mandature. Etait-ce un bon congrès ?
MARIE TOUSSAINT - La campagne est bien lancée. Nous avons désigné nos porte-parole Terry Reintke et Bas Eickhout, et adopté notre manifeste centré sur un Pacte vert et social européen. Ce n'était donc pas un congrès de crise. Mais on voit bien que la période que nous traversons est plus difficile qu'il y a cinq ans. Partout en Europe, on vit en ce moment un combat contre l'écologie. L'émergence des nationaux-populismes se voit en Europe mais aussi aux Etats-Unis avec Donald Trump, au Brésil avec Jair Bolsonaro, en Argentine avec Javier Milei. Il y a des points communs entre ces mouvements : la peur de l'autre, le soupçon permanent de l'étranger et une opposition farouche à toute transition. Partout, on voit ces nationalistes pactiser avec les lobbies, défendre les forces économiques les plus puissantes. Nous savons que nous pouvons nous mobiliser.
Les sondages européens créditent les écologistes d'une cinquantaine de sièges en juin, soit vingt sièges de moins que dans la mandature sortante. N'est-il pas temps de tirer la sonnette d'alarme ?
Notre réponse, c'est le « Manifesto » que nous venons d'adopter à Lyon, notre feuille de route pour les cinq prochaines années au Parlement européen. Nous sommes le parti qui soutient le programme le plus exhaustif pour l'environnement et la justice sociale. Si il n'y a pas suffisamment de députés verts dans la prochaine mandature, toute perspective de transition écologique sera terminée. On prendra le Pacte vert de la Commission sortante, on le jettera à la poubelle et ce sera fini.
Les concessions accordées récemment aux agriculteurs, sur les pesticides ou sur les jachères, ont-elles été perçues par les écologistes comme des renoncements ?
Bien sûr ! On est dans un moment en Europe où les droites et les extrêmes droites pactisent et scellent leur alliance dans l'opposition à l'écologie. Roberta Metsola, présidente du Parlement européen et Ursula von der Leyen, présidente de la Commission ont fait leur rentrée politique en s'en prenant très clairement aux politiques environnementales et aux politiques climatiques, qui alimenteraient selon elles le populisme en Europe. Sauf que le populisme est alimenté par un modèle que les écologistes n'ont pas contribué à populariser, et que nous dénonçons : celui du libre-échange et du libéralisme généralisé, dans lequel on laisse exploser les inégalités et les injustices.
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