Union bancaire européenne : comment la BCE va prendre le pouls des banques

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La revue des bilans des banques, à laquelle la BCE procédera en 2014, se basera notamment sur la future réglementation de Bâle III, a indiqué Yves Mersch, membre du directoire de l'institution de Francfort. REUTERS.
La revue des bilans des banques, à laquelle la BCE procédera en 2014, se basera notamment sur la future réglementation de Bâle III, a indiqué Yves Mersch, membre du directoire de l'institution de Francfort. REUTERS. (Crédits : © 2009 Thomson Reuters)
La Banque centrale européenne détaillera le 23 octobre la méthodologie de la revue des bilans des banques, à laquelle elle procédera en 2014, avant d’endosser son rôle de superviseur unique du secteur bancaire européen.

Les banques européennes sauront bientôt à quelle sauce elles seront mangées par la Banque centrale européenne (BCE), dans le cadre de la revue de leurs bilans (asset quality review, AQR) et des tests de résistance qu'elle conduira en 2014, avant d'endosser son rôle de superviseur unique du secteur bancaire européen. Les ministres des finances de la zone euro - réunis les 14 et 15 octobre pour plancher à nouveau sur l'épineux sujet de l'union bancaire européenne - ont en effet indiqué que la BCE détaillerait le 23 octobre la méthodologie employée pour ausculter les quelque 130 banques sous sa supervision.

"Nous présenterons ce à quoi ressemblera l'analyse des bilans, les points que nous étudierons le plus attentivement, et comment cette analyse des bilans sera reliée aux tests de résistance", a précisé Yves Mersch, l'un des membres du directoire de la BCE, dans un entretien au Frankfurter Allgemeine Zeitung.

 Les banques européennes valent en Bourse moins que leurs fonds propres

 L'enjeu de ce bilan de santé est éminemment important. Il s'agit de rétablir, une bonne fois pour toutes, la confiance des investisseurs dans le secteur bancaire européen. Confiance qui s'est considérablement émoussée depuis la crise des dettes souveraines dans la zone euro. De fait, les banques d'Europe continentale valent en Bourse 0,5 à 0,6 fois seulement leur actif net, contre un multiple supérieur à 1 aux Etats-Unis.

Les investisseurs sont d'autant plus méfiants à l'égard des établissements de crédit européens que, contrairement à leurs concurrents américains, ceux-ci ne forment pas (encore) un ensemble homogène, soumis à des règles de comptabilité identiques. Et, au-delà des seuls investisseurs, il s'agit de rétablir la confiance des banques européennes entre elles, afin de les inciter à se prêter davantage les unes aux autres. Le but ultime étant de desserrer le robinet du crédit à l'économie.

 La BCE basera sa revue des bilans des banques sur les règles de Bâle III

La BCE doit donc éviter à tout prix l'écueil des "stress tests" de l'Autorité bancaire européenne (EBA), que certaines banques avaient passé avec succès avant de subir de plein fouet la crise des dettes souveraines de la zone euro, en 2011, ce qui avait jeté le discrédit sur son travail.

Résultat, la BCE n'a de cesse de rassurer sur la "robustesse" et la "crédibilité" de sa future revue des bilans des banques. Une revue qui se basera sur les règles particulièrement strictes de Bâle III, a indiqué Yves Mersch au Frankfurter Allgemeine Zeitung. Et ce, bien que cette réglementation ne doive entrer en vigueur qu'à partir de 2019.

Les 130 établissements qui seront passés au tamis par la BCE en 2014 pourraient ainsi devoir respecter un ratio de fonds propres de 7%, auquel s'ajouterait une surcharge en capital de 1% à 3,5% pour les banques jugées d'importance systémique. Des exigences qui risquent d'imposer des recapitalisations. De fait, les banques de l'Union européenne ont un manque de fonds propres de 70 milliards d'euros, selon un récent rapport du Comité de Bâle.

 Un focus particulier sur les crédits immobiliers et les prêts aux PME

 Parallèlement, la BCE devrait focaliser son attention sur les crédits immobiliers, le secteur immobilier étant en chute libre en Espagne et en Italie, mais également sur les prêts aux petites et moyennes entreprises, le financement maritime et les portefeuilles d'actifs hérités de la crise, si l'on en croit la presse anglo-saxonne.

L'objectif étant de s'assurer que les actifs des banques sont correctement évalués et que celles-ci ont suffisamment provisionné leurs créances douteuses. Lesquelles s'élèvent par exemple à près de 8 milliards d'euros, au total, pour les banques slovènes, soit… 22,5% du produit intérieur brut. Quant aux banques espagnoles, italiennes et portugaises, elles font face à un cumul de 250 milliards d'euros de pertes potentielles sur des prêts aux entreprises, a récemment souligné le Fonds monétaire international (FMI).

 Un exercice  périlleux en l'absence d'un mécanisme de résolution unique

C'est dire si la revue des bilans des banques par la BCE risque de révéler de mauvaises surprises. Un exercice de transparence louable et nécessaire, mais périlleux en l'absence du deuxième pilier de l'union bancaire (après la supervision unique), à savoir un mécanisme de résolution unique, chargé du sauvetage ou de la liquidation des banques en difficulté. Mais les ministres des finances de l'Union européenne ne se sont toujours pas mis d'accord sur ce sujet.

En attendant, si l'évaluation des bilans des banques par la BCE met à jour des trous de financement, le renflouement des établissements de crédit incombera d'abord à leurs actionnaires, puis aux créanciers privés.Il appartiendra ensuite à des filets de sécurité publics, au niveau national, puis, si nécessaire, au niveau européen, avec le Mécanisme européen de stabilité, susceptible d'accorder des prêts aux banques via les Etats, voire directement. Mais dans des cas exceptionnels.

 

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a écrit le 16/10/2013 à 14:32 :
Si leur actif net c'est tous les produits que personne ne semble capable d'évaluer mais comptabilisés au prix d'achat! le cours semble bien adapté; le second point est la conclusion de l'article : exceptionnellement le MES interviendrait après augmentation de capital, réduction des dettes aux créanciers et participation obligée des clients. Le coup de vent va être terrible et Ribery pourra se présenter à l'élection présidentielle.
a écrit le 16/10/2013 à 11:09 :
Si l'on parle stress,je pense qu'un électro-cardiogramme serait plus approprié que de prendre le pouls, si il y a un toubib dans le coin,qu'il me précise si je raconte des inepties.Cela nous évitera d'avoir des morts économiques sur la conscience.

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