Crypto : « La blockchain pourrait bouleverser l'activité des banques » (CACEIS, filiale du Crédit Agricole)

Maxime Heuze

Laurent Majchrzak, responsable des actifs digitaux de CACEIS, filiale du Crédit Agricole.
Caceis

Maxime Heuze

Laurent Majchrzak, responsable des actifs digitaux de CACEIS, filiale du Crédit Agricole.
Caceis
LA TRIBUNE - Il y a quatre ans, l'ancien directeur général de Crédit agricole Philippe Brassac anticipait la mort du bitcoin en 2025. Or, depuis le 30 juin, CACEIS est la première filiale de grande banque à obtenir le permis européen de Prestataire de services sur cryptoactifs. Comment expliquez-vous ce changement de point de vue ?
LAURENT MAJCHRZAK - À l'époque, plusieurs banques émettaient des réserves sur la pérennité de certaines cryptos qui n'étaient perçues que sous l'aspect spéculatif et n'imaginaient pas un avenir durable au bitcoin. Depuis, le monde a changé et certaines institutions ont progressivement adopté des cryptoactifs en leur conférant une certaine légitimité et en nourrissant la demande du marché. Au point de les considérer aujourd'hui comme des valeurs refuge décorrélées des marchés traditionnels.
Notre objectif était de répondre aux demandes émergentes de clients. Les équipes de CACEIS ont travaillé sur la technologie blockchain afin de voir quelles opportunités elle pouvait présenter. Nous avons donc pris un positionnement bien particulier. L'idée est d'explorer l'écosystème crypto, mais avec un prisme opposé aux plateformes d'échange traditionnelles puisque nous mettons la sécurité et la conformité au premier plan. C'est cette approche ultra-sécurisée qui a convaincu les régulateurs et notre direction de nous permettre de lancer les premières offres de service.
D'ailleurs, on peut noter à cet égard que les fonctions internes ne sont pas moins difficiles à convaincre que le régulateur. Nos développements en matière de conservation d'actifs digitaux ont été extrêmement encadrés. Nous avons travaillé en étroite collaboration avec les départements des risques et de la conformité. CACEIS a reçu son agrément français de Prestataire de services sur actifs numériques (Psan) en juin 2023 et nos premiers services ont été commercialisés en début d'année 2025.
À présent, nous avons le passeport européen qui va nous permettre de proposer nos services dans toutes les entités européennes du Groupe. Nous avons bénéficié de l'appui du directeur général de CACEIS qui était conscient du fait que la blockchain pourrait bouleverser l'activité des banques et de notre positionnement stratégique qui consiste à promouvoir un usage réglementé de la blockchain.
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Maintenant que vous avez le passeport européen, quels services crypto allez-vous développer ?
CACEIS s'adresse à une clientèle institutionnelle, venant de 17 pays, représentée principalement par des fonds d'investissement, des assureurs et les gestionnaires d'actifs. Nous proposons actuellement trois services :
D'abord la conservation d'actifs digitaux. Les clients bénéficiant d'un compte-titres à CACEIS peuvent y conserver des cryptoactifs. La demande du marché pour ce type de marché est émergente, mais en forte croissance. Nous sommes même approchés par d'autres entreprises crypto qui anticipent ne pas pouvoir obtenir l'agrément MiCA.
Ensuite nous avons développé un service de tokenisation de parts de fonds et de distribution en blockchain, car la demande est forte, en particulier sur les fonds monétaires. L'une des raisons tient à la perspective d'usage de ces parts de fonds tokénisés comme collatéral dans le cadre d'opérations de marché. L'utilisation de la blockchain offre par ailleurs un gain de temps incroyable lors des transactions de titres par rapport aux systèmes traditionnels.
Enfin, nous envisageons de proposer nos services aux émetteurs d'ETN cryptos qui sont des fonds répliquant le cours de certaines cryptos accessibles directement via des comptes-titres. Nous sommes en discussion avec des fonds pour conserver leurs cryptos détenus en sous-jacent des ETN.
Les banques peuvent-elles rattraper leur retard sur les plateformes d'échange?
Les acteurs natifs de cet écosystème ont pris une avance certaine en matière de technologie, mais certaines banques traditionnelles comme la nôtre ont rapidement comblé ce retard. En revanche, ces nouveaux entrants ne bénéficient pas de notre culture en matière de réglementation, d'appréhension des risques et de lutte contre le blanchiment. C'est une des raisons pour lesquelles nous sommes un acteur promouvant un usage très régulé de la blockchain dans nos activités.
Nos clients et les régulateurs y sont très sensibles. CACEIS adopte une stratégie payante, car nous proposons à nos clients issus de la finance traditionnelle de pouvoir expérimenter simplement l'usage de la blockchain dans un cadre extrêmement sécurisé sans nécessité de s'adapter à de nouveaux protocoles de reporting et d'instructions. Cela nous distingue des plateformes d'échange qui s'adressent principalement à des clients particuliers et à qui ils peuvent imposer leurs process.
De nombreuses banques veulent lancer leur stable coin, une crypto qui réplique le cours de l'euro ou du dollar, comprenez-vous pourquoi ? Allez-vous lancer le vôtre ?
Au lancement de nos activités d'actifs digitaux, nous avons exploré l'idée de lancer un stable coin euro car nous avions toute l'infrastructure technique pour le faire et que nous percevions le potentiel de développement en l'absence de devise digitale de banque centrale. Mais cette idée a été rapidement écartée après la conclusion qu'un stable coin émis par un établissement bancaire aurait peu de chances d'être accepté par ses concurrents. L'adoption par tous les acteurs du marché est le facteur clé de succès de tout stable coin.
Le stable coin euro est aujourd'hui très peu répandu, pensez-vous qu'il pourrait se développer ?
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Oui car les acteurs bancaires auront du mal à concurrencer individuellement les géants des stable coins dollar. En revanche il y a encore une place pour le développement d'un stable coin euro de banque commerciale si une devise digitale de banque centrale tardait à émerger.
Maxime Heuze
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