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Les grandes sociétés du CAC 40 sont-elles bonnes ou mauvaises pour la France ?

Pascale Besses-Boumard, Eric Chol, Juliette Garnier et Xavier Harel

Publié le 22 janvier 2011 à 19:38

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Accusés d'encourager l'exode des investissements et de l'emploi, les champions du CAC 40 sont devenus une cible facile. Une étude du cabinet Xerfi prend leur défense, mettant en valeur leur apport à l'économie française. Le débat est lancé. Participez-y en donnant votre avis dans la rubrique libre d'accès "commentaires" dans cet article.

Ce qui est bon pour le CAC 40 est-il bon pour la France ? A voir les investissements réalisés en priorité à l'étranger, les recrutements concentrés dans les pays émergents, les parts de marché tricolores qui s'étiolent, le déficit béant de notre commerce extérieur, ou encore le recul de la compétitivité française, mise une nouvelle fois en exergue par une nouvelle étude de Coe-Rexecode publiée ce jeudi, on peut, c'est vrai, s'interroger sur la contribution de nos champions nationaux à l'économie française.

Mais de là à instruire le procès des entreprises du CAC 40, en les accusant de ne plus rouler pour la France, ou même d'avoir renoncé à leur identité française, comme certains économistes n'hésitent plus à le faire, c'est aller un peu vite en besogne... C'est surtout oublier l'histoire de nos héritiers du néocapitalisme colbertien qui, avec le soutien pas toujours discret de l'État, ont su se hisser sur les podiums mondiaux au cours des deux dernières décennies, faisant briller les feux tricolores sur l'ensemble des continents.

C'est aussi passer sous silence les stratégies d'acquisitions des Publicis et autres GDF Suez, capables de tenir la dragée haute aux nouveaux concurrents émergents. C'est encore négliger l'apport essentiel à notre économie des centres de décision et de recherche, maintenus sur le territoire français, et oublier l'influence réelle de nos capitaines d'industrie ou de la finance. Le CAC 40, "c'est le plus grand succès de l'Entreprise France", veut croire Henri Lachmann, ex-PDG de Schneider, et coauteur de "la France et ses multinationales", ouvrage réalisé par le cabinet Xerfi. Un document utile pour établir le vrai bilan de nos mastodontes tricolores.

QUATRE ACCUSATIONS CONTESTABLES

Les champions du CAC ont grandi au détriment des autres

« Paris et le désert français ». Cet ouvrage, qui pointait du doigt en 1947 le gonflement disproportionné de la capitale, pourrait s'appliquer aujourd'hui au CAC 40, accusé d'avoir capté toutes les attentions de l'État et de la finance au détriment des PME. Ces dernières sont effectivement à la traîne, surtout si on les compare à leurs cousines allemandes. L'Hexagone ne compte que 4.000 entreprises de 500 à 5.000 employés, rappelle l'étude de Xerfi, contre 16.000 outre-Rhin. L'industrie tricolore affiche aussi un net recul, sa part dans la valeur ajoutée nationale ayant chuté de 22 % à 16 % entre 1998 et 2008, soit la plus forte baisse de l'Union européenne. Mais les fleurons du CAC peuvent difficilement être tenus pour responsables de ces piètres performances. Incontestablement, ils ont bénéficié de l'aide de l'État.

Du plan Calcul à la filière nucléaire, du TGV à Airbus, « les moyens régaliens de la puissance publique ont aussi été mis au service d'un champion national », relèvent les auteurs de l'étude. Non sans succès : les grandes sociétés tricolores ont bien négocié le virage de la mondialisation depuis le milieu des années 1990. Non seulement ces symboles du capitalisme français trustent le premier rang mondial dans plusieurs secteurs d'activité (luxe, assurance, énergie, cosmétique, pneumatique, verre, services collectifs...), mais ils s'arrogent aussi 30 places dans le top 500 des entreprises mondiales. De quoi leur donner des munitions pour résister à l'appétit des nouveaux venus des marchés émergents. Ils en auront besoin, vu la rapidité avec laquelle Pékin avance ses pions. Depuis 2010, les champions du BTP mondial sont désormais chinois, devant les français Vinci et Bouygues.

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Ils ne paient pas d'impôt en France

L'amélioration de la compétitivité des multinationales françaises passe-t-elle par une baisse de l'impôt sur les sociétés (IS) ? Les champions du CAC 40 se débrouillent déjà très bien pour contourner un taux d'imposition facial sur les bénéfices de 33,3 %. Une récente enquête du « Journal du dimanche » a révélé qu'un quart des entreprises du CAC 40 n'a pas payé d'impôt en 2009. Régime du bénéfice mondial consolidé, niches fiscales, sociétés offshore, prix de transferts... Les grands groupes français sont devenus des champions de l'optimisation fiscale. En 2009, malgré un bénéfice de plus de 8 milliards d'euros, Total n'a pas payé 1 euro d'IS en France. Même chose pour Danone, Suez, Essilor, Saint-Gobain ou Schneider.

La fiscalité sur les entreprises est devenue en France une véritable passoire dont savent parfaitement jouer les grands groupes. Le dernier rapport du Conseil des prélèvements obligatoires a ainsi révélé que le taux d'imposition sur les bénéfices des entreprises du CAC 40 était de 8 % seulement alors qu'il est de 30 % pour les entreprises de moins de 10 salariés et de 20 % pour les entreprises de moins de 500 salariés. « Comment faire en sorte que l'opinion publique n'ait plus le sentiment qu'il y a ceux qui paient l'impôt (les ménages et les PME) et ceux qui proportionnellement paient beaucoup moins (les hyper-riches et les multinationales) ? » s'interroge Jean-Michel Quatrepoint. Le conseiller économique de Xerfi ouvre quelques pistes. « Il faudrait arriver à une situation où un traitement fiscal privilégié aurait pour contrepartie des engagements d'investissement et d'emploi sur le territoire. ».

Ils recrutent et investissent surtout à l'étranger

L'idée est assez commune : les groupes se globalisent, mais la France se désindustrialise. « Le renforcement de l'implantation et des effectifs à l'étranger doit induire une progression de l'activité, des centres névralgiques et de l'emploi sur le territoire. En d'autres termes, l'internationalisation de nos multinationales doit contribuer à l'intérêt national », avance Laurent Faibis, président de Xerfi. Mais qu'en est-il dans la réalité ? De fait, en 2009, seuls 9 % des 13,3 milliards d'euros investis par Total ont abouti en France. Mais 17 % de ses recrutements de l'année ont tout de même été réalisés dans l'Hexagone.

Tous, de Saint-Gobain à Carrefour, misent gros sur les pays émergents. « Il est fondamental d'aller chercher la croissance là où elle est, c'est-à-dire pour plus des deux tiers hors de pays développés, hors de France », rappelle Michel Rollier, patron de Michelin. « Mais, ne plus investir en France n'est pas dans la philosophie de Saint-Gobain, affirme son PDG, Pierre-André de Chalendar. En 2010, le groupe a démarré trois nouvelles unités de production en France, créant plus de 200 emplois directs et bien davantage d'emplois indirects », se défend-il, en détaillant les 100 millions d'euros investis à Chemillé, les 13 millions à Crissey, en Saône-et-Loire et les 200 emplois maintenus à Fontainebleau.

Ils ne sont plus français...

En Bourse, les fleurons tricolores sont largement entre les mains d'investisseurs étrangers. Le poids de ces intervenants varie certes en fonction de la santé des marchés financiers. Par temps de défiance vis-à-vis des actions, les grands acteurs internationaux ont tendance à réduire leur exposition pour rapatrier chez eux leurs capitaux. Selon les derniers chiffres recensés par la Banque de France, ces actionnaires non français détenaient 42,3 % des entreprises du CAC en 2009, contre 40,2 % un an plus tôt. Soit l'équivalent d'un peu plus de 400 milliards d'euros de capitalisation boursière. Il est intéressant de noter que le secteur le plus prisé par les investisseurs étrangers est celui des technologies alors que le plus délaissé est celui des services aux collectivités.

La société la plus « étrangère » est STMicroelectronics (il est vrai franco-italien) avec un taux de détention de capitaux internationaux de 86 % et la plus française, logiquement EDF (l'État en détient 84,5 %) avec 7,4 % seulement d'actionnaires non résidents. Cela étant, le poids des investisseurs étrangers, monté jusqu'à 45,7 % en 2006, n'a jamais été au-delà de la barre symbolique des 50 %. Une proportion qui traduit assez bien l'internationalisation du chiffre d'affaires de ces fleurons mais aussi la globalisation des marchés financiers, les investisseurs n'hésitant pas à traverser les frontières pour aller chercher le rendement.

" Il faut éviter à tout prix un autre Pechiney ! "

la Tribune - Jean-Michel Quatrepoint, vous êtes journaliste et avez conseillé Xerfi pour cet ouvrage. Pourquoi autant de multinationales en France ?

Jean-Michel Quatrepoint - C'est vrai que 8 % des 500 plus grandes entreprises internationales sont françaises, alors que notre pays représente à peine 5 % du PIB mondial. À la différence de l'Allemagne, qui compte plus de grosses PME, la France a privilégié ses grandes entreprises avec qui l'État a toujours eu un lien direct. Que ce soit pendant la période pompidolienne, ou bien avec les nationalisations, puis les privatisations. C'est une force, mais en même temps, cela a fini par détruire le tissu des PME en France, parce qu'on a fait l'erreur d'externaliser hors de nos frontières. Or, dans la bataille économique, il faut garder sur notre territoire la mise en première production des innovations.

- Les Français semblent ne pas aimer leurs multinationales...

- Le comportement de certaines d'entre elles, notamment Total au moment de l'affaire de « l'Erika », a fait du mal à l'image des grands groupes. Les Français ont aussi du mal à accepter que ces entreprises payent aussi peu d'impôts en France. En même temps, on voit que la plupart des patrons du CAC 40 sont très attachés au territoire national. C'est vrai que cela leur offre une protection contre les OPA. Dans le monde qui vient, nous devrons éviter à tout prix un nouvel Arcelor ou un autre Pechiney. On en a vu les conséquences : une grosse partie de l'activité est partie à l'étranger. On ne peut plus se le permettre, sinon ce sera la désertification. Ces grandes multinationales sont tout ce qu'il nous reste. Il faut donc conserver le lien entre l'entreprise et le territoire, maintenir le siège social en France et un actionnariat et un management français...

- Ce patriotisme économique est une forme de protectionnisme...

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Pascale Besses-Boumard, Eric Chol, Juliette Garnier et Xavier Harel

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