Les inégalités de revenus et de patrimoine se sont fortement creusées dans le monde au cours des dernières décennies, en particulier aux États-Unis, selon un rapport international publié jeudi, qui précise que cette évolution a avant tout pénalisé les classes moyennes.
Depuis 1980, "les inégalités ont augmenté dans presque toutes les régions", souligne ce "Rapport sur les inégalités mondiales 2018", qui compare de façon inédite la répartition des richesses au niveau mondial et son évolution depuis près de quatre décennies. Parmi les économistes qui ont contribué au projet, figure le célèbre auteur du best-seller "Le Capital au XXIe siècle", et enseignant à l'école d'Économie de Paris, Thomas Piketty.
D'après les estimations des économistes, le Moyen-Orient représente la zone la plus inégalitaire au monde. La part du revenu national allant aux seuls 10% des plus gros revenus (part de revenu du décile supérieur) s'élevait à 61% du revenu national en 2016. Viennent ensuite l'Inde et le Brésil, l'Afrique subsaharienne, la zone États-Unis/Canada, la Russie et la Chine au classement des zones et pays les plus inégalitaires. L'Europe arrive en dernière position de ce palmarès.
[ Légende : en 2016, le décile supérieur (les 10% des revenus les plus élevés) a perçu 37% du revenu national en Europe, contre 61% au Moyen-Orient. ]
L'autre fait marquant concerne la répartition de la croissance du revenu mondial au cours des dernières décennies.
Selon les auteurs du rapport, les inégalités de revenus ont augmenté dans presque tous les pays, mais à des rythmes différents. Depuis 1980, les inégalités de revenus ont augmenté rapidement en Amérique du Nord, en Chine, en Inde et en Russie, mais de manière plus modérée en Europe.
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Les inégalités de patrimoine sont particulièrement significatives pour comprendre les enjeux de ce débat. D'après la publication des chercheurs, "ces dernières décennies ont vu une augmentation générale du patrimoine privé net, qui est passé de 200-350% du revenu national dans la plupart des pays riches en 1970 à 400-700% aujourd'hui".
A l'opposé, le patrimoine public net (c'est-à-dire les actifs publics moins les dettes publiques) a baissé dans presque tous les pays depuis les années 1980. Par exemple, il est passé de 60-70% du patrimoine national à 20-30% en Chine ou en Russie. Dans certains pays comme les États-Unis et le Royaume-Uni, le patrimoine public net est devenu négatif ces dernières années.
A l'inverse, il reste légèrement positif au Japon, en Allemagne et en France. Cette inversion des tendances aurait un impact sur la régulation de l'économie.
La seule exception notable soulignée dans le document est la Norvège, qui possède un des fonds souverains les plus importants au monde.
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La hausse des inégalités de revenu "et les transferts considérables de patrimoine public au secteur privé ces quarante dernières années ont eu pour effet d'aggraver les inégalités de patrimoine entre individus". Ces inégalités se sont fortement aggravées aux États-Unis, où la part des 1% des plus gros détenteurs est passée de 22% en 1980 à 39% en 2014, la plus grande partie de cette évolution étant due à la tranche des 0,1% les plus riches.
A l'inverse, la hausse de la part de richesse détenue par les catégories supérieures a été plus modérée en France et au Royaume-Uni, notamment grâce au rôle d'amortisseur qu'a joué l'augmentation du patrimoine immobilier de la classe moyenne et grâce une inégalité de revenus moindre qu'aux États-Unis.
D'après les projections des économistes, si les tendances actuelles sont prolongées, les inégalités continueront à augmenter. Au centre des préoccupations, figure "la classe moyenne qui pourrait voir sa part de patrimoine comprimée".
Du côté des inégalités de revenus, elles devraient s'accroître si les pays restent sur la trajectoire qu'ils ont suivie depuis les années 1980, "même avec des prévisions de croissance du revenu relativement élevées pour l'Afrique, l'Amérique latine et l'Asie dans les trois décennies à venir".
Les chercheurs nuancent néanmoins ce constat. Certes, ces inégalités devraient encore s'aggraver si tous les pays suivent le modèle fortement inégalitaire des États-Unis. Mais, à l'inverse, elles devraient reculer légèrement si les pays suivent la trajectoire de l'Union européenne depuis le début des années 1980.
L'une des conséquences possibles de la montée de ces inégalités serait l'aggravation de la pauvreté à l'échelle mondiale.
Pour tenter d'enrayer ce phénomène, les spécialistes font plusieurs recommandations. S'ils évoquent des outils classiques comme le recours à la fiscalité progressive, les auteurs du document rappellent que l'usage de tels instruments peut être vain si l'évasion fiscale reste encore une pratique bien ancrée dans certaines catégories socio-professionnelles et entreprises comme l'a récemment montré l'affaire des Paradise Papers.
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Ils proposent donc de mettre en place "un registre mondial des titres financiers permettant d'identifier les détenteurs". Cela permettrait de porter "un coup sévère à l'évasion fiscale, au blanchiment d'argent et à la montée des inégalités".
Par ailleurs, ils préconisent également des changements dans les politiques en matière d'éducation, de gouvernance d'entreprise et de fixation des salaires dans de nombreux pays.
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