La néobanque N26 quitte précipitamment le marché américain

La fintech allemande abandonne ses ambitions outre-Atlantique, laissant 500.000 clients américains sur le carreau d’ici le 11 janvier 2022. Une décision qui s’ajoute aux déboires réglementaires de la banque en Europe où le régulateur a temporairement bridé le nombre de nouveaux clients à 50.000 par mois. En octobre dernier, la banque a pourtant réussi à lever 900 millions de dollars, sur la base d’une valorisation de plus de 9 milliards de dollars.

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Après avoir quitté le Royaume-Uni, N26 décide de renoncer à ses ambitions européennes pour se recentrer sur l'Europe.
Après avoir quitté le Royaume-Uni, N26 décide de renoncer à ses ambitions européennes pour se recentrer sur l'Europe. (Crédits : Axel Schmidt)

Nouveau coup dur pour N26. La banque digitale vient de décider de tirer un trait sur son aventure américaine, débutée en juillet 2019. Deux ans plus tard, la fintech allemande doit trouver une solution alternative pour ses 500.000 clients américains, avant l'arrêt de ses activités outre-Atlantique prévue le 11 janvier 2022. C'est-à-dire demain. La banque avait déjà quitté le Royaume-Uni en 2020 pour cause de Brexit.

Pour justifier cette décision, pour le moins brutale, la néobanque souligne sa volonté de concentrer ses ressources sur l'Europe, y compris en Europe de l'Est. Sans compter l'intérêt qu'elle porte aux activités de distribution de produits d'investissement qu'elle compte développer l'an prochain, suivant ainsi les traces de l'autre success story de la fintech, le britannique Revolut.

Mais le marché américain est sans doute trop ambitieux pour une fintech. La néobanque britannique Monzo vient de renoncer à obtenir une licence bancaire aux États-Unis alors qu'elle cherche à lever de nouveaux capitaux.

Une croissance bridée par le régulateur

N26 doit également gérer ses démêlés avec l'autorité de régulation BaFin, décidément devenue bien sourcilleuse depuis le scandale de la faillite de Wirecard (où elle n'a rien vu ni entendu). Le régulateur lui a déjà infligé une amende de 4,5 millions d'euros pour ses lacunes en matière de lutte contre le blanchiment d'argent, mais surtout un plafonnement temporaire du nombre de ses nouveaux clients.

En clair, N26 doit limiter sa conquête à 50.000 nouveaux clients par mois, « pour mieux concentrer ses ressources et réduite ses risques », selon le régulateur. Et son exposition aux hypothèques de biens immobiliers devrait être également plafonnée à 500 millions d'euros, dans tous les pays où la néobanque est présente. Le commissaire spécial de la BaFi, en charge de surveiller la banque est même prolongé.

Ces mesures mettent à mal sa stratégie de la banque qui reste focalisée sur la conquête tous azimuts pour atteindre le plus rapidement une taille critique et la rentabilité.

La rentabilité est le défi que doit relever la banque avant son éventuelle introduction en Bourse. En quelques année, N26 a déjà réussi à convaincre quelque 7 millions de clients, dont 2 millions en France

Le mois dernier, N26 avait réussi à boucler un nouveau tour de table et à lever 900 millions de dollars (en série E, généralement pré-introduction en Bourse), pour une valorisation globale de plus de 9 milliards de dollars. Mais ces déboires risquent de peser sur cette valorisation, d'autant que N26 va devoir sensiblement augmenter ses coûts de gestion et de conformité. La banque a même dû faire face, l'an dernier, à une fronde de ses salariés qui réclament notamment la mise en place d'un dialogue social et d'un véritable comité d'entreprise.

Un modèle qui doit encore convaincre

C'est sans doute le prix à payer de la croissance. Une pause est peut-être nécessaire pour revoir la trajectoire. N26 tente d'ailleurs de privilégier de plus en plus ses offres premium, plus rémunératrices. Selon N26, un client sur deux opte pour une offre payante en France. Mais les pertes sont toujours au rendez-vous, sans doute plus de 100 millions d'euros l'an dernier, selon la dernière étude sur les néobanques du cabinet Syrtals Cards.

Reste que la conquête et l'expansion internationale est la clé de la stratégie de N26 et consorts. Jouant sur la convergence des usages d'un pays à l'autre, et sur l'harmonisation des règles en Europe, l'idée est bien de construite un modèle unique, avec une offre unique, sur un maximum de pays pour rentabiliser les coûts.

C'est clairement le pari de N26 et de Revolut qui sont en train de construire une marque paneuropéenne, à défaut d'être mondiale. Pour mémoire, Revolut a également fait marche arrière au Canada. Mais le temps presse désormais. Car les banques traditionnelles, qui ont repris paradoxalement de la vigueur à la faveur de la crise sanitaire, commencent à peaufiner leurs réponses et à investir massivement dans le digital. La messe de la disruption dans la banque n'est pas encore dite.

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Commentaires 2
à écrit le 19/11/2021 à 8:37
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Avec 25% de l'argent de la finance mondiale liée à la mafia les marchés financiers ne se soucient pas du côté légal ou pas ils savent que leurs politiciens sont là pour régler ce genre de détail donc ils voient que c'est un établissement financier, a...

le 20/11/2021 à 14:41
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qui vas etre inconscient pour porter un credit a cette entreprise qui resemble a une machine a laver

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