Représailles économiques : face à la menace des droits de douane américain, l'UE dégaine ses armes
Raphaël Melka

L'Europe prépare des droits de douane réciproques de 93 milliards d'euros contre les Etats-Unis.
YVES HERMAN
Raphaël Melka

L'Europe prépare des droits de douane réciproques de 93 milliards d'euros contre les Etats-Unis.
YVES HERMAN
L'Union européenne fourbit ses armes contre les États-Unis... à dégainer si les négociations en cours avec Washington n'aboutissent pas. Réunis jeudi, les États membres ont donné leur feu vert à un plan de représailles économiques atteignant 93 milliards d'euros. Une réponse à l'administration Trump, qui prévoit d'imposer à partir du 1er août des taxes douanières de 30 % sur l'ensemble des importations en provenance de l'Union européenne.
Les 93 milliards évoqués représentent la valeur totale des marchandises américaines susceptibles d'être taxées. Cela équivaut à environ 27 % des exportations des États-Unis vers le marché européen en 2024 selon les chiffres du Conseil Européen. Deux listes avaient été préparées ces derniers mois : une première de 21 milliards d'euros, déjà adoptée, et une seconde de 72 milliards. Elles ont été fusionnées en une seule de 93 milliards, que la Commission européenne est désormais prête à activer, sur un très grand nombre de marchandises comme le soja, les avions, les voitures...
Depuis le 2 avril, l'UE subit déjà des surtaxes américaines. 50 % de droits de douane sur l'acier et l'aluminium, 25 % sur les automobiles, 10 % sur les autres biens. Un chiffre qui pourrait donc grimper à 30 %.
À moins d'un accord entre l'Europe et les États-Unis, mais qui n'a pas encore été trouvé. Le commissaire européen au commerce, Maros Sefcovic, devait s'entretenir cette semaine avec son homologue américain Howard Lutnick, mais aucun détail n'a filtré. Selon des diplomates, les États-Unis proposeraient dans cet accord un tarif de base de 15 % de droits de douane, muni d'exemptions sectorielles pas encore dévoilées.
En plus des 93 milliards de droits de douane réciproques, dans les tuyaux depuis plusieurs jours - Marc Ferracci, ministre de l'Industrie et de l'Énergie évoquait le 22 juillet « plus de 90 milliards de réponses commerciales de produits taxés » - une autre forme de riposte économique est en projet.
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Le 22 juillet, Paris a suggéré à la Commission Européenne se pencher sur une éventuelle utilisation l'instrument anti-coercition : un ensemble de mesures non tarifaires mais très contraignantes : restrictions à l'export, limitation d'accès au marché intérieur, exclusion des marchés publics européens, entraves aux investissements ou aux financements... Cette mesure, si elle était votée par 15 Etats membres de l'UE qui comptent plus de 65 % de la population prendrait plusieurs mois à être appliquée et viendrait s'ajouter à ces 93 milliards de droits de douane réciproques. Adopté en octobre 2023 à une très large majorité au Parlement européen (578 voix pour, 24 contre), cet outil juridique permet à l'Union européenne de se défendre contre les pressions économiques jugées illégitimes.
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Si aucun accord entre les deux parties n'est trouvé, et que les droits de douane américains de 30 % s'appliquent, la riposte européenne est fin prête. De quoi aussi peser dans les négociations finales.
(Avec AFP)
Raphaël Melka