Les prix ont à nouveau baissé en zone euro en septembre

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Les prix ont reculé de 0,1 % en septembre dans la zone euro
Les prix ont reculé de 0,1 % en septembre dans la zone euro (Crédits : © Suzanne Plunkett / Reuters)
Les prix ont reculé de 0,1 % sur un an en septembre en zone euro. Un chiffre qui s'explique exclusivement par la baisse des prix de l'énergie. Mais qui est aussi un défi pour la BCE.

Pour la première fois depuis le mois de mars, les prix ont reculé sur un an dans la zone euro en septembre. L'indice harmonisé des prix a ainsi baissé de 0,1 % sur un an, alors qu'il affichait encore une hausse de 0,1 % en août. L'inflation continue donc d'évoluer autour de zéro dans l'union monétaire. Si l'on prend un peu de recul, l'inflation n'a pas connu un rythme annuel supérieur à 0,3 % par an depuis novembre 2014. Il faut remonter à juin 2014 pour revoir un taux d'inflation de 0,5 % et à septembre 2013 - voici deux ans, donc - pour revoir un taux de plus de 1 %. Quant au niveau « cible » de la BCE, l'inflation « proche, mais inférieure à 2 % », il a disparu des écrans de la zone euro depuis les 1,8 % enregistrés en février 2013.

Baisse tirée par l'énergie

Certes, encore une fois, cette baisse s'explique avant tout par la chute brutale des prix de l'énergie en septembre : - 8,9 % en un an contre -7,5 % en août. Hors énergie, les prix ont progressé de 1 %, ce qui est une hausse supérieure à celle de juillet. En termes d'inflation sous-jacente, excluant le tabac, l'énergie et l'alimentation, la hausse est de 0,9 %, ce qui est légèrement inférieur aux 1 % d'août. L'inflation dans les services, qui est une mesure de l'inflation « interne » à l'économie de la zone euro, est stable à 1,2 %. Bref, il n'existe pas immédiatement de risque déflationniste, autrement dit de spirale de baisse des prix s'auto-entretenant.

La baisse du prix de l'énergie, principalement la baisse du prix des carburants, est même une chance pour la zone euro : elle libère du pouvoir d'achat pour les ménages qui est immédiatement disponible pour la consommation. Une grande partie de la reprise de la demande interne de la zone euro est liée à ce phénomène, notamment dans les pays périphériques où les ménages y voient un soulagement après des années d'austérité. Mais tout ne va pourtant pas pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Les risques demeurent

D'abord, parce que l'inflation sous-jacente est maintenue en territoire négatif en grande partie grâce à l'action de la BCE et à ses achats d'actifs qui ont réduit les taux et permis une stabilisation de la distribution de crédits. Ensuite, parce que la porosité entre les prix de l'énergie et le reste des prix n'est pas parfaite. Ce recul des prix des carburants ne manquera pas d'avoir un impact sur les autres secteurs. Sans compter que le taux sous-jacent, s'il est positif, reste faible. Ceci limite naturellement la capacité des entreprises à fixer leur prix. Au final, c'est la croissance potentielle de la zone euro qui est limitée.

Mais aussi parce que ce grand écart entre l'énergie et le reste de l'économie ne sera pas sans fin. Lorsque l'effet pétrole s'amenuisera, l'inflation remontera certes, mais l'effet pouvoir d'achat se réduira aussi. La croissance risque d'en faire les frais, alors que les envies d'investissement se trouveront réduites précisément par cet effet énergétique.

Le danger sur les finances publiques et la croissance

Enfin, un taux global d'inflation faible est une très mauvaise nouvelle pour les finances publiques. La valeur réelle de la dette publique est beaucoup plus lourde avec un taux faible ou négatif. Or, la zone euro se caractérise par un fort niveau de la dette publique. Compte tenu des obligations de réduction de cette dernière qu'ont les Etats membres, une faible inflation obligent les Etats à mener une politique de consolidation plus active. Politique qui a aussi un effet sur la croissance qui, à son tour, maintient une inflation faible. Sans compter qu'une inflation faible exerce une pression négative également sur les taux réels. Bref, c'est un poison économique que le détail des composantes ne permet pas d'apaiser.

La BCE en première ligne

Si ce chiffre de l'inflation n'est pas inquiétant en soi et était attendu notamment par la BCE, il reste néanmoins un vrai problème pour la zone euro. La BCE, comme on l'a vu, demeure loin de son objectif de « stabilité » des prix. Cette nouvelle plongée en territoire négatif, après la période janvier-mars 2015, reste un défi pour l'institution de Francfort qui ne peut relâcher sa politique au risque de faire céder la digue de l'inflation sous-jacente. Mario Draghi ne manquera donc pas de réaffirmer sa politique et, peut-être de l'augmenter encore. Mais c'est, en réalité, plus qu'un défi : c'est un échec. Ce chiffre prouve que, face aux forces déflationnistes à l'œuvre dans le reste du monde, la politique monétaire ne peut qu'agir comme une défense. Mais elle ne peut véritablement agir comme un moyen de relancer l'économie. Seule une action coordonnée vigoureuse au niveau de la zone euro le pourrait. Elle n'est pas à l'ordre du jour. La menace déflationniste continue donc à planer.

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Commentaires
a écrit le 10/12/2015 à 13:20 :
ESSAI
a écrit le 30/09/2015 à 16:23 :
Allez voir, svp, les taux proposés par les organismes de crédit à la consommation. Ces taux sont extrêmement élevés par rapport à Euribor 1 an, le 5 ans et le 10 ans. L'Euribor a 12 mois est à 0.15 %, OAT 10 ans est à 0.9-1 %.
Même avec un dossier en béton, les taux sont prohibitifs. Cela signifie que même avec les efforts de la BCE, il y a beaucoup de résistance dans le système et donc problème.
Cordialement
a écrit le 30/09/2015 à 15:04 :
Il est normal que les prix baisses pour redonner du pouvoir d'achat aux ménages malgré la volonté des tenants à vouloir toujours augmenter les prix .
a écrit le 30/09/2015 à 13:34 :
Je me demande bien ou vous ave vu une baisse des prix, rien que hier sur le café dans un supermarché sur le prix du meme café une hausse de 20 centimes d'euros et ce n'est pas la première fois, discutez avec des gens et vous verrez , maintenant si vous étes informé par l'Insee, c'est sur ils nous prennent vraiment pour des 'cons)......
Réponse de le 30/09/2015 à 19:47 :
C'est sûrement la Rolex qui a baissé :-))
Réponse de le 01/10/2015 à 0:52 :
La Bce a une vocation européenne, par conséquent elle ne peut pas prendre en considération le taux d'inflation dans un état-membre particulier, mais seulement le taux d'inflation pour l'ensemble de la zone euro. Par contre, l'objectif d'une inflation de proche de 2% est un objectif défini par la Bce elle-même qui n'est pas justifié manque d'un risque d'une spirale déflationiste. Par ses statuts, elle doit préserver la stabilité monétaire. Malgré l'indépendance de la Bce, l'interprétation de ce terme par la Bce comme une inflation de base mérite d'être soumise à un contrôle externe, de préférence judiciaire également indépendante. Car la politique monétaire ne doit pas être un moyen pour relancer l'économie. La CJE a bien précisé que la politique monétaire n'est pas soumise à des restrictions simplement parce qu'en plus des effets monétaires, elle a également des effets économiques. Néanmoins les effets monétaires doivent rester au premier plan.
a écrit le 30/09/2015 à 13:20 :
Rien d'étonnant : en cette période de crise (qui s'aggrave, quoiqu'on veuille nous faire croire), la concurrence est d'autant plus vive entre les entreprises qui restent en vie que le gâteau se rétrécie de jour en jour. Et donc forcément, entre-autres, elles tirent les prix vers le bas. Et c'est la même chose pour les citoyens qui n'ont plus les moyens et/ou ne veulent plus être pris pour des pigeons. Et même chose au niveau des États qui se font concurrence au niveau de la monnaie.

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