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Les 11 "coups" qui ont secoué l'industrie française en 2011

Service entreprise

Publié le 29 décembre 2011 à 07:18

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L'actualité des groupes industriels français a été d'une extrême richesse en 2011. La Tribune a recensé onze coups de tonnerre, inimaginables pour la plupart en début d'année, comme la pseudo-affaire d'espionnage chez Renault, le quasi-crash du Rafale à Abu Dhabi et le passage de l'horloger-joaillier Bulgari à l'heure de LVMH. Sans oublier la vente de Rhodia au belge Solvay et encore moins l'extraordinaire succès de l'Airbus A320 Neo.

Les groupes industriels français ont été secoués par de nombreux événements en 2011. Sans même parler des opérations lancées un an plus tôt et qui se sont concrétisées sans surprise en 2011, comme le rachat de Genzyme par Sanofi pour plus de 20 milliards d'euros, ni même des batailles franco-françaises d'hommes, de femmes ou d'entreprises largement traitées dans nos colonnes le 22 décembre (la révolution de palais à Air France-KLM, la non-reconduction d'Anne Lauvergeon à la tête d'Areva, le duel Carrefour-Casino au Brésil...), l'année écoulée a été parsemée de véritables coups de tonnerre.

La Tribune en a recensé onze. On y retrouve des histoires dignes des romans noirs, comme la pseudo-affaire d'espionnage chez Renault, ou de films apocalytiques avec la catastrophe de Fukushima et l'onde de choc qui en a suivi sur l'industrie nucléaire mondiale. Ce sont aussi des opérations stratégiques d'envergure menées de mains de maître par des industriels audacieux. En témoigne l'annonce de Lactalis d'une OPA sur l'italien Parmalat à quelques heures d'un sommet entre Nicolas Sarkozy et Silvio Berslusconi. lequel fulminait contre les offensives françaises sur les joyaux industriels transalpins ! À l'inverse, on retrouve aussi des entreprises tricolores qui passent sous pavillon étranger à l'instar de Yoplait et de Rhodia qui pourtant ne cessait de clamer qu'il n'était pas à vendre...

Pour accéder au détail en image des 11 "coups" qui ont secoué l'industrie française, cliquez ici.

1/ Fukushima ébranle le consensus nucléaire
Le 11 mars, les violents séisme et tsunami qui ont dévasté la côte Est du Japon, au nord de Tokyo, ont très gravement endommagé quatre des six réacteurs de la centrale de Fukushima Daiichi.
Faute d'alimentation en eau et en électricité, les systèmes de refroidissement n'ont pas fonctionné entraînant la fusion des "coeurs" des réacteurs. Pendant des semaines, la planète entière a retenu son souffle. Non anticipée, non maîtrisée, cette catastrophe a semé un vent de panique dans l'opinion publique mondiale. Et refroidi les ardeurs nucléaires de nombreux pays occidentaux.
Le plus spectaculaire : l'Allemagne, dont l'électricité provient à 22 % de l'atome, a stoppé immédiatement ses 8 plus anciens réacteurs et décidé de les arrêter tous d'ici à 2022. En France, le débat s'est ouvert après des décennies de consensus politique sur le sujet.
Sous la pression de ses alliés Les Verts, le PS a promis, en cas de victoire à la présidentielle de 2012, de réduire de 75 à 50 % d'ici à 2025 la part du nucléaire dans la production d'électricité. Luc Oursel, le nouveau patron d'Areva, prévoit néanmoins de vendre 10 EPR d'ici à 2016.

2/ Bulgari se met à l'heure de LVMH
PPR dit ne s'intéresser qu'aux petites griffes, soi-disant seules capables du gros potentiel de développement. LVMH, de son côté, a montré une fois de plus, cette année, qu'il n'avait pas peur des gros poissons. Bien au contraire. En annonçant le rachat le 7 mars du joaillier italien pour 4,3 milliards d'euros, il s'est offert la plus grosse opération du secteur, réussissant à séduire une famille que tous courtisaient depuis longtemps sans succès. Jusqu'ici, le propriétaire des marques comme Chaumet, Fred ou Tag Heurer ne réalisait que 5% de son chiffre d'affaires avec l'horlogerie-joaillerie. Désormais, il peut aller chatouiller Cartier et les autres grands noms du secteur en passant le chiffre d'affaires de sa branche de 800 millions d'euros à 1,8 milliard. Les ventes de Bulgari, réalisées à 43 % en Asie, lui apportent une exposition supplémentaire dans ce continent d'avenir pour le luxe. Et les autres activités de l'italien, dans le parfum ou l'hôtellerie de luxe, complètent celles de LVMH, déjà propriétaire de Dior, Sephora, Cheval Blanc.

3/ Lactalis avale l'italien Parmalat
Après un week-end pascal à préparer son offensive au rythme des pizzas froides et des cafés serrés, Emmanuel Besnier peut crier victoire ! Le très discret patron du groupe laitier français Lactalis vient de lancer une OPA sur le leader italien du lait Parmalat pour 3,3 milliards d'euros, qui s'annonce décisive.
Une vraie guerre éclair en terrain hostile. En janvier 2011, déçu de ne pouvoir mettre la main sur Yoplait, le PDG du désormais leader mondial des produits laitiers reporte son attention sur Parmalat.
Quand, en quelques semaines, il s'arroge 29 % du capital, la levée de boucliers est immense de l'autre côté des Alpes. Rome tente de s'y opposer et modifie même la législation afin de reporter la date de l'assemblée générale du groupe pour gagner du temps. Le gouvernement autorise ensuite la caisse des dépôts locale à se constituer en fonds d'investissement pour organiser une contre-offre.
Mais malgré la tempête politique en Italie, Emmanuel Besnier prendra la décision de lancer une OPA inamicale et de passer en force le jour d'une rencontre au sommet entre Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi. En un week-end, l'affaire a été bouclée. L'Italie capitule et Parmalat devient française en juillet.

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4/ Renault dérape dans une "vraie-fausse" affaire d'espionnage
Quelle affaire ! Elle avait secrètement démarré en août 2010 et éclaté au grand jour le 5 janvier 2011. En cause : trois cadres de Renault censés avoir vendu des secrets industriels à des entreprises concurrentes. Pis : les secrets pillés concernaient le véhicule électrique, programme phare de l'Alliance Renault-Nissan ! Tout semble clair : Renault est l'innocente victime d'une trahison ignominieuse.
Dès la mi-février, pourtant, des doutes, des approximations, des contradictions se font jour. Mais les dirigeants de Renault persistent et signent... jusqu'à ce fatidique lundi 15 mars ! Ce jour-là, le procureur de Paris proclame : "les comptes bancaires imputés aux cadres de Renault n'existent pas !" Patatras, tout s'écroule. Sous les huées de la presse, des politiques, des syndicats, le PDG de Renault, Carlos Ghosn, et son directeur général délégué, Patrick Pelata, sont alors contraints de présenter "leurs vifs regrets". Les trois cadres couverts d'opprobre sont aussitôt réhabilités ! Les dégâts pour l'entreprise, durablement déstabilisée, seront considérables. Carlos Ghosn sauvera sa tête. Pas Patrick Pelata, sacrifié à la mi-avril.

5/ Yoplait passe sous pavillon américain
Scandale dans les chaumières françaises ! Le 18 mars, notre deuxième fleuron national du yaourt, après Danone, le fameux Yoplait, tombe dans les bras de l'américain General Mills. Exit les autres grands groupes internationaux comme Nestlé (Suisse), Bright Food (Chine) ou Lala (Mexique). Exit aussi les français Bel, jugé pas assez solide, ou Lactalis, ennemi de toujours du covendeur, la coopérative Sodiaal. C'est finalement le premier franchisé de la marque, celui qui lui a fait atteindre un pic de parts de marché de 32 % outre-Atlantique, devant Danone (28 %), qui a remporté la mise, s'arrogeant 51 % de Yoplait pour 810 millions d'euros. L'américain, propriétaire d'Häagen-Dazs ou encore de Géant Vert, n'était pourtant pas le mieux placé pour un large déploiement international, notamment en Asie. Mais il a rassuré les 9.000 producteurs de lait de Sodiaal, assurés de garder 49 % de l'entreprise et même 50 % de la marque Yoplait et donc de ses royalties. Après le rachat du russe Wimm Bill Dann par Pepsi, le marché du yaourt de 65 milliards d'euros prend ainsi une nouvelle dimension internationale.

6/ Rhodia succombe aux avances du belge Solvay
Seuls les imbéciles ne changent pas d'avis. Après avoir répété sur tous les tons que Rhodia n'était pas à vendre, son PDG Jean-Pierre Clamadieu crée la surprise en acceptant, le 4 avril, les avances du belge Solvay. Une OPA amicale de 3,4 milliards d'euros (6,6 milliards en incluant les dettes), qui sera achevée le 16 septembre avec le retrait de Rhodia de la cote. Elle offre à Solvay une présence renforcée dans les pays émergents, une rentabilité élevée et des synergies de coûts évaluées à 250 millions d'euros sur trois ans. Mais pour Rhodia, il s'agit avant tout d'un mariage de raison. L'ex-Rhône-Poulenc y trouve le moyen de régler sa dette faramineuse (3 milliards d'euros avec les engagements de retraite), tout en se mettant à l'abri de prédateurs moins bien intentionnés. Jean-Pierre Clamadieu n'est pas en reste : intronisé dauphin de Christian Jourquin, le patron de Solvay, il doit prendre en 2013 les rênes du sixième chimiste mondial (12 milliards d'euros de chiffre d'affaires) et rêve de faire entrer le nouvel ensemble au CAC 40.

7/ Eolien : la France se jette à l'eau
Bien après les Danois, Allemands et Britanniques, l'État français a donné cette année le coup d'envoi à l'éolien offshore. Une première tentative il y a sept ans n'avait rien donné. Attendu depuis des mois, un premier appel d'offres, confirmé par Nicolas Sarkozy lors d'un déplacement à Saint-Nazaire en janvier, a vu son cahier des charges publié le 11 juillet sur le site de la Commission de régulation de l'énergie (CRE). Il précisait notamment l'emplacement de cinq « zones propices » au large des côtes normandes et bretonnes, pour une puissance totale de 3.000 MW, soit environ 600 éoliennes. C'est la moitié des 6.000 MW (sur un total de 25.000 MW d'éolien) prévus d'ici à 2020 par le Grenelle de l'environnement. Estimée à environ 10 milliards d'euros, cette première tranche a entraîné la constitution de consortiums à l'initiative de grands groupes français. GDF Suez s'est allié à Areva, Vinci et E.ON, et aussi à Iberdrola, Eole-Res et Technip. EDF EN a fait alliance avec Alstom et le danois Dong Energy. Les offres devront être déposées avant le 12 janvier. Un second appel d'offres de même taille doit être lancé en avril 2012. Les premiers parcs devraient sortir de l'eau d'ici à 2015. D. P.

8/ L'Airbus A320 Neo s'impose dans le ciel de Boeing
Le 20 juillet, Airbus signe une commande astronomique avec American Airlines portant sur 460 A320 dont 260 Neo. Ce contrat hors norme sur les terres de son rival Boeing illustre le succès extraordinaire de la version remotorisée de ce moyen-courrier prévu en 2015. Lancé fin décembre 2010, cet avion censé réduire la consommation de carburant de 15 % s'est vendu comme des petits pains. Par fourné même : 200 pour Air Asia, 180 pour Indigo... Un an après son lancement, près de 1.200 exemplaires ont été commandés. Du jamais-vu dans l'histoire de l'aéronautique. Une telle performance, inimaginable en début d'année, a contraint Boeing à annoncer en juillet la remotorisation de son B737 (B737 MAX), alors qu'il privilégiait le lancement d'un nouvel avion d'ici à la fin de la décennie. Le géant américain ne devrait pas regretter son choix. Prévu en 2017, cet appareil a reçu sa première commande ferme mi-décembre de Southwest pour 150 exemplaires. Boeing affirme avoir déjà enregistré plus de 900 commandes et intentions d'achat.

9/ Le gaz de schiste, une fracture française
Même Total a dû se soumettre. En déplacement le 4 octobre dans les Cévennes, où l'américain Schuepbach disposait d'un permis d'exploration de gaz de schiste, Nicolas Sarkozy a confirmé la nouvelle annoncée la veille par Nathalie Kosciusko-Morizet : les trois permis de ce type accordés par Jean-Louis Borloo au printemps 2010 étaient abrogés, y compris celui détenu par Total dans la région de Montélimar (Drôme). Après la vive contestation locale, relayée très vite par un grand nombre de parlementaires au printemps 2011, le gouvernement avait annoncé dès avril l'interdiction de la très controversée technique de la « fracturation hydraulique » sur le territoire français, interdiction formalisée par la loi du 13 juillet. Les titulaires de permis existants devaient faire savoir quelle technique alternative ils comptaient utiliser. Des carottages verticaux, a indiqué en substance Total. « Pas crédible », a jugé NKM. Total a introduit mi-décembre un recours en justice.

10/ Abu Dhabi met l'Eurofighter dans les pattes du Rafale
Pour Dassault Aviation, le premier jour du salon du Dubai Airshow le 13 novembre tourne au cauchemar. Les Émirats arabes unis (EAU), jusqu'ici en négociations exclusives avec l'avionneur tricolore pour l'acquisition de 60 Rafale, révèlent, le jour de l'inauguration du Salon aéronautique, avoir demandé au consortium Eurofighter (BAE Systems, EADS et l'italien Finmeccanica) de lui faire une offre commerciale. Une annonce qui prend complètement au dépourvu industriels et officiels français présents à Dubai mais qui est rapidement minimisée par le camp français. Trop ? Le ministre de la Défense, Gérard Longuet, estime alors que "cette demande de cotation apparaît plus comme une mesure d'animation de la procédure". En fin du salon, Abu Dhabi se fend d'un communiqué inhabituel mais cinglant : "malheureusement, il semble que Dassault ne réalise pas que la volonté politique et tous les efforts diplomatiques ne peuvent pas faire passer des conditions commerciales non compétitives et irréalisables." Quinze jours plus tard, la Suisse choisit... le Gripen aux dépens du Rafale. 2011 se finit mal pour Dassault Aviation.

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11/ Thales, en première ligne de l'industrie de défense
Le ministère de la Défense en rêvait depuis longtemps. Son objectif était de faire, du groupe d'électronique Thales, le pivot de la consolidation de l'industrie de l'armement française. Certes, le schéma initial se voulait beaucoup plus ambitieux que le résultat obtenu en décembre mais les fondations ont finalement été posées en dépit des nombreux obstacles. Thales est bel et bien au centre de trois opérations de rapprochement partiel avec DCNS, Nexter (le 15 décembre) et Safran (le 20 décembre). Avec ce dernier, le groupe présidé par Luc Vigneron va constituer une coentreprise à parité à but commercial dans l'optronique. Bien loin d'une vaste opération d'échanges d'actifs souhaitée par le ministère pour créer des leaders mondiaux dans des secteurs de niche. Parallèlement, Thales a exercé son option d'achat de 10 % du capital de DCNS, passant de 25 % à 35 %. Enfin, le groupe d'électronique et Nexter discutent en vue de rapprocher leurs activités de munitions, qui pèsent au total environ 250 millions d'euros en 2010. En échange, Thales prendrait dans Nexter une participation minoritaire.

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