La Maif renforce son implication dans l'économie du partage

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« Toutes les grandes entreprises, je pense, sont conscientes qu'il se passe quelque chose, que des ruptures sont en cours, nous confie Pascal Demurger. Mais il est difficile de savoir quelles formes ces ruptures vont prendre et à quel rythme. » Si la menace semble plus évidente pour un Accor face à Airbnb ou encore pour la SNCF face à BlaBlaCar, l'assurance n'est pas à l'abri de profonds bouleversements.
« Toutes les grandes entreprises, je pense, sont conscientes qu'il se passe quelque chose, que des ruptures sont en cours, nous confie Pascal Demurger. Mais il est difficile de savoir quelles formes ces ruptures vont prendre et à quel rythme. » Si la menace semble plus évidente pour un Accor face à Airbnb ou encore pour la SNCF face à BlaBlaCar, l'assurance n'est pas à l'abri de profonds bouleversements. (Crédits : DR)
Pionnière dans les services d'assurance adaptés à l'échange et au partage, la mutuelle aux trois millions de sociétaires et 3 milliards d'euros de chiffre d'affaires lance un fonds d'investissement dédié.

« Nous revendiquons de devenir le partenaire de l'économie collaborative. » Pascal Demurger, directeur général de la Maif, annonce d'emblée la couleur.

La mutuelle a commencé depuis plusieurs années à nouer des partenariats avec des startups spécialisées dans le partage de véhicules ou de logements, des pratiques qui bouleversent la répartition des responsabilités et nécessitent des solutions d'assurance adaptées. Mais le quatrième assureur automobile et premier assureur du secteur associatif français voit plus loin. Depuis quelques mois, la Maif a donc commencé à investir dans des startups de l'économie collaborative.

Fin avril, la plateforme d'échange de maisons entre particuliers GuestToGuest annonçait une levée de 4 millions d'euros auprès de la mutuelle, qui était déjà son partenaire assurantiel. En octobre, la Maif avait pris un ticket de 2,6 millions d'euros dans Koolicar. Inventeur de la KoolBox, un boîtier innovant qui simplifie et sécurise le partage des voitures de particuliers en libre-service, la startup ambitionne de devenir le premier opérateur d'autopartage entre particuliers, et le plus grand réseau de véhicules en libre-service utilisant exclusivement le parc automobile existant.

Des acteurs disruptifs aussi dans l'assurance ?

Et ça n'est qu'un début. La mutuelle, qui a également noué depuis septembre dernier un partenariat avec Ouishare, l'association spécialisée dans le domaine, à laquelle elle apporte soutien financier et contribution en nature, se donne les moyens de ses ambitions. Elle a mis en place en janvier dernier une équipe consacrée à l'économie collaborative et aux pratiques émergentes, qui a pour mission de faciliter et de développer les interactions avec les startups. Et elle s'apprête à lancer un fonds d'investissement doté de plusieurs dizaines de milliers d'euros. Car ses dirigeants n'entendent pas se laisser dépasser par cette vague qui rebat les cartes, et concerne potentiellement, à un titre ou un autre, tous les acteurs de la vieille économie.

« Toutes les grandes entreprises, je pense, sont conscientes qu'il se passe quelque chose, que des ruptures sont en cours, nous confie Pascal Demurger. Mais il est difficile de savoir quelles formes ces ruptures vont prendre et à quel rythme. »

Si la menace semble plus évidente pour un Accor face à Airbnb ou encore pour la SNCF face à BlaBlaCar, l'assurance n'est pas à l'abri de profonds bouleversements.

« Les modalités d'hébergement peuvent évoluer, mais le besoin d'hébergement, lui, existera toujours. Demain, en revanche, le besoin d'assurance pourrait être pris en charge différemment, par de nouveaux acteurs », reconnaît Pascal Demurger, évoquant aussi bien l'hypothèse d'une entrée en scène d'un Google que des initiatives, encore embryonnaires, d'assurance communautaire.

« Ce n'est pas facile de se préparer à cette évolution, y compris intellectuellement, ajoute-il. À titre personnel, je pense que cela fait partie de la responsabilité du dirigeant, mais il faut reconnaître qu'au quotidien, nous sommes absorbés par l'opérationnel. De plus, nous n'appartenons pas à la génération des digital natives et ne sommes pas nécessairement équipés du bon logiciel pour tout comprendre de la technologie ni même des ruptures sociologiques en cours. »

Pascal Demurger revendique en revanche une proximité naturelle avec l'univers collaboratif, des valeurs communes autour du partage, de l'écologie, de comportements citoyens. Cet appétit pour les jeunes pousses du secteur n'a pas tardé à se savoir, et la mutuelle est très sollicitée.

« Depuis un an, je passe une partie de mon temps avec de jeunes créateurs de startups, et nous observons très rapidement que nous partageons la même vision du monde », assure-t-il.

Mais comment faire son marché dans un monde émergent et en pleine effervescence ?

« Il se forme de facto une bulle autour de l'économie collaborative, estime le directeur général. Aujourd'hui, tout le monde finance sa petite startup, depuis les grands groupes qui investissent dans leur secteur, jusqu'aux fonds d'investissement spécialisés dans la nouvelle économie. »

Non aux « prédateurs » à la AirBnB et Uber

Dans un système où « le premier rafle la mise » et où les retours sur investissement sont difficiles à calculer puisque, par définition, on ne peut pas s'appuyer sur le passé, il importe de ne pas se tromper. Le niveau de confiance dans le développement de l'activité, son originalité et sa capacité à éviter ou déloger les concurrents sont bien sûr déterminants.

« Tout comme l'équipe, insiste Pascal Demurger, qui doit à la fois faire preuve de dynamisme et d'ambition. »

Ce caractère essentiel à ses yeux semble bien partagé par cette génération de créateurs d'entreprises, qui raisonnent d'emblée à l'échelle de la planète.

Toutefois, pas question de transiger sur les motivations et les valeurs. « La Maif ne peut pas se permettre de s'associer à des entreprises qui détricotent tout l'arsenal social, rappellet-il. Nous ne souhaitons pas investir dans des startups qui créent une concurrence déloyale ou remettent en cause les fondements sur lesquels sont construites nos sociétés et se comportent comme des passagers clandestins, à l'image de Airbnb ou Uber. » Si GuestToguest a séduit la mutuelle, c'est notamment parce que son système d'échange d'habitations entre particuliers sans réciprocité repose sur des valeurs d'hospitalité et de confiance et n'implique aucun échange financier, mais seulement une monnaie virtuelle qui ne peut servir qu'à utiliser le service.

En dehors de cette proximité de valeurs, pourquoi un tel engouement pour l'économie collaborative ? « Avant d'être un assureur, nous sommes une communauté de trois millions de sociétaires, rassemblés par un sentiment de fidélité, de confiance, voire d'appartenance, insiste Pascal Demurger. Et l'économie collaborative nous permet de renforcer ce trait identitaire. »

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