Bilans des banques : dans les coulisses de l’opération-vérité de la BCE

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La communication, en octobre 2014, des résultats du bilan de santé des banques mené par la BCE constituera un enjeu très important, compte tenu de ses conséquences éventuelles sur les marchés. REUTERS.
La communication, en octobre 2014, des résultats du bilan de santé des banques mené par la BCE constituera un enjeu très important, compte tenu de ses conséquences éventuelles sur les marchés. REUTERS. (Crédits : reuters.com)
La revue de la qualité des bilans des banques de la zone euro par la Banque centrale européenne (BCE) débutera en février. En France, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (APCR) est déjà à pied d’œuvre, et va faire appel à des cabinets extérieurs pour l’épauler dans l’exécution de l’AQR (asset quality review).

Le compte à rebours s'est enclenché. Le 23 octobre, la Banque centrale européenne (BCE) détaillait les modalités de la revue de la qualité des bilans des banques à laquelle elle s'attellera l'an prochain, avant d'endosser - en novembre 2014 - son rôle de superviseur unique du secteur bancaire européen, premier pilier de l'union bancaire. Cette "asset quality review" (AQR) débutera en février, mais les banques et les superviseurs nationaux sont déjà à pied d'œuvre.

Car c'est à ces derniers que revient la tâche de « présélectionner » les portefeuilles bancaires qui seront soumis à l'examen de la BCE, pour peu que celle-ci ait validé les choix des superviseurs nationaux. Depuis le mois de novembre, et jusqu'en janvier, les régulateurs de chaque pays - l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) en France - planchent ainsi sur les risques que représentent, pour les banques, leurs crédits aux entreprises et aux particuliers, leur exposition aux dettes souveraines, etc.…

 "Une foule de détails sur leur exposition à telle classe d'actifs ou telle zone géographique a déjà été demandée aux banques françaises par la BCE, via l'ACPR", témoigne un directeur associé d'un grand cabinet de consultants. "Le premier chantier sera celui de la vérification de l'exhaustivité et de l'intégrité des données remontées des banques", prévient Nicolas Fleuret, directeur chez Deloitte. Pour qui un autre enjeu "réside dans la gestion du projet, compte tenu de son ampleur et de la transversalité des compétences [comptables, d'analyse des risques, etc. ; Nldr] qu'il nécessite."

 13 banques françaises seront soumises au bilan de santé de la BCE

 "L'AQR est un exercice d'une ampleur sans précédent dans la zone euro. C'est un enjeu pour les banques et pour nous-mêmes", reconnaît Nicolas Peligry, adjoint au directeur des affaires internationales de la jeune ACPR, créée en 2010. De fait, sur les 128 banques de la zone euro qui seront directement supervisées par la BCE - et qui seront donc soumises à l'AQR en 2014 -, pas moins de 13 sont françaises, comme BNP Paribas, la Société générale, le Crédit agricole, le groupe BPCE ou bien encore Bpifrance - la Banque publique d'investissement -, ainsi que RCI Banque et Banque PSA Finance, les filiales de crédit des constructeurs automobiles Renault et PSA.

 Et, pour chaque banque, le nombre d'indicateurs à prendre en compte pour évaluer ses risques de crédit et de marché pourrait dépasser la centaine, au total, sur la base des opérations-vérités réalisées dans les secteurs bancaires de pays comme l'Italie, le Portugal, la Grèce, Chypre, ou encore la Slovénie, où des historiques de données sur sept ans avaient été réclamés aux banques...

 L'ACPR veut se faire épauler par des cabinets extérieurs

Directions du contrôle sur pièces (documents) chargées de sélectionner les portefeuilles à examiner, inspecteurs dévolus aux missions sur place (dans les banques), direction des études appelée à travailler sur la méthodologie des tests de résistance auxquels la BCE procèdera après la revue des bilans bancaires… L'ACPR est sur le pied de guerre. "Au sein de l'ACPR, 150 à 200 personnes exercent des contrôles sur place. La plupart d'entre elles seront affectées à l'AQR, en 2014", précise Nicolas Peligry.

Ce qui risque néanmoins de "ne pas être suffisant pour conduire tous les travaux dans le temps imparti", selon Nicolas Fleuret, directeur chez Deloitte. C'est pourquoi l'ACPR a lancé un appel d'offres pour se faire épauler par des cabinets extérieurs dans l'exécution de l'AQR, à l'image de la BCE, qui s'est adjoint les services des consultants d'Oliver Wyman.

 Fitch estime que les banques françaises n'auront pas besoin d'être recapitalisées

Il faut dire que l'enjeu est de taille. Il s'agit, ni plus ni moins, de convaincre des investisseurs internationaux échaudés par la crise de la dette dans la zone euro de faire à nouveau confiance au système bancaire européen. A cet égard, "la communication des résultats de l'AQR, en octobre 2014, constituera un enjeu très important, compte tenu de ses conséquences éventuelles sur les marchés financiers", met en garde Nicolas Peligry, de l'ACPR.

En effet, si l'AQR ne devrait pas faire apparaître de besoins de recapitalisation pour les banques françaises, selon l'agence de notation financière Fitch, il n'en sera probablement pas de même pour d'autres pays. D'où la nécessité de mettre enfin en place le deuxième pilier de l'union bancaire, à savoir le mécanisme de résolution unique, afin que l'AQR ne serve pas uniquement à identifier des failles, sans disposer de moyens pour les combler.

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Commentaires
a écrit le 05/12/2013 à 10:20 :
les banksters s'organisent pour plus de transparence.. on croit réver!!!
Réponse de le 08/02/2014 à 9:46 :
Bonjour,
Pouvez-vous étayer un peu le commentaire ?
a écrit le 04/12/2013 à 21:37 :
Donc, à la lecture de l'article tout va bien ... On ne parle pas des 424 milliards que nos fameuses banques qui vont si bien refinancent sans cesse par les Titres de Créances Négociables (TCN) ... Si elles vont si bien alors pourquoi ont-elles de si gros besoins ? Ne serait-ce pas en raison d'actifs pourris dans leur bilan ?
a écrit le 04/12/2013 à 21:37 :
Donc, à la lecture de l'article tout va bien ... On ne parle pas des 424 milliards que nos fameuses banques qui vont si bien refinancent sans cesse par les Titres de Créances Négociables (TCN) ... Si elles vont si bien alors pourquoi ont-elles de si gros besoins ? Ne serait-ce pas en raison d'actifs pourris dans leur bilan ?
a écrit le 04/12/2013 à 9:29 :
Avec Bâle 2 puis 3, les banques fournissent déjà toutes ces données aux régulateurs, au moins en France. Il faudra les classer de façon plus fine pour fournir du travail aux cabinets extérieurs. Mais les résultats sont déjà dans les Data Center des régulateurs nationaux, et stockées sur 7 ans dans ceux des banques. Pas de surprise à attendre. Juste du boulot pour les cabinets concernés.
a écrit le 03/12/2013 à 20:15 :
Ok donc aucun problème côté leverage et ratio tier 1 d'Alan Greespan... mazette, touuuuut va bien comme dirait jpc.

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