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Entreprises & FinanceBanques / Finance

Le jour où mon banquier sera remplacé par un robot

Photo de Jérôme Cristiani

Christine Lejoux

Publié le 27 novembre 2014 à 09:11 - Mis à jour le 28 novembre 2014 à 14:38

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Déjà très présents en banque de financement et d'investissement, les « robots-algorithmes » ou programmes d'intelligence artificielle envahissent à présent la banque privée et la banque de détail, sous la forme d'assistants de conseillers de clientèle... ou même de conseillers tout court.
« Leshumains ne devraient pas gérer plus de 5 % des transactions sur le marché des changes, afin de protéger ce dernier des risques de manipulation. »

Ce terrible désaveu des opérateurs de marché « en chair et en os » émane de Mark Branson, le patron de la Finma, l'autorité helvétique des marchés financiers. Il a prononcé cet oukaze antihumains le 12 novembre, lorsque les États-Unis, la Suisse et le Royaume-Uni ont infligé une amende globale de 4,3 milliards de dollars (3,4 milliards d'euros) à UBS, J.P.Morgan, HSBC, RBS, Citigroup et Bank of America Merrill Lynch, au titre de manipulations du marché des changes par certains opérateurs de marché de ces six grandes banques.

«Le facteur humain a joué un rôle énorme dans cette affaire. Limiter l'intervention humaine permettra de réduire le risque de manipulation »,a insisté Mark Branson, lors d'une conférence de presse. Joignant l'acte à la parole, la Finma a aussitôt obligé la banque suisse UBS à s'engager à automatiser aussi rapidement que possible 95% de ses opérations de courtage sur les devises.

Cette décision de la Finma, sans précédent, pourrait faire des émules chez les régulateurs d'autres pays, ce qui aboutirait à de nouvelles suppressions de postes dans l'univers de la banque de financement et d'investissement (BFI).

Watson, le robot "mégadonnées" d'IBM

En effet, depuis une quinzaine d'années, et plus particulièrement depuis la crise financière de 2008, les banques ont automatisé une grande partie de leurs opérations de courtage de titres, afin d'augmenter leurs performances et de réduire leurs coûts. Au point que les deux tiers des transactions sur le marché des changes se font déjà de façon électronique, contre 20% seulement en 2001, d'après le cabinet de consultants Aite. De la même façon, il y a encore un an, QMM n'existait pas. QMM ? C'est le diminutif de Quantitative Market Maker, un ordinateur qui a pris cette année la place de plusieurs opérateurs de marché au sein du département Fixed Income (courtage et émission d'obligations, négociation de devises et de matières premières) de J.P.Morgan, à New York. QMM « travaille » dans la même salle de marchés que ses collègues humains mais il est beaucoup plus rapide que ces derniers et sa puissance de calcul ne souffre pas de comparaison.

Les robots ne sont pas seulement en train d'envahir les marchés financiers, ils prennent également pied dans l'univers feutré de la banque privée. Cette année toujours, la banque australienne ANZ et sa concurrente singapourienne DBS ont « embauché » Watson, le superordinateur d'IBM, afin d'aider leurs conseillers en gestion de fortune à élaborer des propositions commerciales personnalisées, parfaitement adaptées aux besoins de chacun de leurs clients, lesquels déplorent régulièrement des offres bancaires trop standardisées. Plus précisément, DBS et ANZ ont dans l'idée d'utiliser Watson à des fins de « mégadonnées », c'est-à-dire d'analyse d'énormes masses d'informations provenant aussi bien des dossiers des clients que de leurs posts sur les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter. Le recoupement de toutes ces données, structurées et non structurées, devant permettre aux gestionnaires de fortune de disposer d'une connaissance très fine des clients et, partant, de leur proposer des produits et services pertinents. En recrutant Watson et ses formidables capacités de décryptage, DBS et ANZ ont également pour objectif de réduire de plusieurs semaines à une journée l'analyse des besoins d'un client et la formulation d'une proposition commerciale ad hoc.

La société américaine de services financiers Usaa (United Services Automobile Association) va plus loin encore. Elle aussi vient de s'enticher de Watson. Sauf que, contrairement à DBS et ANZ, Usaa n'entend pas faire du superordinateur de « Big Blue » un simple assistant de ses collaborateurs, mais bien un conseiller financier à part entière, capable de comprendre les demandes formulées par les clients sur le site Internet de Usaa et, après avoir fouillé dans sa base de données, d'y répondre, qui plus est en langage naturel et non pas informatique. Et ce, 24 h/24.

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Fidelity Investments et Charles Schwab constituent un autre exemple de mise en contact directe des clients de sociétés de services financiers avec des robots ou des programmes d'intelligence artificielle. En octobre, le géant américain de la gestion d'actifs et la société de courtage ont annoncé chacune le lancement de « robo-advisors », c'est-à-dire de services de gestion de portefeuille en ligne « tout numériques », avec une intervention humaine réduite au minimum, un concept développé par des start-up comme les américaines Betterment et Wealthfront, nées en 2008.

Du "robo-advisor" au robot guichetier !

Concrètement, à partir de questionnaires remplis sur Internet par les clients et portant sur leurs objectifs de rendement ainsi que sur leur degré d'appétit pour le risque, les « robo-advisors » élaborent des stratégies d'investissement basées sur des algorithmes et sont à même d'ajuster les portefeuilles des clients en cas de chute des marchés d'actions, par exemple. Le tout pour une commission annuelle de l'ordre de 0,25% des actifs sous gestion, quand elle n'est pas gratuite, contre un minimum de 1% pour les gérants de portefeuille classiques. L'objectif de ces établissements novateurs étant de capter la clientèle encore peu rentable mais prometteuse des jeunes investisseurs particuliers, dont le patrimoine flirte davantage avec les 5.000 dollars qu'avec les 500.000 dollars, et qui ne jurent que par leurs smartphones ou tablettes dans le cadre de la relation bancaire.

Après les incursions des robots dans la banque de financement et d'investissement et dans la banque privée, quid de la banque de détail ?

«Il existe de nombreux centres d'appels au sein des banques, ce qui coûte cher à ces dernières. Aussi réfléchissent-elles au développement d'outils technologiques (reconnaissance vocale, analyse de la parole, etc.) Alors que les centres d'appels des banques comptaient encore de très nombreux collaborateurs il y a dix ans, le niveau 1 est en train de s'automatiser, ce sera ensuite le tour du niveau 2 et il ne restera plus que le niveau 3, celui des experts (en crédit immobilier, etc.) »,

pronostique François Marchessaux, associé au sein du cabinet de conseil en stratégie Colombus Consulting.

Autre métier bancaire particulièrement menacé par la robotisation, selon une étude de l'université Oxford parue en 2013 : celui de guichetier. De fait, le nouveau concept d'agence du Crédit agricole Île-de-France, présenté le 13 novembre, fait disparaître le guichet d'accueil, remplacé par une borne d'orientation sur laquelle le client s'identifie, avertissant du même coup son conseiller de son arrivée. Concernant le métier de conseiller, justement, quatre Caisses d'épargne - celles d'Île-de-France, de Bretagne-Pays de la Loire, d'Aquitaine Poitou-Charentes et de Rhône-Alpes -expérimentent depuis un peu plus de un an un logiciel d'intelligence artificielle qui, grâce à la technologie des mégadonnées, doit permettre à leurs chargés de clientèle de mieux cerner les besoins de leurs clients, afin de proposer à ces derniers les produits les plus adéquats. De là à ce qu'après les robots « algorithmiques » les robots humanoïdes débarquent un jour dans les agences bancaires...

Ce ne sont pas encore des robots humanoïdes qui accueillent les clients des banques, mais déjà, dans plusieurs établissements financiers de par le monde, l'intelligence artificielle, en accompagnement d'un être humain ou même seule, permet, à l'écrit, de répondre à des questions et de fournir des conseils élaborés.

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IN banque
IN banque (Crédits : Photo DR)

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Christine Lejoux

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