Portugal : l'option de la "grande coalition" s'éloigne

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Constituer un gouvernement au Portugal sera délicat.
Constituer un gouvernement au Portugal sera délicat. (Crédits : © Hugo Correia / Reuters)
Le PS portugais, hanté par le risque de sa "pasokisation", a refusé de s'allier avec la droite. Il ouvre la porte à une entente à gauche.

Trois jours après le scrutin législatif du dimanche 4 octobre, le Portugal cherche à constituer un gouvernement stable. La tâche n'est, en réalité, guère aisée. La coalition de droite et de centre-droite du premier ministre sortant Pedro Passos Coelho, « Portugal à Frente » (PàF) est certes arrivée en tête du scrutin, mais elle n'a pas pu obtenir la majorité absolue. Le gouvernement sortant ne peut donc plus en théorie gouverner qu'avec la bénédiction du parti socialiste (PS), arrivé deuxième dimanche. Une bénédiction qui ne lui est pas acquise d'avance.

Mardi soir, en s'exprimant à la télévision portugaise, le président de la république, Anibal Cavaco Silva, a exhorté les partis politiques à « cesser leurs querelles » et à « trouver des compromis dans l'intérêt national. » « Le Portugal a besoin d'un gouvernement stable et solide », a souligné le président. D'ordinaire, la figure présidentielle est plutôt symbolique dans la démocratie parlementaire portugaise. Mais, en l'absence de majorité, son rôle est central, car il lui revient de nommer le chef du gouvernement et d'aider à constituer une coalition.

Le président pour une « grande coalition »

Il semble que le chef de l'Etat lusitanien promeut actuellement le scénario d'une « grande coalition », appelée au Portugal « Bloc central », qui regrouperait les deux partis de la coalition de droite et le PS. Une « grande coalition » qui serait bien sûr dirigée par la coalition de droite et par Pedro Passos Coelho qui lui aussi a émis ce vœu. Du reste, Anibal Cavaco Silva avait précisément reçu avant son discours le premier ministre sortant. Mardi, le terme à la mode était le « scénario à la finlandaise. » Après les élections finlandaises du 18 avril dernier, les trois premiers partis du pays s'étaient regroupés dans une coalition gouvernementale afin d'appliquer une politique d'austérité et de compétitivité.

Le président de la République, issu du même parti, le PSD, que Pedro Passos Coelho, craint que l'instabilité politique empêche le Portugal de conserver la confiance de ses créanciers et des marchés. Dès mardi 5 octobre, l'agence Moody's s'est émue de l'influence d'une éventuelle instabilité politique sur la notation du pays. La pression extérieure s'exerce donc déjà en faveur du « bloc central. »

Le défi politique du PS

Sauf que, pour le PS, un tel choix est tout sauf évident. Malgré une progression de près de 4,5 points par rapport à 2011, son leader Antonio Costa a subi un véritable camouflet en se trouvant incapable de profiter pleinement de la dégringolade de 12 points de l'alliance PàF. Cette deuxième place ressemble donc à une défaite après une campagne marquée par le manque de clarté et une prudence dans les propositions. S'allier, comme membre « junior » d'une coalition comporterait donc des risques politiques considérables pour le PS : celui de renoncer à devenir une alternative à la politique de Pedro Passos Coelho. Or, le 4 octobre, c'est bien parce que la gauche radicale (Communistes et, surtout Bloc de Gauche) a fortement progressé de 6 points que le PS n'a pas pu arriver en tête dimanche.

Divergence entre le PS et la droite

Car trouver un compromis pour le PS ne sera pas aisé, notamment sur les sujets fiscaux et sociaux. Sur les retraites, notamment, la coalition de droite souhaite « privatiser » l'assurance-retraite au-delà d'un certain montant qui reste à fixer, ce que refuse le PS. A l'inverse, le PS souhaite un allègement des cotisations sociales pour les salariés et les employeurs, ce que refuse PàF qui préfère un allègement sur les seuls employeurs. D'autres sujets, notamment dans le cadre de la politique scolaire et familiale sont l'objet de divergences importantes. Mais, plus généralement, c'est bien le moyen de réduire encore de 600 millions d'euros les dépenses publiques, conformément à l'engagement pris par l'ancien gouvernement vis-à-vis de Bruxelles, qui est en jeu. Si le PS, en tant qu'allié « junior » doit accepter de nouvelles coupes sévères, il risque de devoir encore perdre des plumes électorales.

Crainte de la « pasokisation »

Le PS semble hanté par la crainte de sa « pasokisation », autrement dit par sa crainte de devenir, comme en Grèce, « inutile » dans le paysage politique entre une gauche anti-austérité et une droite pro-austérité. « Si le PS est sciemment responsable de la poursuite de la politique du gouvernement, il est clair qu'il sera « pasokisé » », a ainsi indiqué sur son blog Porfirio Silva, un proche d'Antonio Costa. Ce dernier a donc envoyé une fin de non-recevoir à la proposition de « bloc central » du président de la République. Selon lui, une « solution malsaine. » Mieux même, il a attaqué ce dernier. « Le président ne peut pas se contenter de recevoir le chef de son propre parti », a-t-il accusé, sous-entendant que le chef de l'Etat mène une politique partisane et refuse d'envisager la possibilité d'une coalition alternative à gauche. Or, Antonio Costa a ouvert une porte aux deux formations de la gauche radicale pour tenter de trouver une formule gouvernementale. « Notre mandat est de parler avec toutes les forces politiques », a-t-il indiqué. Dans les prochains jours, Antonio Costa va donc rencontrer avec le Parti communiste et le Bloc d'une Gauche.

Instabilité

Contrairement à ce que croyaient beaucoup d'observateurs dimanche soir, le triomphe de la politique d'austérité n'est donc pas évident au Portugal. Une coalition de gauche est encore possible,  car elle serait majoritaire, mais elle sera difficile à mettre en place. Quant à l'alliance des droites, il est peu probable qu'elle puisse compter sur un appui « institutionnalisé » du PS. C'est donc une solution fragile qui se dessine. Encore une fois, les politiques d'austérité ont fait leur œuvre politique. Elles ont créé de l'instabilité, au Portugal comme auparavant en Grèce et comme sans doute demain en Espagne, aux Pays-Bas ou en France.

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a écrit le 08/10/2015 à 15:10 :
La Constitution portugaise donne de très grand pouvoirs à l'Assemblée et lui subordonne le Gouvernement . Donc le PS a tout intérêt à rester libre de ses actes et de ses paroles en restant en dehors du Gouvernement, auquel il pourra dicter sa conduite avec l'appui des autres partis de gauche, dans les limites du raisonnable, bien entendu . C'est une situation idéale pour un parti social-démocrate de pouvoir légiférer sans être lié par un accord de gouvernement avec des partis de droite .
a écrit le 07/10/2015 à 22:39 :
De toutes façons, partout, les PS sont devenus inutiles. Il vaudrait mieux qu'ils disparaissent ou se fondent dans les partis libéraux qui seront partout appelés à alterner au pouvoir avec des partis conservateurs, un peu à l'image des USA ou de la Pologne.
Réponse de le 14/10/2015 à 0:26 :
"qui seront partout appelés à alterner au pouvoir avec des partis conservateurs" > Ce qu'il faut démontrer quand même!
a écrit le 07/10/2015 à 21:46 :
Les deux partis arriver e tete n'auront pas d'autres choix que de trouver un compromis, quel qu'il soit. Tout autre combinaison reviendrait a trahir le resultat des urnes.

La droite est sorti gagnante du scrutien, meme si c'est une victoire a la pyrrhus. Le centre gauche (arrivé deuxieme ) ayant repete en permanence qu'il respecterait ses obligations europennes et n'engagerait pas le portugal dans un scenario a la grecque, une alliance avec les partis plus a gauche porteur d'un tel scenario equivaudrait a une trahison des mandats electoraux recus. La gauche radicale etant nettementbminoritaite (meme si en progression), celle ci n'a aucun mandat pour imposer ses vues non plus. N'en deplaise a Romaric Godin.
a écrit le 07/10/2015 à 19:31 :
Quelle que soit le résultat des discussions, cela ne changera pas les faces du monde et de l'Europe.
Le nouveau gouvernement, quel qu'il soit, devra bien faire face aux réalités. Même punition pour l'Espagne.
Il est assez osé de mettre les Pays-Bas et la France dans le même bateau.
Cordialement
Réponse de le 14/10/2015 à 0:31 :
je suppose que vous, vous avez pleinement anticipé la rigueur en Finlande et, fort de vos prévisions, vous croyez que la France, les Pays-Bas et les autres pays européens y échapperont. Vous vous trompez. Le cobaye grec fut écrasé et humilié. Le petit Portugal sera mis au pas, puis l'Espagne et l'Italie. Ensuite, votre tour viendra.
a écrit le 07/10/2015 à 17:02 :
Tout d 'abord il à jamais été question de bloc central! Il y a deux partis de droite auquel jamais le PS pourrait s'aligner. 2° point, Le Ps peut s 'abstenir pour le budget et le laisser passer mais il y à un risque à que ce parti soit vu comme un allié de la droite. Le problème c 'est que le budget doit être présenté à Bruxelles dans 10 jours. Le Ps pourrait négocier avec le bloc de gauche et la CDU mais les divergences sont telles que il y aura plutôt des accords... Bref c 'est un choix cornélien et les prochaines eléctions ne pourront être convoqués au plus tôt en avril. En attendant c 'est un jeu de négociations qui prend place.

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