Royaume-Uni : la croissance résiste mieux que prévu au Brexit

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L'économie britannique a connu une croissance de 0,5 % de son économie au troisième trimestre.
L'économie britannique a connu une croissance de 0,5 % de son économie au troisième trimestre. (Crédits : © Toby Melville / Reuters)
Le PIB britannique a progressé de 0,5 % au troisième trimestre, alors que les prévisions du Trésor avant le référendum sur l'UE prévoyaient une contraction. L'effet Brexit a été assez faible cet été.

Le Brexit n'a pas conduit le Royaume-Uni à la récession. Pas encore, du moins. Ce jeudi 27 octobre, l'Office National des Statistiques (ONS) britannique a indiqué qu'entre juillet et septembre, autrement dit, sur le premier trimestre qui a suivi le vote en faveur de la sortie de l'UE le 23 juin, l'économie britannique a connu une croissance de 0,5 %. Le rythme est certes moins rapide qu'au trimestre précédent (0,7 %), mais il demeure néanmoins soutenu. Depuis le début de 2015, la croissance britannique trimestrielle n'a été que deux fois plus rapide.

Les services en croissance solide

Comme le souligne l'ONS, « le cadre de la croissance s'est montré largement non affecté par les suites du référendum sur l'appartenance à l'UE ».  La croissance de ce troisième trimestre a été principalement tirée par le secteur des services, le seul qui ait, du reste, apporté une contribution positive à la croissance (0,64 point de pourcentage pour une croissance de 0,8 %). Selon l'ONS, c'est le sous-secteur du « transport, stockage et communication » qui a réalisé la meilleure performance avec une croissance de 2,2 % sur le trimestre. Une croissance qui est la plus rapide depuis le quatrième trimestre 2009 et qui s'appuie sur le secteur de la communication (production de films et séries ou de musique). Pour autant, l'ONS signale une croissance soutenue dans les domaines de l'hôtellerie-restauration (+ 1,1 %), mais aussi des services aux entreprises et de la finance (+ 0,5 %). Le Brexit n'a donc pas causé l'effondrement immédiat de la City.

L'industrie et la construction reculent

Les autres secteurs ont cependant contribué négativement à la croissance britannique. Les valeurs ajoutées dans l'industrie, l'agriculture et la construction se sont contractées respectivement de 0,7 %, 0,4 % et 1,4 %. Faut-il voir dans ces baisses un premier « effet Brexit » ? Peut-être dans la construction dont le recul est très marqué. C'est la plus forte chute depuis le premier trimestre 2012 et ce pourrait être la conséquence de la chute de la livre et d'une tendance des investisseurs internationaux, qui sont clés pour le marché immobilier outre-Manche, à se détourner du Royaume-Uni. Mais la construction avait déjà commencé à décliner au trimestre précédent (-0,1 %) et ce secteur ne pèse que 5,9 % du PIB britannique (même s'il influe ensuite également indirectement sur le secteur des services). Au final, la construction a ôté 0,1 point de croissance au PIB national.

Concernant l'industrie, le recul de 0,4 % est d'abord causé par un recul de la production manufacturière (sans les secteurs énergétiques et miniers) qui atteint 1 % sur la période. Mais au trimestre précédent, la hausse de la production manufacturière avait atteint 1,6 %, un rythme jamais égalé depuis deux ans. Il y a eu une sorte de consolidation.

Effet Brexit réduit pour l'instant

La croissance britannique semble donc globalement résistante à l'effet Brexit. Mais il convient de rappeler que, au cours de ce trimestre, l'effet Brexit a été assez diffus : il s'est principalement concrétisé par la baisse de la livre estimée à 14,4 % face à la moyenne pondérée des autres monnaies par l'ONS. Cette baisse a joué sur le secteur de la construction et sur les prix à la production (+7,8 % en août sur un an, +7,2 % en septembre). Cet effet a peut-être été rude pour certaines entreprises britanniques, surtout celles qui n'exportent pas. Pour celles qui exportent, les prix à l'exportation, en hausse de 10,2 % en septembre, ont compensé ce renchérissement, peut-être cependant au prix de parts de marché.

Effet Brexit surestimé avant le référendum

L'effet reste cependant réduit. Dans sa prévision publiée avant le référendum, le Trésor britannique prévoyait en effet un recul de 0,1 % du PIB trimestriel entre juillet et septembre. Cette vision négative - qui n'a guère influencée les électeurs - semble avoir été bien trop pessimiste. La force de résistance du secteur des services a été sous-estimée avant le vote. Désormais, la vision dominante est d'affirmer que les effets négatifs du Brexit se concrétiseront plus tard, notamment pendant les négociations de sortie de l'UE et après la réalisation de cette sortie. La perspective d'un « hard Brexit » où le Royaume-Uni se retrouverait exclu du marché unique européen et où la finance britannique perdrait tout accès à ce marché pourrait certes conduire à une correction économique. Mais il semble néanmoins que l'économie britannique dispose d'une capacité de résistance. Du reste, ce temps permettra de conduire une réponse politique, notamment en termes d'investissement public, ce que le gouvernement de Theresa May semble déterminé à construire. Le pire n'est donc jamais certain, même si l'ombre d'une récession britannique n'est pas encore totalement dissipée.

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Commentaires
a écrit le 30/10/2016 à 10:33 :
Si l'UE n'arrive pas à faire pression sur l'économie britannique, alors elle aura perdu sa crédibilité et elle aura des difficultés à survivre à un pareil échec. Avec le brexit, l'UE joue tout simplement son avenir.
a écrit le 28/10/2016 à 11:35 :
Le Bexit c'est pas avant 2017 !
a écrit le 27/10/2016 à 19:22 :
Heureusement que les "spécialistes" en tout genre avaient avancé une proche catastrophe. D'autres plus réalistes avaient avoué ne pas savoir ce qui allait se passer. On commence à voir le résultat et on y verra plus clair en fin d'année. Du grain à moudre pour Marine Le Pen et une position difficile pour les opposants à la sortie de l'UE. Wait and see.
a écrit le 27/10/2016 à 16:06 :
le Brexit ? il a même pas commencé .. pour l'instant on aiguise les couteaux. Les financiers se gavent à la City pendant que ça marche encore, tout en préparant leurs valoches .. dixit Gavroche.
a écrit le 27/10/2016 à 15:48 :
Résister à quelque chose qui n'a pas eu lieu est un non-sens.
a écrit le 27/10/2016 à 15:14 :
Cet article me rappelle l'histoire du mec qui décide de sauter du 30 ème étage, au 29ème il se dit jusqu ici tout va bien, jusqu ici tout va bien...
a écrit le 27/10/2016 à 15:06 :
Hahahaha génial ! Voila qui va calmer tout les excités pro Européen incapable de comprendre que ce projet est mort, les Anglais ont quitté cette barque juste à temps. Heureusement on vient aussi de frôler le drame avec le Ceta MERCI les Belges ! Ouf il y en a qui se réveillent et refusent de signer tout ce qui bouge sans aucunes concertations, juste pour recevoir le crédit en billet de monopoly et financer l'Etat. L'Europe a totalement raté son objectif, il n'a jamais été question de faire n'importe quoi, n'importe comment.
Réponse de le 27/10/2016 à 19:56 :
Vous devriez commencer à vous calmer vous même.Le brexit n'a pas encore eu lieu. Les Anglais prévoient le début des négociations pour Mars 2017. Alors ne sautez aux conclusions trop vite.
a écrit le 27/10/2016 à 14:45 :
Pas réellement une surprise pour moi. Entrez dans le moteur de recherche Google les mots : « Les pays européens qui n'ont pas l'euro s'en sortent mieux. » et vous tombez notamment sur une recherche économique en date du 11 mai 2015 dont la conclusion est la suivante :

« Pour résumer, la monnaie unique n'a pas aujourd'hui tenu toutes ses promesses et les pays de l'Union Européenne qui n'ont pas adopté l'euro sont en moyenne plus performants. Sur les indicateurs macroéconomiques majeurs, à savoir la croissance du PIB (1), le chômage (2), l'inflation (3) et la dette publique (4), la zone euro est soit clairement moins performante que les autres ((1) et (2)), soit autant ((3) et (4)). Cependant, on remarque que la zone euro a été économiquement plus efficace (ou dit autrement, a obtenu des résultats moins pires) lors du principal choc externe qu'elle a connu, à savoir la crise des subprimes. »

En résumé encore plus bref : la zone euro, en performance moyenne de l’ensemble de la zone, a une croissance du PIB plus faible qu’ailleurs et un taux de chômage plus élevé qu’ailleurs, les statistiques de l’OCDE le confirment également. Le taux de chômage moyen est nettement plus bas, en moyenne, dans les pays de l’OCDE qui n’ont pas l’euro comme monnaie.

La véritable catastrophe pour le Royaume-Uni n’aurait pas été de sortir de l’Union Européenne mais d’entrer dans la zone euro.
a écrit le 27/10/2016 à 14:39 :
Le Brexit n'a toujours pas eu lieu !
a écrit le 27/10/2016 à 14:12 :
Le brexit n'ayant pas eu lieu (pour le moment), c'est donc assez logique. Attendez donc 2018 pour voir les premiers effets macro-economique: quand la city démenagera en force et que le R-U aura de plus en pus de mal a financé son déficit de la balance des paiements (puisque les invstissements diminueront). patience est la mère de toute vertue.
Réponse de le 27/10/2016 à 15:55 :
Regardons surtout le PIB et la balance commerciale de la France après le Brexit lorsque les anglais vont s'approvisionner dans des pays plus amicale que la France.
Peut-être les anglais vont rire dans 10 ans alors que les européens vont essuyer les larmes.
Réponse de le 28/10/2016 à 10:59 :
@reponse: Pour que les Britanniques puissent continuer à s'approvisionne rmassivement hors RU, il faudrait pour cela que leur balance des paiements ne soit pas davantage mise a mal: dnas le cas contraire, c'est une méga cure d'austérité qui les attend ;) Nous verrons, donc. Comme je l'a idit: patience est la mère de toute vertue.
a écrit le 27/10/2016 à 14:07 :
Je rejoins bcp des commentaires que je lis ici: trop tôt pour juger, attendu que le RU reste un membre de l'UE jusqu'à sa sortie effective. Et même les conséquences "psychologiques" (baisse de la Livre et de l'immobilier londonien) vont mettre un certain temps à produire tous leurs effets. Une baisse de la Livre pour un pays qui importe bcp plus qu'il n'exporte aura un impact globalement négatif sur le pouvoir d'achat des Britanniques chez eux (inflation importée) ou à l'étranger (taux de change défavorable).

De plus, je ferai remarquer au tjs très anti-UE M.Godin que ce ne sont pas les partisans du "Remain" qui surestimaient les conséquences négatives à court terme, mais bien la Banque d'Angleterre. Et j'ajouterai que le fantasme de l'investissement public comme paliatif à tous les maux risque vite de se heurter à la réalité: le RU est à 4,5% de déficit budgétaire, et les investisseurs internationaux sauront le lui rappeler au moment de prêter de l'argent.
Réponse de le 27/10/2016 à 15:31 :
Pour moi Mr Godin est un eurosceptique au sens littéral du terme. ll est pour l UE mais trouve qu'elle doit et peut faire beaucoup mieux. Cela l'amène à être par contre très et trop dur vis à vis de l' Allemagne. Je suis à l'aise car rarement en accord avec ce qu il écrit, mais là pour le coup c'est du factuel et la chute un délicieux euphémisme "le risque de récession non dissipé", j'adore!
Remercions le lui et la Tribune plutôt de nous informer aussi régulièrement sur l UE et de permettre le débat. C'est quasi unique dans la presse française. Amitié
a écrit le 27/10/2016 à 13:59 :
Pourtant, c'est pas faute d'annoncer leur destruction totale depuis 5 mois !

Bon alors ça vient cette fin du monde anglaise parce qu'ils ont pas voulu rester au sein de l'UE ?!
a écrit le 27/10/2016 à 13:02 :
Il ne faut pas faire d'amalgame entre le vote de la sortie de l'union europeenne et le Brexit.
Le vote a eu lieu, la conséquence à court terme est la baisse de la livre.
Que font les entreprises et les consommateurs quand on leur dit que les prix vont monter? Ils avancent leurs achats. A mon avis les 0.5% de croissance vienne de là et un retour de bâton est à prévoir dans 6 mois et pas avant.
Quant au Brexit , il n'a pas encore eu lieu et on ne sait pas encore quelle forme il prendra.
Réponse de le 27/10/2016 à 14:56 :
Brexit ou vote de sortie c'est pareil, faut pas jouer sur les mots. Jeu de mot, jeu de vilain.
a écrit le 27/10/2016 à 13:00 :
[
Le Brexit n'a pas conduit le Royaume-Uni à la récession
...
Le Brexit n'a donc pas causé l'effondrement immédiat de la City
...
l'effet Brexit a été assez diffus
....
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Donc, pas grand chose de neuf depuis ... un événement qui n'a pas eu lieu.
a écrit le 27/10/2016 à 12:28 :
En même, que je sache, le royaume uni n'est pas encore sorti de l'Union Européenne dans la pratique. Les seuls changements que nous pourrions observer sont des changements liés à l'anticipation du BREXIT.
Ce que je vois mal, c'est comment il sera possible, pour le Royaume Uni, de négocier des accords bilatéraux avec chacun des pays de l'UE ou/et avec l'UE en 19 mois.
Et même dans 19 mois, il faudra attendre 3 à 12 mois pour voir les effets réels dans la pratique. Enfin, je pense que les britanniques sont conscients qu'économiquement il pourrait y avoir un choc lors de la transition, mais ils espèrent des effets positifs à plus long terme.
Me concernant, je pense que c'est un deal lose/lose.
Wait and See dans 19 mois.
a écrit le 27/10/2016 à 12:19 :
L'Angleterre n'était pas réellement dans l'UE. Pas membre de l'espace Schengen et
pas d'euro. Avec le Brexit, ils vont pouvoir avoir une fiscalité digne des paradis fiscaux.
Il y a des chances que cette sortie du bazar technocratique de l'UE soit plus un avantage
qu'un inconvénient. Si l'Angleterre sort gagnante, il y a des chances que d'autres pays
suivent le même chemin surtout que l'UE fait preuve d'un immobilisme dévastateur pour
son image.
Réponse de le 27/10/2016 à 14:16 :
Suaf que le royaume uni est membre à part entière du marché interieur, et ca, ca n'a pas de prix. Ce sera le fait de quitter le marché intérieur qui sera couteux pour le Royaume Uni. car plus de marché interieur, et brusquement les prix augmentent au R-U du fait des nombreux obstacles commerciaux qui se dressent, la City démanage (et donc fini le volument d'investissement qui permettent au RU d'avoir ce gigatesque deficit de la balance des paiements) et les (plus rares) exportations vers l'UE en prennent un coup également. Le Marché interieur, c'est le coeur même de l'avantage économique d'etre dans l'UE.
Réponse de le 27/10/2016 à 15:21 :
Je pense qu ils vont aussi apporter la démonstration que l'arrêt de la libre circulation, c'est la mort pour leur recherche, la panade pour leurs hôpitaux et autres maisons de retraite, la fin des industries de pointe par manque d'ingé et techniciens, le déclin des universités qui profitent à fond des étudiants étrangers pour se financer etc
Je ne sais pas si c'est un lapsus de votre part BA, mais cette affaire concerne la GB. A vous lire, l Angleterre n'était pas vraiment dans l UE (avis que je partage en grande partie), contrairement aux Ecossais par exemple...rigolo
a écrit le 27/10/2016 à 12:09 :
Arrêtez de dire que l'effet Brexit a été surestimé. Pour l'instant rien n'est fait. La grande-Bretagne est toujours partie de l'UE pour l'instant. C'est une fois les ponts coupés que l'on verra effectivement les effets.
a écrit le 27/10/2016 à 12:08 :
Très drôle... On essaie de mesurer les effets de quelque chose qui n'a pas eu lieu !! Le Brexit n'est qu'un mot pour l'instant : le R-U fait toujours partie de l'UE jusqu'à preuve du contraire. Il serait intéressait d'être un peu plus rigoureux dans la terminologie employée pour vos titres...
a écrit le 27/10/2016 à 12:08 :
hausse du crédit a la consommation au plus haut depuis 10 ans et poursuite de la baisse du taux d'épargne expliquent notamment cette croissance.
cela va durer ? baisse des rentrées d'impôts sur les sociétés, ralentissement des rentrées de TVA, baisse significative des commandes à l'industrie, ABB dit que les commandes anglaises plongent, chute des prix Immo Londoniens annoncée, etc...

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