Finance mondiale : les sévères "considérations" du Pape François

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Le pape François, homme d'église né à Buenos Aires, témoin notamment de la crise économique argentine et de l'exploitation des plus pauvres, n'a de cesse de dénoncer une économie financière virtuelle et destructrice d'emplois.
Le pape François, homme d'église né à Buenos Aires, témoin notamment de la crise économique argentine et de l'exploitation des plus pauvres, n'a de cesse de dénoncer une économie financière virtuelle et destructrice d'emplois. (Crédits : Nacho Doce)
Spéculation sur la dette publique, paradis fiscaux, trading à haute fréquence : le Vatican a publié jeudi ses "considérations", sévères, sur la "mauvaise financiarisation de l'économie".

Le pape François, témoin notamment de la crise économique argentine (lire plus bas) et de l'exploitation des plus pauvres, n'a de cesse de dénoncer une économie financière virtuelle et destructrice d'emplois. Au point d'être accusé d'idées marxisantes, ce qu'il réfute. Mais il soutient le texte publié jeudi par la Congrégation pour la doctrine de la foi (gardienne du dogme et inattendu commentatrice pour ce type de sujet) et le dicastère pour le service du développement humain intégral (créé par le pape François), qui se plonge plus en détail dans les rouages des spéculateurs.

"Si le bien-être économique mondial s'est indubitablement accru au cours de la seconde moitié du XXe siècle, avec une mesure et une rapidité jamais perçues auparavant, il faut cependant noter que, parallèlement, les inégalités se sont amplifiées au sein des différents pays, comme aussi entre les nations. Un grand nombre de personnes continue de vivre dans l'extrême pauvreté", explique le texte du Vatican.

Le prêt est encouragé, mais les taux d'intérêt élevés sont critiqués

Le Vatican déplore que la crise économique et financière, commencée aux Etats-Unis l'été 2007 avec les prêts hypothécaires à risque (subprimes), n'ait pas débouché sur l'élimination de certaines pratiques spéculatives et la valorisation de l'économie réelle.

"Le fait d'appliquer des taux d'intérêt excessivement élevés, en réalité non soutenables pour ceux qui empruntent, représente une opération non seulement illégitime du point de vue éthique, mais aussi un dysfonctionnement quant à la santé de l'économie", écrit-il.

Le texte dénonce aussi ceux qui "provoquent une baisse artificielle du prix des titres de dette publique, sans se soucier du fait qu'il influence négativement ou aggrave la situation économique du pays".

Le Vatican enfonce le clou:

"L'argent lui-même est en soi un bon outil, comme c'est le cas de beaucoup de biens dont dispose l'homme : c'est un moyen mis à la disposition de sa liberté et qui sert à accroître ses possibilités. Toutefois, ce moyen peut facilement se retourner contre l'homme.

De même, la financiarisation du monde des affaires, en permettant aux entreprises d'accéder à l'argent grâce à l'entrée dans le champ de la libre négociation en bourse, est en soi quelque chose de positif. Cependant, ce phénomène est aujourd'hui susceptible d'accentuer une mauvaise financiarisation de l'économie ; il fait en sorte que la richesse virtuelle, principalement concentrée sur des transactions caractérisées par une intention de pure spéculation et sur des transactions à haute fréquence, attire à elle des capitaux en trop grand nombre, les soustrayant ainsi aux circuits vertueux de l'économie réelle."

Le Vatican fustige les paradis (fiscaux)

Le Saint-Siège critique longuement les placements offshore. "La richesse privée accumulée par certaines élites dans des paradis fiscaux a presque égalé la dette publique de leurs pays respectifs", déplore-t-il, en estimant qu'un impôt minimum sur les transactions offshore pourrait résoudre en partie le problème de la faim dans le monde.

La dette publique qui pèse sur les Etats, souvent générée par "une gestion maladroite" du système d'administration, est "l'un des plus grands obstacles au bon fonctionnement et à la croissance des différentes économies nationales". Les signataires préconisent donc "des politiques de réduction raisonnable et harmonisée".

Ce traité de la bonne finance explique pourquoi la transparence de l'information économique et financière est cruciale :

"Une bonne santé du système financier exige également l'information la plus complète possible afin que chaque personne puisse protéger, dans la pleine liberté et en toute conscience, ses intérêts : en effet, il est important qu'il sache si son capital est investi à des finalités de spéculation ou non ; ainsi, il saura clairement le degré de risque et l'adéquation du coût des produits financiers auxquels il souscrit par rapport au risque encouru."

Du pain béni pour les populistes italiens ?

Si le texte, finalisé début janvier, ne fait aucune référence à l'Italie, il sera sans doute lu comme du pain béni par les populistes italiens qui tentent de former le premier gouvernement antisystème dans un pays fondateur de l'Union européenne.

Les chefs de file du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème) et la Ligue (extrême droite), Luigi Di Maio et Matteo Salvini, tentaient jeudi de s'accorder sur un programme commun, qui selon une ébauche comprendrait la demande d'effacer quelque 250 milliards d'euros de dette publique italienne détenus par la Banque centrale européenne.

La banque centrale de l'Argentine relève son taux directeur de 40%

Mais le timing de cette publication approuvée par le pape François, homme d'Église argentin, né le 17 décembre 1936 à Buenos Aires, évoque donc bien plus l'actualité de la troisième économie d'Amérique du sud en proie à de nouvelles difficultés économiques et financières, après la grande crise de 1998 à 2002. Depuis un mois et demi, faute de confiance dans le peso argentin dans un contexte de forte inflation, on assiste à une course au dollar sur la place financière argentine, et le peso s'est déprécié à près de 19%. Pour freiner la chute de la monnaie, la Banque centrale a relevé le principal taux directeur à 40% pour soutenir le peso, et a vendu pour 10 milliards de dollars de réserves.

Le peso argentin s'est finalement ressaisi mardi, laissant espérer une accalmie, d'autant que les investisseurs ont maintenu leur confiance dans les obligations de la Banque centrale qui arrivaient à échéance mardi.

Ce jeudi, après que le président argentin, Mauricio Macri a déclaré que la crise du peso était terminée, le Fonds monétaire international (FMI) annonçait en fin d'après-midi qu'il entendait conclure un accord "rapidement" avec l'Argentine, relevant que la situation du pays est très différente d'il y a une vingtaine d'années lors d'une précédente crise.

"Le FMI pourrait avancer rapidement et a l'intention d'avancer rapidement", a déclaré Gerry Rice, porte-parole du FMI, jeudi, lors d'une conférence de presse sans toutefois avancer de date dans la mesure où "les détails (de l'accord) sont en discussions" et "les modalités exactes de l'accord restent à discuter".

(Avec AFP)

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a écrit le 18/05/2018 à 23:31 :
On retiendra que de ne pas contrôler la dette publique, et les dépenses publiques, est un péché Kapital!
a écrit le 18/05/2018 à 16:44 :
L'Eglise Catholique qui donne des leçons de moralité financière: on aura tout lu...
Cordialement
a écrit le 17/05/2018 à 19:45 :
"Du pain béni pour les populistes italiens ?"

Ou du pain béni pour Trump qui a baissé les impôts américains afin justement de lutter contre la fraude fiscale massive des possédants.

Par contre d'accord avec votre conclusion, les peuples latinos américains étant bien plus chrétiens il nous fait sa sortie marketing évidente là le pape, parce que ça fait des années et des années que l'europe subit la dictature de la finance de plein fouet entrainant les européens tout entiers et il a pas tiqué.
a écrit le 17/05/2018 à 19:18 :
Melenchon et François meme combat .........
a écrit le 17/05/2018 à 19:10 :
il ne comprend rien a l'economie, et donne juste du bon sens, ca prouve que l'economie a la base c'est juste du bon sens.........
apres, les etats qui s'endettent en financant des promesses non tenables, ca c'est autre chose....... une decapitation en place publique serait salutaire mais bizarrement on ne trouve jamais les coupables........
la france a le meme probleme, la dette vient du financement des depenses courantes, quels politicards doivent etre raccourcis de 30 cm, sachant que la collusion est de mise?
a écrit le 17/05/2018 à 18:54 :
Il y a beaucoup de choses dans ce texte.
Je ne crois pas que le saint Père aurait dû intervenir dans tout cela.
Un point positif: dénoncer les taux bas de la banque centrale, spoliation des créanciers et prime aux états dépensiers.
Les évangiles ne disent pas que l'argent est une mauvaise chose: c'est la conception que l'on a de l'argent qui est en cause: "Vous ne pouvez servir Dieu et l'argent"(Mt 16,13). Il ne faut pas en gagner pour en gagner, mais si on en gagne, il faut bien se traiter ("mon fils, si tu as de quoi, traite-toi bien"; Si14,11) et donner discrètement aux autres.
a écrit le 17/05/2018 à 18:53 :
Cet homme fait de la morale et il est incompétent manifestement. Depuis 20 ans, le nombre de personnes dans la grande pauvreté (2 dollars par jour) a été réduit de moitié grâce à la "finance".
Réponse de le 18/05/2018 à 10:23 :
Grâce à la finance ? Ah bon ? Expliquez-nous ça.
Réponse de le 18/05/2018 à 10:36 :
Pas au Bénin en tout cas.
a écrit le 17/05/2018 à 17:40 :
En rappelant que le précédent pape a été "dégagé" immédiatement à l'annonce de sa volonté de rendre transparent et réformer les finances de l'Eglise en éjectant certaines banques us dont je ne citerai pas les noms (JPM et GS, shhhhht)

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