La Maif renforce son implication dans l'économie du partage

Dominique Pialot

Dominique Pialot
La mutuelle a commencé depuis plusieurs années à nouer des partenariats avec des startups spécialisées dans le partage de véhicules ou de logements, des pratiques qui bouleversent la répartition des responsabilités et nécessitent des solutions d'assurance adaptées. Mais le quatrième assureur automobile et premier assureur du secteur associatif français voit plus loin. Depuis quelques mois, la Maif a donc commencé à investir dans des startups de l'économie collaborative.
Fin avril, la plateforme d'échange de maisons entre particuliers GuestToGuest annonçait une levée de 4 millions d'euros auprès de la mutuelle, qui était déjà son partenaire assurantiel. En octobre, la Maif avait pris un ticket de 2,6 millions d'euros dans Koolicar. Inventeur de la KoolBox, un boîtier innovant qui simplifie et sécurise le partage des voitures de particuliers en libre-service, la startup ambitionne de devenir le premier opérateur d'autopartage entre particuliers, et le plus grand réseau de véhicules en libre-service utilisant exclusivement le parc automobile existant.
Et ça n'est qu'un début. La mutuelle, qui a également noué depuis septembre dernier un partenariat avec Ouishare, l'association spécialisée dans le domaine, à laquelle elle apporte soutien financier et contribution en nature, se donne les moyens de ses ambitions. Elle a mis en place en janvier dernier une équipe consacrée à l'économie collaborative et aux pratiques émergentes, qui a pour mission de faciliter et de développer les interactions avec les startups. Et elle s'apprête à lancer un fonds d'investissement doté de plusieurs dizaines de milliers d'euros. Car ses dirigeants n'entendent pas se laisser dépasser par cette vague qui rebat les cartes, et concerne potentiellement, à un titre ou un autre, tous les acteurs de la vieille économie.
Si la menace semble plus évidente pour un Accor face à Airbnb ou encore pour la SNCF face à BlaBlaCar, l'assurance n'est pas à l'abri de profonds bouleversements.
Pascal Demurger revendique en revanche une proximité naturelle avec l'univers collaboratif, des valeurs communes autour du partage, de l'écologie, de comportements citoyens. Cet appétit pour les jeunes pousses du secteur n'a pas tardé à se savoir, et la mutuelle est très sollicitée.
Mais comment faire son marché dans un monde émergent et en pleine effervescence ?
Dans un système où « le premier rafle la mise » et où les retours sur investissement sont difficiles à calculer puisque, par définition, on ne peut pas s'appuyer sur le passé, il importe de ne pas se tromper. Le niveau de confiance dans le développement de l'activité, son originalité et sa capacité à éviter ou déloger les concurrents sont bien sûr déterminants.
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Ce caractère essentiel à ses yeux semble bien partagé par cette génération de créateurs d'entreprises, qui raisonnent d'emblée à l'échelle de la planète.
Toutefois, pas question de transiger sur les motivations et les valeurs. « La Maif ne peut pas se permettre de s'associer à des entreprises qui détricotent tout l'arsenal social, rappellet-il. Nous ne souhaitons pas investir dans des startups qui créent une concurrence déloyale ou remettent en cause les fondements sur lesquels sont construites nos sociétés et se comportent comme des passagers clandestins, à l'image de Airbnb ou Uber. » Si GuestToguest a séduit la mutuelle, c'est notamment parce que son système d'échange d'habitations entre particuliers sans réciprocité repose sur des valeurs d'hospitalité et de confiance et n'implique aucun échange financier, mais seulement une monnaie virtuelle qui ne peut servir qu'à utiliser le service.
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En dehors de cette proximité de valeurs, pourquoi un tel engouement pour l'économie collaborative ? « Avant d'être un assureur, nous sommes une communauté de trois millions de sociétaires, rassemblés par un sentiment de fidélité, de confiance, voire d'appartenance, insiste Pascal Demurger. Et l'économie collaborative nous permet de renforcer ce trait identitaire. »
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Dominique Pialot