Les Etats-Unis et l'Europe tentent d'enrayer la hausse du pétrole

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L'Europe et les Etats-Unis pourraient bien s'entendre pour faire baisser les cours de l'or noir en mettant une part de leurs réserves stratégiques sur le marché. Les cours du brent sont revenus sous les 123 dollars ce jeudi.

Les 28 pays membres de l'Agence internationale de l'Energie (AIE) sont-ils sur le point de puiser dans leurs stocks stratégiques pour enrayer l'envolée des cours du pétrole ? Certains d'entre eux, en pleine campagne électorale, pourraient-ils prendre les devants ? A en croire François Fillon ce jeudi sur France Inter(après Eric Besson ces derniers jours), l'Europe et les États-Unis pourraient bien s'entendre pour abreuver à nouveau le marché. Selon le premier ministre, les perspectives d'un geste en ce sens sont « bonnes » et les consommateurs pouraient « raisonnablement espérer ». De quoi alimenter la rumeur et calmer le jeu sur le marché : ce jeudi, le cours du Brent est revenu sous les 123 dollars et le WTI évolue autour de 103,40 dollars. Mais pour combien de temps encore ?

Evoquant des discussions entre les Etats-Unis et la Grande Bretagne, mais aussi entre la France et la Grande Bretagne en vue d'une possible décision coordonnée sur le sujet, les analystes de Barclays Capital estiment aujourd'hui dans une note qu'une mise sur le marché est fort probable au cours des prochains mois. Et de préciser que les derniers chiffres de l'Agence Internationale de l'Energie témoignent d'une volonté de reconstituer les stocks de pétrole, tandis que les stocks d'essence sont en baisse continue. Aux Etats-Unis, les stocks d'or noir ont ainsi gonflé de 7,1 millions de barils dans la semaine bouclée au 23 mars, à 353,4 millions.

Aucune décision à ce jour

Jusqu'à présent, aucune décision n'a été prise. A Washington, on indique que l'option est sur la table. A Paris, le mot d'ordre est à une action coordonnée. Il faut dire que les stocks français, à eux seuls (17 millions de tonnes, soit 98,5 jours de consommation), n'y suffiront pas. Mais la décision de puiser dans les réserves stratégiques prise à l'unanimité des 28 pays membres de l'AIE reste un événement rare. La dernière en date, la troisième de l'histoire de l'AIE, remonte au 23 juin 2011. Portant sur 60 millions de barils sur trente jours, ce geste de régulation du marché devait permette d'amortir les effets des conflits en Libye (synonymes d'une perte de production de 1,5 million de barils par jour). Historiquement, les interventions de l'AIE ont vocation à combler un déficit d'offre provoqué par une rupture ou une perturbation dans la production, rappellent d'ailleurs certains experts. Il ne s'agit pas de manipuler les cours.

Berlin hors du coup

C'est la raison de la réticence de Berlin. Le gouvernement allemand, qui a indiqué ce mercredi n'avoir pas reçu de sollicitation de déblocage des réserves stratégiques de pétrole de la part des Etats-Unis, estime qu'il n'y a pas de raisons pour le moment de recourir à ces réserves. Puiser dans ces stocks relève d'une loi, qui encadre strictement une telle démarche, et la lie notamment à une pénurie physique. Or, pour Berlin, il n'y a pas de pénurie physique. Un argument qui rejoint celui de l'Arabie Saoudite.

Dans le "Financial Times", le ministre saoudien en charge des questions d'énergie, Ali al-Naimi, a appuyé que l'idée selon laquelle les cours du pétrole n'avaient aucune raison d'être aussi élevés. Car il n'y a pas de problème côté offre. Ce sont les tensions géopolitiques, notamment s'agissant de l'Iran, et les craintes de pénurie en découlant, qui sont responsables de l'état du marché. Mais ces craintes ne sont pas fondées.

« Si le timing exact et la quantité de pétrole qui pourrait être ainsi mise sur le marché restent inconnus, il est hautement probable qu'une mise à disposition des réserves soit décidée dans les prochains mois », estime cependant l'équipe de Barlcays Capital. Tout en précisant : « que soit sous les auspices de l'AIE, ou non ».

L'effet d' une mise sur le marché est déjà dans les cours

Quelle sera alors la probabilité des pays industriels consommateurs de pétrole et ainsi décidés à enrayer l'envolée des prix du pétrole, d'inverser la tendance ? « Une bonne part de l'effet d'une mise sur le marché est déjà dans les cours et a constitué un élément dissuasif face à la hausse des cours ces derniers temps ». selon Barclays Capital ».

Sans compter que l'effet n'est pas durable. Quatre semaines seulement après la décision du 23 juin 2011, alors même que le marché s'interrogait encore sur l'éventualité d'une nouvelle intervention, l'or noir s'affichait déjà à des niveaux supérieurs à ceux observés à la veille de cette initiative pourtant historique.

 

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a écrit le 02/04/2012 à 11:26 :
Ces mesures, si elle sont appliquées, ne seront, au mieux, efficaces que très provisoirement ... le temps que les élections soient passées !!
De toute façon, il ne faut pas se faire d'illusion : si la reprise économique arrive, çà sera par les pays émergents, en particulier par la Chine. La demande en pétrole et en matières premières va alors exploser et les prix monter en flèche ... et la croissance s'écraser comme une merde !!
A cause de la pression des lobbys et des politiques incapables de faire correctement leur boulot ("Gouverner c'est prévoir !"), nous ne sommes pas prêts à affronter un tel choc. Pour avoir une chance de s'en tirer, il nous faut changer de modèle énergétique (des transports non-liés aux énergies pétrolières, etc ...) et même de modèle économique (passer de quelques "monopoles énergétique" [pétrole, gaz, nucléaire], à "tout le monde peut produire sa propre énergie" [électricité solaire, biogaz, etc ...]).
Bien évidemment, les multinationales (ou plutôt "les cartels") concernés et les États (qui ramassent beaucoup de taxes !) n'ont qu'un intérêts : que le système actuel dure le plus longtemps possible pour continuer à s'en mettre plein les poches !

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