Le check-up des banques par la BCE est tout sauf un long fleuve tranquille

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Chaque banque devrait voir près de la moité de son bilan ausculté par la BCE. REUTERS.
Chaque banque devrait voir près de la moité de son bilan ausculté par la BCE. REUTERS. (Crédits : reuters.com)
La Banque centrale européenne (BCE) devrait communiquer dans les prochains jours sur l'avancée de la revue des bilans des banques de la zone euro, qu'elle doit mener avant de devenir le superviseur unique du secteur bancaire, en novembre.

"Avant de s'installer dans un appartement, on fait un état des lieux." Fin 2013, Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, avait filé la métaphore immobilière pour expliquer la philosophie de "l'asset quality review." L'AQR, c'est cette revue de la qualité des actifs bancaires que la Banque centrale européenne (BCE) mènera cette année avant d'endosser, en novembre, son costume de superviseur unique des 130 plus grandes banques de la zone euro, premier pilier du projet d'union bancaire. Une revue dont la BCE avait détaillé les modalités le 23 octobre, et qui devait débuter en février.

 Mais ce chantier titanesque aurait pris quelque retard. "Le démarrage des travaux de l'AQR est prévu pour la première quinzaine de mars, et commencera par l'examen de la qualité des données (remontées des banques)", a indiqué Damien Leurent, associé chez Deloitte, lors d'une conférence sur le secteur financier organisé par le cabinet d'audit mardi 28 janvier, à Paris. "Nous n'avons pas pris de retard, et communiquerons d'ailleurs sur l'avancée de l'AQR en fin de semaine ou lundi prochain", rétorque une porte-parole de la BCE.Qui affirme que la sélection des actifs bancaires à examiner le plus attentivement sera terminée mi-février.

 Chaque banque devrait voir près de la moitié de son bilan ausculté

 C'est aux régulateurs nationaux - l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) en France - que revient la tâche de présélectionner les portefeuilles bancaires qu'ils estiment à risque, qu'il s'agisse d'un risque de liquidité, d'effet de levier (endettement) ou de financement. Présélectionner car la BCE peut invalider les choix faits par les régulateurs nationaux ou leur demander de les compléter, "en regardant par exemple plus en profondeur les portefeuilles de LBOs (Leverage Buy-Outs : acquisitions par endettement), de crédits immobiliers, etc.", précise Damien Leurent. Qui affirme que les banques soumises à l'AQR "savent aujourd'hui à peu près quels types d'activités, de crédits, vont être regardés par la BCE."

 Exposition des banques aux dettes souveraines, encours de crédits aux PME et aux particuliers, portefeuilles d'immobilier commercial figurent ainsi parmi les "blocs" qui seront passés au tamis par la BCE. Chaque banque devrait ainsi voir près de la moitié de son bilan ausculté par l'institution francfortoise, selon Deloitte. Un travail d'autant plus lourd - pour la BCE comme pour les établissements bancaires - que, pour chaque ligne de crédit examinée, pas moins de 77 informations spécifiques devraient être demandées aux banques, d'après le cabinet d'audit.

 Les banques aimeraient avoir un débat contradictoire au sujet des résultats de l'AQR

 Une masse de données d'autant plus complexe à produire, pour les banques, que la définition d'un crédit impayé n'est pas la même en France et en Espagne, par exemple. La BCE a donc publié, à l'automne dernier, des définitions harmonisées, auxquelles ne correspondent pas forcément les données des établissements de crédit, qui doivent donc d'abord les mettre en conformité avec les standards de la Banque centrale. Un travail en amont si important que "le temps dévolu à l'analyse des données va être beaucoup plus restreint que prévu", s'inquiète Damien Leurent, chez Deloitte.

 Cette analyse, la BCE n'en révèlera publiquement les résultats qu'en octobre. Or "les banques aimeraient avoir un débat contradictoire, à ce sujet", affirme Damien Leurent. Mais, dans la lettre de cadrage publiée fin 2013 par la BCE, aucun échange entre les banques et les régulateurs n'est prévu avant octobre. Il faut dire qu'un "feed-back" officieux des régulateurs sur les résultats intermédiaires de l'AQR, en juin par exemple, risquerait de pousser certaines banques à informer immédiatement les marchés des éventuelles failles détectées dans leur bilan. Avec, à la clé, un risque de panique des investisseurs que la BCE veut à tout prix éviter. Pour la bonne raison que l'AQR a précisément pour vocation de réconcilier les investisseurs avec le secteur bancaire européen.

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a écrit le 29/01/2014 à 10:17 :
La BCE est en train de se substituer progressivement aux banques centrales nationales en tant qu'autorité de tutelle, de façon de plus en plus directe. Cela va conduire à une uniformisation des méthodes de contrôle et de reporting des risques. Les réglementations Basel II et III ayant déjà été des étapes importantes en ce sens. Plus largement, le champ réglementaire est en profonde transformation. Les banques de taille importante dépensent des millions de dollars pour adapter leurs sytèmes d'informations et reporter aux quotidien auprès des régulateurs leurs transactions financières sur les marchés listés et de gré à gré. Progressivement, les acteurs les moins importants sont contraints de sortir de ces marchés lorsqu'ils n'ont pas la capacité de répondre aux exigences réglementaires.
Cette revue des AQR constitue un effort très important (harassant serait plus aproprié parlant des équipes en charge) au sein des banques pour remonter avec transparence et traçabilité à la BCE toutes les informations de contrôle requises. Pour réagir au commentaire sur la probité des banquiers, la banque est une indutrie comme une autre, contrôlée et régulée comme aucune autre, ce pour la sécurité des épargnants et du système économique dans son ensemble.
a écrit le 29/01/2014 à 8:08 :
L AQR
n´a aucune valeur puisque la définition des risques n´ait pas la meme
en fonction des pays.
exemple :les banques espagnoles qui traine plus de 200 milliards
de créances douteuses sont assez bien classees.
a écrit le 28/01/2014 à 19:42 :
Cela sert à quoi d'évaluer un truc bidonné avec la complaisance coupable des représentants élus, des gens non élus de l'organisation ordo libérale de Bruxelles et des gens encore moins élus de la BCE. Sans compter bien sûr la probité des banquiers. Bref.
Réponse de le 28/01/2014 à 23:08 :
Tout est dit !

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