Turquie : Recep Tayyip Erdoğan menace l'Europe "d'ouvrir les frontières"

Le président turc n'a pas apprécié le vote du parlement européen appelant à suspendre les négociations d'adhésion avec la Turquie. Il rappelle à l'Europe qu'il détient un moyen de pression immense : les réfugiés.

4 mn

Le président turc menace l'Union européenne.
Le président turc menace l'Union européenne. (Crédits : HANDOUT)

Au lendemain du vote du parlement européen demandant un gel temporaire des négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE, le président turc Recep Tayyip Erdoğan, a menacé vendredi 25 novembre les Etats européens d'ouvrir ses frontières aux réfugiés. « Si cela continue, les frontières seront ouvertes », a martelé le chef de l'Etat turc dans un discours prononcé devant une organisation de femmes à Istanbul. Dès jeudi, le premier ministre Binali Yıldırım avait déjà évoqué de telles menaces : « Nous sommes un des facteurs de protection de l'Europe. Si les réfugiés passent, l'Europe sera débordée ».

Le poids de l'accord de février

Avec ces propos, Ankara rappelle qu'elle détient un moyen de pression immense sur l'Union européenne : les quelques 2,7 millions de réfugiés syriens qui résident actuellement sur son sol. L'accord passé avec les autorités européennes en février prévoit une meilleure maîtrise des frontières turques et un mécanisme de retour des réfugiés ayant passé la frontière vers la Turquie. Ce mécanisme a été accepté par la Turquie moyennant d'importantes concessions de l'UE : relance du processus d'adhésion, suppression des visas pour les ressortissants turcs et versement d'une aide de 6 milliards d'euros.

Cet accord n'a pas résolu le problème des réfugiés entièrement. Les flux se sont en partie tournés vers l'Italie et les passages entre la côte turque et les îles grecques n'ont pas cessé. Les camps de réfugiés en Grèce sont en état de saturation, alors même que l'accord oblige désormais à retenir les réfugiés arrivés dans de tels camps. Ce 25 novembre, à Moria, sur l'île de Lesbos, l'explosion d'un réchaud de fortune a provoqué la mort de deux personnes, une femme et un enfant, et a provoqué un incendie dans le camp.

Angela Merkel a besoin de Recep Tayyip Erdoğan

Mais avec cet accord et la fermeture de la route des Balkans a permis de tarir presque entièrement le flux de réfugiés vers l'Allemagne. Or, pour Angela Merkel, la chancelière allemande qui a négocié l'accord avec la Turquie, c'était là l'essentiel. La chute vertigineuse de sa popularité au début de 2016 a fait comprendre à la chancelière que, tout en maintenant un discours de forme d'ouverture, il lui fallait parvenir à une cessation de fait des entrées de réfugiés en Allemagne. Après les deux lourdes défaites électorales à Berlin et en Mecklembourg en septembre, la CDU a, du reste, insisté davantage sur la fin de ces arrivées pour ramener dans son giron l'électorat conservateur, mais aussi pour désamorcer le conflit sur la « limite haute » des arrivées avec la CSU bavaroise. Angela Merkel entend en effet prouver à ses alliés bavarois que leur demande de limite fixe est inopérante quand les flux ont cessé.

Alors que la chancelière vient d'annoncer sa candidature à un quatrième mandat, elle ne peut donc se permettre la fin de l'accord avec la Turquie. Certes, la fermeture de la route des Balkans offre une « deuxième barrière » aux réfugiés en les maintenant en Grèce, mais ce pays ne saurait maintenir sur son territoire un afflux de personnes. Une unité européenne ne résisterait pas à une nouvelle vague migratoire. Angela Merkel sait qu'elle n'a pas réussi à « partager le fardeau » avec ses « partenaires ». L'Allemagne serait donc la destination principale des réfugiés. Dans les faits, Recep Tayyip Erdoğan est donc un allié objectif et essentiel d'Angela Merkel dans sa course à la réélection où elle a promis d'incarner la « stabilité ». Il le sait et il peut ainsi jouer sur la menace.

Ankara place une pierre dans le jardin d'Angela Merkel

Angela Merkel doit cependant prendre garde. Elle doit ménager son centre et, ainsi, dénoncer les atteintes aux droits de l'homme commises en Turquie depuis le coup d'Etat avorté le 19 juillet dernier. Sans néanmoins que ces dénonciations aient de conséquences concrètes. Aussi la CDU n'a-t-elle pas empêché le vote du parlement européen de jeudi, qui est purement consultatif et ne saurait avoir de conséquences puisqu'il suppose à la fois que la proposition soit reprise par la Commission et qu'elle soit ensuite soutenue par 16 des 28 Etats membres de l'UE, deux conditions peu probables. Mais Ankara accepte de moins en moins ce subtil équilibre entre un discours de condamnation et une réalité de dépendance. Recep Tayyip Erdoğan refuse les leçons d'une Europe qu'il sait tenir à sa merci. Il demande donc que les condamnations cessent. C'est un défi pour Angela Merkel qui doit absolument tenir l'équilibre décrit plus haut, mais la Turquie pourrait bien utiliser la campagne électorale allemande pour renforcer la pression sur l'Europe.

4 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 24
à écrit le 26/11/2016 à 21:00
Signaler
Surprenant article qui met en évidence la mainmise de l'Allemagne sur la politique européenne, et au travers de l'Allemagne, celle de la CDU et de sa chef A.Merkel ce qui d'une certaine façon était connue. Sauf que dorénavant R.Erdogan a le moyen de ...

à écrit le 26/11/2016 à 8:35
Signaler
Et si on lui renvoyait tous "ses" turcs "européens" en échange, il dirait quoi ?

à écrit le 26/11/2016 à 6:50
Signaler
"...ces gens-là (les recéleurs), sont pis que les voleurs !" disait Brassens. Les populations et les dirigeants européens sont pis qu'Erdogan ! Il le sait ; d'où son souverain mépris quand ils s'avisent de feindre lui faire la morale. Et il frappe là...

à écrit le 25/11/2016 à 23:19
Signaler
Angela Merkel prise à son propre jeu par Erdogan, jeu qui fait des autres pays européens des otage du gouvernement allemand, tout comme Schäuble et son ordolibéralisme intégriste tient la politique budgétaire des membres de l'Eurogroupe en otage. ...

à écrit le 25/11/2016 à 20:56
Signaler
En Afrique du sud (parmi de nombreux autres pays...), impossible d'obtenir un visa longue durée ou une carte de résident dès lors qu'on est sur le territoire national, même si on est titulaire d'un visa de tourisme en cours de validité. Alors en situ...

à écrit le 25/11/2016 à 20:46
Signaler
En Afrique du sud (parmi de nombreux autres pays...), impossible d'obtenir un visa longue durée ou une carte de résident dès lors qu'on est sur le territoire national, même si on est titulaire d'un visa de tourisme en cours de validité. Alors en situ...

à écrit le 25/11/2016 à 18:32
Signaler
chantage normal et facile au vu de la situation ,les frontières européennes sont de vrais passoires

à écrit le 25/11/2016 à 17:38
Signaler
Il a besoin d'argent manifestement pour faire la guerre aux kurdes....affligeant de s'acoquiner avec cette engeance....

à écrit le 25/11/2016 à 16:48
Signaler
Que l'on cesse de nous bassiner avec ses histoires, la Turquie comme tout État qui se respecte est souverain dans ses décisions et a conclut un contrat avec l'UE qui elle ne respecte rien!

le 27/11/2016 à 17:48
Signaler
Ça va tu es en France, là bas on aurait pu te mettre en prison à vie pour pseudo terrorisme avec un post pareil !

à écrit le 25/11/2016 à 15:36
Signaler
1-Souvenons nous que les grands fautifs de ce drame humanitaire sont les USA/UK avec leur déstabilisation de l'Irak. 2- Erdogan n'a pas tort, soit on est avec lui (et il fait le job en défendant nos intérêts), soit on est contre lui (et il défend s...

à écrit le 25/11/2016 à 15:33
Signaler
il fait son chantage alors qu'il n'est pas encore dedans! imaginez ce que ca serait s'il etait dedans, a chaque contrariete, une menace! il n'a qu'a ouvrir les frontieres si ca le chante, c'est pas notre pb, on va mettre une ligne de front en face...

à écrit le 25/11/2016 à 15:07
Signaler
L'Europe, c'est un demi-milliard d'individus et 18000 milliards d'euros de PIB par an. Autrement dit, l'Europe a parfaitement les moyens d'organiser l'accueil de tout ces réfugiés, et d'envoyer en Grèce des renforts de garde-frontières suffisants. ...

le 25/11/2016 à 17:49
Signaler
Tu devrais revoir tes chiffres avant de disucter sur le sujet ! 79m d'habitant en Turquie contre 66m en France !

le 25/11/2016 à 23:19
Signaler
EXAT?A QUOI SERT L EUROPE ? Y A T IL UN PILOTE DANS L AVION???

le 25/11/2016 à 23:36
Signaler
Non ce n'est pas parce que l'Europe est organisée en Europe des nations, c'est au contraire parce que les pays gouvernements des membres de la zone Euro se sont soumis au gouvernement Merkel Gabriel, au plan économique et budgétaire, qu'ils se sont ...

à écrit le 25/11/2016 à 14:42
Signaler
L'UE peut peut-être AUSSI sécuriser ses frontières avec la Turquie...

le 26/11/2016 à 14:57
Signaler
Besoin d'une force armee pan-europeenne pour controller nos frontieres. fin des procedures de "regularisation existante" pour envoyer un signal fort aux gens qui voudraient tenter le voyage. renvoi massif des sans papiers migrants deja en europe de...

à écrit le 25/11/2016 à 14:39
Signaler
Voila un beau défit pour l'Europe avec l'apparition d'un dictateur venu du fond des âges. Nous n'avons plus rien en commun avec ces gens.

à écrit le 25/11/2016 à 12:49
Signaler
Les frontières c'est la guerre.

le 25/11/2016 à 14:58
Signaler
Vous avez tort , et vous le savez !

le 25/11/2016 à 16:51
Signaler
Si je défend ma peau c'est que je suis agressif?

le 01/12/2016 à 14:17
Signaler
Un être humain, pour attaquer un mammouth pour se nourrir, il va l'attaquer tout seul ou en groupe ? Et bien, en étant tous des êtres humains sur la Terre avec des ressources limitées, si on joue au chacun pour soi, on va tous crever de faim et finir...

à écrit le 25/11/2016 à 12:30
Signaler
A ce rythme sympathique, on s'en fout en France. En 2017, on aura sans doute, peut-être, la marine pour protéger les cotes et l'intérieur des terres

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.