Turquie : Recep Tayyip Erdoğan menace l'Europe "d'ouvrir les frontières"

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Le président turc menace l'Union européenne.
Le président turc menace l'Union européenne. (Crédits : HANDOUT)
Le président turc n'a pas apprécié le vote du parlement européen appelant à suspendre les négociations d'adhésion avec la Turquie. Il rappelle à l'Europe qu'il détient un moyen de pression immense : les réfugiés.

Au lendemain du vote du parlement européen demandant un gel temporaire des négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE, le président turc Recep Tayyip Erdoğan, a menacé vendredi 25 novembre les Etats européens d'ouvrir ses frontières aux réfugiés. « Si cela continue, les frontières seront ouvertes », a martelé le chef de l'Etat turc dans un discours prononcé devant une organisation de femmes à Istanbul. Dès jeudi, le premier ministre Binali Yıldırım avait déjà évoqué de telles menaces : « Nous sommes un des facteurs de protection de l'Europe. Si les réfugiés passent, l'Europe sera débordée ».

Le poids de l'accord de février

Avec ces propos, Ankara rappelle qu'elle détient un moyen de pression immense sur l'Union européenne : les quelques 2,7 millions de réfugiés syriens qui résident actuellement sur son sol. L'accord passé avec les autorités européennes en février prévoit une meilleure maîtrise des frontières turques et un mécanisme de retour des réfugiés ayant passé la frontière vers la Turquie. Ce mécanisme a été accepté par la Turquie moyennant d'importantes concessions de l'UE : relance du processus d'adhésion, suppression des visas pour les ressortissants turcs et versement d'une aide de 6 milliards d'euros.

Cet accord n'a pas résolu le problème des réfugiés entièrement. Les flux se sont en partie tournés vers l'Italie et les passages entre la côte turque et les îles grecques n'ont pas cessé. Les camps de réfugiés en Grèce sont en état de saturation, alors même que l'accord oblige désormais à retenir les réfugiés arrivés dans de tels camps. Ce 25 novembre, à Moria, sur l'île de Lesbos, l'explosion d'un réchaud de fortune a provoqué la mort de deux personnes, une femme et un enfant, et a provoqué un incendie dans le camp.

Angela Merkel a besoin de Recep Tayyip Erdoğan

Mais avec cet accord et la fermeture de la route des Balkans a permis de tarir presque entièrement le flux de réfugiés vers l'Allemagne. Or, pour Angela Merkel, la chancelière allemande qui a négocié l'accord avec la Turquie, c'était là l'essentiel. La chute vertigineuse de sa popularité au début de 2016 a fait comprendre à la chancelière que, tout en maintenant un discours de forme d'ouverture, il lui fallait parvenir à une cessation de fait des entrées de réfugiés en Allemagne. Après les deux lourdes défaites électorales à Berlin et en Mecklembourg en septembre, la CDU a, du reste, insisté davantage sur la fin de ces arrivées pour ramener dans son giron l'électorat conservateur, mais aussi pour désamorcer le conflit sur la « limite haute » des arrivées avec la CSU bavaroise. Angela Merkel entend en effet prouver à ses alliés bavarois que leur demande de limite fixe est inopérante quand les flux ont cessé.

Alors que la chancelière vient d'annoncer sa candidature à un quatrième mandat, elle ne peut donc se permettre la fin de l'accord avec la Turquie. Certes, la fermeture de la route des Balkans offre une « deuxième barrière » aux réfugiés en les maintenant en Grèce, mais ce pays ne saurait maintenir sur son territoire un afflux de personnes. Une unité européenne ne résisterait pas à une nouvelle vague migratoire. Angela Merkel sait qu'elle n'a pas réussi à « partager le fardeau » avec ses « partenaires ». L'Allemagne serait donc la destination principale des réfugiés. Dans les faits, Recep Tayyip Erdoğan est donc un allié objectif et essentiel d'Angela Merkel dans sa course à la réélection où elle a promis d'incarner la « stabilité ». Il le sait et il peut ainsi jouer sur la menace.

Ankara place une pierre dans le jardin d'Angela Merkel

Angela Merkel doit cependant prendre garde. Elle doit ménager son centre et, ainsi, dénoncer les atteintes aux droits de l'homme commises en Turquie depuis le coup d'Etat avorté le 19 juillet dernier. Sans néanmoins que ces dénonciations aient de conséquences concrètes. Aussi la CDU n'a-t-elle pas empêché le vote du parlement européen de jeudi, qui est purement consultatif et ne saurait avoir de conséquences puisqu'il suppose à la fois que la proposition soit reprise par la Commission et qu'elle soit ensuite soutenue par 16 des 28 Etats membres de l'UE, deux conditions peu probables. Mais Ankara accepte de moins en moins ce subtil équilibre entre un discours de condamnation et une réalité de dépendance. Recep Tayyip Erdoğan refuse les leçons d'une Europe qu'il sait tenir à sa merci. Il demande donc que les condamnations cessent. C'est un défi pour Angela Merkel qui doit absolument tenir l'équilibre décrit plus haut, mais la Turquie pourrait bien utiliser la campagne électorale allemande pour renforcer la pression sur l'Europe.

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Commentaires
a écrit le 26/11/2016 à 21:00 :
Surprenant article qui met en évidence la mainmise de l'Allemagne sur la politique européenne, et au travers de l'Allemagne, celle de la CDU et de sa chef A.Merkel ce qui d'une certaine façon était connue. Sauf que dorénavant R.Erdogan a le moyen de faire infléchir la chancelière. Mais ou l'article se trompe c'est de laisser penser qu’après la réélection éventuelle de A.Merkel le chantage pourrait cesser, c'est faux car il y aura d'autres élections dans d'autres pays. R.Erdogan a donc le moyen de faire chanter les dirigeants européens pendant encore des années, car si il ouvre les frontières turques de nombreux gouvernements vacilleront et l'Union Européenne n'y survivra probablement pas. Ce chantage durera jusqu’à ce que la guerre cesse en Syrie, mais pour cela il faudra qu'un camp l'emporte. La poursuite des combats, qui rassure de nombreux dirigeants qui ne souhaitent ni la victoire de Assad ni celle des groupes salafistes et qui préfèrent les voir s’étriper et s'affaiblir, conduira ces pauvres gens a préférer l'exil. Il faut donc arrêter de rêver à un hypothétique groupe démocratique syrien qui ne contrôle plus grand chose et accepter qu'un camp l'emporte en Syrie au plus vite.
a écrit le 26/11/2016 à 8:35 :
Et si on lui renvoyait tous "ses" turcs "européens" en échange, il dirait quoi ?
a écrit le 26/11/2016 à 6:50 :
"...ces gens-là (les recéleurs), sont pis que les voleurs !" disait Brassens. Les populations et les dirigeants européens sont pis qu'Erdogan ! Il le sait ; d'où son souverain mépris quand ils s'avisent de feindre lui faire la morale. Et il frappe là où ça fait mal. Les Européens savent très bien comment Erdogan (et M. Kadhafi avant lui) leur épargne le déferlement des migrants et autres djihadistes. Grâce précisément à cette désinvolture vis-à-vis des libertés et des droits humains qu'ils gourmandent d'un côté tout en la sollicitant, sinon la "sous-traitant" de l'autre.
Le comble est de l'invoquer maintenant pour repousser des négociations d'adhésion éternellement repoussées, quand on sait que les éternelles réticences européennes tiennent plus tenu du racisme que de toute autre considération !
Vraiment, ces gens-là sont pis qu'Erdogan !
a écrit le 25/11/2016 à 23:19 :
Angela Merkel prise à son propre jeu par Erdogan, jeu qui fait des autres pays européens des otage du gouvernement allemand, tout comme Schäuble et son ordolibéralisme intégriste tient la politique budgétaire des membres de l'Eurogroupe en otage.
Merkel est une manœuvrière qui défend contre l'intérêt général des pays européens, la politique qui arrange la grande industrie allemande et les bénéficiaires de la mondialisation.
Les conséquences: creusement des intégralités, pauvreté ide plus de 15% de la population.

Il faut cesser de prendre Merkel pour une grande chef d'état, c'est une habile et cynique manœuvrière au services de la grande industrie allemande.
a écrit le 25/11/2016 à 20:56 :
En Afrique du sud (parmi de nombreux autres pays...), impossible d'obtenir un visa longue durée ou une carte de résident dès lors qu'on est sur le territoire national, même si on est titulaire d'un visa de tourisme en cours de validité. Alors en situation irrégulière....
Qu'est-ce qu'on attend pour appliquer la même règle au niveau européen ?
D'ailleurs, pourquoi, hors renouvellement, les titres de séjour sont-ils étudiés dans les préfectures ? c'est UNIQUEMENT dans les consulats et ambassades que cela devrait se faire...
Ainsi, l'étude des dossiers des sans-papiers seraient simplifiée: dehors ! et dossier à faire depuis l'étranger. En cas de récidive de séjour en situation irrégulière : interdiction définitive de séjour en France !
a écrit le 25/11/2016 à 20:46 :
En Afrique du sud (parmi de nombreux autres pays...), impossible d'obtenir un visa longue durée ou une carte de résident dès lors qu'on est sur le territoire national, même si on est titulaire d'un visa de tourisme en cours de validité. Alors en situation irrégulière....
Qu'est-ce qu'on attend pour appliquer la même règle au niveau européen ?
D'ailleurs, pourquoi, hors renouvellement, les titres de séjour sont-ils étudiés dans les préfectures ? c'est UNIQUEMENT dans les consulats et ambassades que cela devrait se faire...
Ainsi, l'étude des dossiers des sans-papiers seraient simplifiée: dehors ! et dossier à faire depuis l'étranger. En cas de récidive de séjour en situation irrégulière : interdiction définitive de séjour en France !
a écrit le 25/11/2016 à 18:32 :
chantage normal et facile au vu de la situation ,les frontières européennes sont de vrais passoires
a écrit le 25/11/2016 à 17:38 :
Il a besoin d'argent manifestement pour faire la guerre aux kurdes....affligeant de s'acoquiner avec cette engeance....
a écrit le 25/11/2016 à 16:48 :
Que l'on cesse de nous bassiner avec ses histoires, la Turquie comme tout État qui se respecte est souverain dans ses décisions et a conclut un contrat avec l'UE qui elle ne respecte rien!
Réponse de le 27/11/2016 à 17:48 :
Ça va tu es en France, là bas on aurait pu te mettre en prison à vie pour pseudo terrorisme avec un post pareil !
a écrit le 25/11/2016 à 15:36 :
1-Souvenons nous que les grands fautifs de ce drame humanitaire sont les USA/UK avec leur déstabilisation de l'Irak.
2- Erdogan n'a pas tort, soit on est avec lui (et il fait le job en défendant nos intérêts), soit on est contre lui (et il défend ses intérêts).
3-Enfin, souvenez vous des difficultés que nous posent les 15k réfugiés de la jungle de calais, et de tous ceux qui ont dit en France "qu'on les laisse partir en UK, on n'a pas à faire le boulot des anglais". Alors un peu d'ouverture d'esprit et comprenez les turcs avec leurs 2.7 M de réfugiés - l'équivalent de 200 jungles de calais.
a écrit le 25/11/2016 à 15:33 :
il fait son chantage alors qu'il n'est pas encore dedans!
imaginez ce que ca serait s'il etait dedans, a chaque contrariete, une menace!
il n'a qu'a ouvrir les frontieres si ca le chante, c'est pas notre pb, on va mettre une ligne de front en face!
a écrit le 25/11/2016 à 15:07 :
L'Europe, c'est un demi-milliard d'individus et 18000 milliards d'euros de PIB par an. Autrement dit, l'Europe a parfaitement les moyens d'organiser l'accueil de tout ces réfugiés, et d'envoyer en Grèce des renforts de garde-frontières suffisants.

La raison pour laquelle nous devons nous plier au chantage d'un pays 8 fois moins peuplé et 20 fois moins riche, c'est que l'Europe est organisée en Europe des Nations, dirigée par 28 gouvernements égoïstes et de courte vue, incapables de s'organiser comme nécessaire.
Réponse de le 25/11/2016 à 17:49 :
Tu devrais revoir tes chiffres avant de disucter sur le sujet ! 79m d'habitant en Turquie contre 66m en France !
Réponse de le 25/11/2016 à 23:19 :
EXAT?A QUOI SERT L EUROPE ? Y A T IL UN PILOTE DANS L AVION???
Réponse de le 25/11/2016 à 23:36 :
Non ce n'est pas parce que l'Europe est organisée en Europe des nations, c'est au contraire parce que les pays gouvernements des membres de la zone Euro se sont soumis au gouvernement Merkel Gabriel, au plan économique et budgétaire, qu'ils se sont laissés affaiblir, et laissent le gouvernement Merkel Gabriel négocier au nom de l'UE en fonction des intérêts de la grande industrie allemande, et non du peuple allemand, et l'intérêt de l'industrie allemande est d’accueillir une main d'oeuvre nombreuse qui fait baisser les salaires en Allemagne et dans les autres pays européens.
De plus le gouvernement Merkel/Gabriel ne veut pas de plus de fédéralisme, la situation actuelle lui est tellement favorable.
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a écrit le 25/11/2016 à 14:42 :
L'UE peut peut-être AUSSI sécuriser ses frontières avec la Turquie...
Réponse de le 26/11/2016 à 14:57 :
Besoin d'une force armee pan-europeenne pour controller nos frontieres.
fin des procedures de "regularisation existante" pour envoyer un signal fort aux gens qui voudraient tenter le voyage.
renvoi massif des sans papiers migrants deja en europe des que les conflits sont termines. Entre temp , internement dans des camps de refugies sous control strict.
a écrit le 25/11/2016 à 14:39 :
Voila un beau défit pour l'Europe avec l'apparition d'un dictateur venu du fond des âges.
Nous n'avons plus rien en commun avec ces gens.
a écrit le 25/11/2016 à 12:49 :
Les frontières c'est la guerre.
Réponse de le 25/11/2016 à 14:58 :
Vous avez tort , et vous le savez !
Réponse de le 25/11/2016 à 16:51 :
Si je défend ma peau c'est que je suis agressif?
Réponse de le 01/12/2016 à 14:17 :
Un être humain, pour attaquer un mammouth pour se nourrir, il va l'attaquer tout seul ou en groupe ? Et bien, en étant tous des êtres humains sur la Terre avec des ressources limitées, si on joue au chacun pour soi, on va tous crever de faim et finir par se bouffer entre nous.
a écrit le 25/11/2016 à 12:30 :
A ce rythme sympathique, on s'en fout en France. En 2017, on aura sans doute, peut-être, la marine pour protéger les cotes et l'intérieur des terres

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