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A Wall Street, les bonus ne sont plus ce qu'ils étaient

Photo de Christine Lejoux

Christine Lejoux

Publié le 02 décembre 2013 à 16:04 - Mis à jour le 02 décembre 2013 à 16:40

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Les bonus des traders obligataires américains, autrefois surnommés "les maîtres de l’univers", devraient chuter de 15% environ, au titre de 2013, selon Johnson Associates. A l’inverse, ceux des gérants de patrimoine devraient bondir de…15%.

A mesure que la fin de l'année approche, les spéculations sur les bonus vont bon train à Wall Street. Que les financiers américains se rassurent, leur rémunération variable au titre de l'exercice 2013 devrait afficher une hausse de 5% à 10% en moyenne par rapport à 2012, selon le cabinet Johnson Associates, qui a interrogé les huit plus grandes banques et les six plus importantes sociétés de gestion d'actifs du pays.

A titre d'exemple, cette hausse - la deuxième d'affilée depuis la crise financière de 2008 - portera le total des émoluments (salaire fixe plus bonus) d'un directeur associé au sein d'une banque d'investissement à 850.000 dollars annuels en moyenne. Un vice-président, un ou deux échelons plus bas, percevra 400.000 dollars. Les mêmes fonctions, exercées sur un desk de "trading" (courtage), rapporteront respectivement 750.000 et 350.000 dollars. Des montants certes éloignés des "packages" de deux à trois millions de dollars qui étaient monnaie courante avant 2008, mais qui demeurent confortables.

Une moindre appétence pour le risque et le court terme

Reste que cette hausse de 5% à 10% des bonus recouvre cette année de fortes disparités. Ainsi, les conseillers en investissements financiers, les gérants d'actifs et les banquiers d'investissement spécialisés dans le pilotage d'introductions en Bourse devraient voir leurs bonus grimper de 15% au moins, au titre de l'exercice écoulé. Ceux des traders obligataires devraient connaître une évolution de même ampleur, mais…à la baisse, d'après Johnson Associates. Un coup rude pour les "maîtres de l'univers", comme on a coutume de les surnommer à Wall Street.

Certes, le marché obligataire a connu en 2013 une "annus horribilis", en raison des incertitudes relatives à la poursuite des achats massifs d'obligations d'Etat par la Réserve fédérale américaine. Mais, au-delà de cet élément conjoncturel, les écarts de bonus entre traders obligataires et gérants d'actifs reflètent le début d'un changement de culture, à Wall Street, à savoir une moindre appétence pour le risque et le court terme.

La multiplication des réglementations est passée par là

Ce n'est pas que les banques soient devenues d'elles-mêmes plus vertueuses, mais la crise financière, avec pour corollaire une multiplication de réglementations nationales et internationales, est passée par là. Ainsi, la règle Volcker, qui devrait être finalisée d'ici à la fin de l'année, interdit aux banques américaines de spéculer pour leur propre compte. Et la future réglementation internationale de Bâle III exige des banques qu'elles placent plus de fonds propres en face de leurs engagements jugés particulièrement risqués.

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C'est dire si les Sherman McCoy, du nom du héros du roman de Tom Wolfe, "Le bûcher des vanités", et autres traders spécialisés dans le négoce "d'obligations pourries" ne sont plus aujourd'hui en odeur de sainteté à Wall Street. Leurs activités aux revenus très volatils, mais éminemment lucratives dans les années 1980, sont devenues trop gourmandes en capital à l'aune des nouvelles réglementations.

Wall Street se fait moins glamour mais plus sûre

Les banques leur préfèrent aujourd'hui les métiers de la gestion d'actifs, qui nécessitent moins de fonds propres, et génèrent des revenus réguliers grâce aux frais de gestion et autres commissions. "Des banques qui font fructifier l'argent des autres et non le leur, c'est ce que veulent les régulateurs", insiste Johnson Associates.

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Morgan Stanley est l'un des meilleurs exemples de cette mutation. James Gorman, qui préside aux destinées de la banque américaine depuis 2010, l'a recentrée sur la gestion de fortune. Une stratégie concluante d'après les solides résultats publiés par Morgan Stanley, au titre du troisième trimestre. Wall Street se fait moins glamour mais plus sûre.

Christine Lejoux

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