Les banques vont-elles redevenir ennuyeuses ? Avant la crise de 2008, analystes financiers et journalistes se plaignaient parfois de la monotonie du secteur bancaire, solide et bien valorisé en Bourse, ne réservant que très peu de surprises, bonnes comme mauvaises. Crise financière oblige, le secteur bancaire était enfin devenu passionnant pour les experts en quête d'adrénaline, ces cinq dernières années, entre écroulement des valorisations boursières, nettoyage des bilans et menaces de règlementations drastiques.
Hélas pour eux, il semble que cette période soit révolue. Qu'on en juge par la publication des résultats trimestriels de BNP Paribas, jeudi 31 octobre : la première banque française, qui ouvrait ainsi le "bal des trimestriels" dans le secteur, a fait état d'un bénéfice net en hausse de 2,4%, à 1,36 milliard d'euros, très supérieur aux prévisions des analystes sondés par l'agence Dow Jones.
Les comptes trimestriels de la Société générale, du Crédit agricole et de BPCE/Natixis, dont la publication est prévue pour la semaine prochaine, seront-ils à l'avenant, faisant de cette "saison des trimestriels" un aussi bon crû que celui des résultats du premier semestre ? Les analystes semblent le croire : pas moins de trois des quatre plus grandes banques françaises figurent parmi les dix plus fortes hausses de l'indice CAC 40, sur les six derniers mois.
A commencer par la Société générale, dont le cours de Bourse a bondi de près de 50% depuis début mai. Le Crédit agricole et BNP Paribas font jeu égal, avec des envolées de l'ordre de 26% chacune. Quant au titre Natixis, sa hausse de 18,8% sur les six derniers mois est très supérieure à celle du CAC 40 (+10,5%).
expliquent les analystes de Bank of America Merrill Lynch, dans une note publiée le 24 octobre. C'est vrai qu'il semble loin, le temps où les investisseurs s'inquiétaient d'un possible découpage en deux des banques françaises, évoqué par François Hollande lors de son discours du Bourget, au début de l'année 2012.
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Votée en juillet dernier, la loi de séparation et de régulation des activités bancaires ne devrait en fait concerner que BNP Paribas et la Société générale. Et encore : l'impact sera fort limité. Les activités pour compte propre que les deux banques devront isoler dans une filiale ad hoc ne représentent en effet qu'un infime pourcentage de leurs revenus, de l'ordre de 1% pour la Société générale, avait indiqué son président, Frédéric Oudéa, début 2013.
Toujours au chapitre de la régulation, les banques françaises ont considérablement allégé leurs bilans depuis la crise des dettes souveraines dans la zone euro, et ce, sous la pression des régulateurs et des marchés financiers. Résultat, toutes - ou presque - sont déjà au rendez-vous de la future réglementation internationale de Bâle III, qui réclame un ratio de fonds propres durs (rapportés aux actifs pondérés des risques) de 7% au moins, et de 9,5% pour les établissements d'importance systémique.
BNP Paribas affiche ainsi un ratio de solvabilité de 10,8% au 30 septembre. La Société générale a promis que le sien atteindrait 9,5% fin 2013, BPCE satisfaisait déjà cette exigence au 30 juin, date à laquelle celui du Crédit agricole s'élevait à 10%. "Les banques françaises ont adapté leurs bilans, elles vont beaucoup mieux", insiste un grand banquier français. Au point, ajoute-t-il, que "nous sommes très à l'aise par rapport à la revue de la qualité des bilans du secteur et aux tests de résistance que la BCE (Banque centrale européenne) mènera en 2014. Nous ne nous sentons pas visés."
Cette solidité retrouvée permet aux banques françaises de se montrer à nouveau un peu plus offensives. Selon la presse polonaise, BNP Paribas aurait proposé un milliard d'euros pour racheter BGZ, la filiale polonaise de la banque néerlandaise Rabobank, afin de se renforcer sur le premier marché bancaire d'Europe orientale. De son côté, la Société générale s'apprête à porter à 92,4% sa participation dans la banque russe Rosbank.
Pour autant, ces transactions n'ont rien de "transformant", comme on dit dans le jargon des banquiers d'affaires. L'heure est d'autant moins aux grandes opérations de fusions et acquisitions que les régulateurs bancaires surveillent les ratios de solvabilité comme le lait sur le feu, et que la conjoncture économique toujours morose incite à la prudence.
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De fait, BNP Paribas ne doit la hausse de son bénéfice trimestriel qu'à son programme d'économies et à une bonne maîtrise du coût du risque (provisions pour risque d'impayés). Le PNB (produit net bancaire, l'équivalent du chiffre d'affaires) a, lui, chuté de 4%, à 9,3 milliards d'euros, en raison de la baisse des revenus tirés des activités sur les marchés obligataires et, en banque de détail, de la faiblesse de la demande de crédits.
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