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Entreprises & FinanceBanques / Finance

Banques contre Fintech : la guerre aura-t-elle lieu ?

Photo de Delphine Cuny

Delphine Cuny

Publié le 11 octobre 2016 à 04:22 - Mis à jour le 11 octobre 2016 à 04:23

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Après « faites sauter la banque », le nouveau leitmotiv des startups des services financiers serait la collaboration avec les acteurs établis du secteur. C’est ce qu’il ressort des échanges de la conférence Bordeaux Fintech. Un signe de maturité ?

Il y a des banquiers et des startuppers. Chacun se cherche une place sur un petit canapé vintage installé au milieu d'une rampe de skate, dans le vaste hangar de Darwin, une ancienne caserne transformée en tiers-lieu branché et pépinière d'entreprises à Bordeaux.

« Il n'y a pas de place pour tout le monde ? C'est un beau symbole » ironise Alain Clot, le président de France Fintech.

Tout le monde trouvera finalement où s'installer. Mais l'anecdote, en ouverture de la conférence Bordeaux Fintech qui s'est tenue la semaine dernière, éclaire à merveille la problématique de ces nouveaux entrants qui réinventent les services financiers.

Un petit microcosme qui compterait une cinquantaine de jeunes pousses en France, et un peu plus de 1.200 entreprises dans le monde, employant 370.000 personnes, selon le paysage Fintech brossé par VB Profiles... soit autant que le nombre de salariés du secteur bancaire en France. Au total, ces nouveaux acteurs de la finance ont levé en cumulé plus de 100 milliards de dollars.

[Le paysage déjà très encombré de la Fintech mondiale, selon VBProfiles]

Il y a ceux qui assument la concurrence frontale, ceux qui rêvent de se faire racheter sans le dire, ceux qui espèrent ramasser quelques pépites comme dans un lab d'innovation externalisé. Toutefois, le leitmotiv serait désormais à la collaboration, tant les uns ont finalement plutôt besoin des autres.

Auteur d'une étude « Disrupter la banque pour la sauver », Isaline Merle d'Aubigné, responsable d'études économiques à la BPI, a ainsi fait valoir que :

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Illustration de la newsletter Industrie et service
« Le buzzword était « on va faire sauter la banque, la finance », mais en réalité il n'y a pas du tout cette opposition : chacun cherche à collaborer. Les startups peuvent apporter beaucoup d'agilité et les banques leur connaissance et leur base clients. On imaginait que la Fintech allait remplacer les banques. Le marché s'est rendu compte que la Fintech était une solution, mais que les gens n'avaient pas déserté les banques ».

Les levées de fonds du secteur ont d'ailleurs enregistré une baisse cette année, tout comme les valorisations. Cet appétit de collaboration serait-il un signe de maturité du secteur ?

Mise en synergie et transformation culturelle

Interrogée sur le thème de « l'hybridation, jusqu'où ? », Anne-Laure Navéos, la responsable des acquisitions, des partenariats stratégiques au Crédit Mutuel Arkéa (qui a racheté la cagnotte en ligne Leetchi l'an dernier et multiplie les accords avec les jeunes pousses), a osé un parallèle automobile :

« Il faut penser comme pour une motorisation hybride, à la mise en synergie de deux types d'énergie, c'est la clé de la collaboration entre banques et Fintech ».

Par exemple, la banque mutualiste travaille avec la startup spécialisée dans la gestion de l'épargne Yomoni (dans laquelle elle a investi), qui est « capable d'activer une population qui n'a pas d'assurance-vie, et commercialise un produit à nous, de Suravenir ». Les investissements minoritaires dans les startups serait « la partie émergée de l'iceberg » à côté de toute l'activité de prestations techniques en marque blanche aux jeunes pousses. La responsable d'Arkéa a estimé que :

« La Fintech nous permet de progresser en réactivité et en qualité de service, cela nous pousse à faire évoluer toutes nos plateformes ».

Partenaire, client ou fournisseur, la startup peut aussi être un aiguillon nécessaire, provoquant un sursaut salutaire. Anne-Laure Navéos observe :

« Nous partons d'un existant, les agences, et l'on répondait à un besoin, alors pourquoi changer ? Nous avons nécessairement une posture plus défensive. Une Fintech, elle, a tout à créer, elle n'a pas de client.Nous avons besoin du regard "challengeant" des autres, pour remettre le client au centre des préoccupations : une dérive de la banque a peut-être été d'avoir beaucoup plus pensé produits que client. Dans un monde de surinformation, une banque doit désormais capter le client et d'abord lui parler de son besoin plutôt que parler produits à son réseau. C'est ça la vraie transformation culturelle des banques ».

Ouvrir les bureaux, les systèmes et les esprits

Le directeur de l'innovation de la Société Générale, Aymeril Hoang, a de son côté défendu l'approche de sa maison, pourtant plutôt « en retard » par rapport à d'autres (comprendre notamment la banque mutualiste), a-t-il concédé :

« L'hybridation c'est culturel. On travaille avec des startups sur de nombreux sujets et on vient d'ouvrir un pôle technologique de 5.000 personnes près de Paris qui est l'inverse de la Défense, avec ses tours verticales et statutaires, « les Dunes », où il n'y a pas de bureaux fermés et les costumes sont minoritaires.L'hybridation c'est aussi une architecture ouverte, c'est un enjeu technique pour nous, celui de « l'APIsation » (autrement dit, ouvrir son système d'information par des interfaces de programmation sur lesquelles peuvent se brancher d'autres applications extérieures, NDLR). »

Il a aussi fait valoir que Boursorama (racheté en 2002, puis à 100% l'an dernier) est « une sorte de startup interne qui est en frontal avec les marques Société Générale et Crédit du Nord » du groupe. Il faut « être capable de développer de nouveaux business qui viennent taper les existants. C'est dur » a-t-il admis.

Visiter les startups comme un zoo

Cette ouverture d'esprit ne se traduit pas forcément en acte sur le terrain, où l'on quitte le monde des Bisounours. Olivier Goy, le fondateur de Lendix, le numéro un français du financement participatif pour les entreprises, a mis les pieds dans le plat :

« Les banques consentent la complémentarité avec les Fintech, mais elles ne sont pas prêtes à faire des partenariats. C'est le phénomène du zoo : les CDO (Chief digital officers) viennent voir les startups, mais il ne se passe pas grand-chose, cela n'aboutit pas à un quelconque accord ».

Audrey Stewart, la cofondatrice d'Origin Investing, une plateforme de financement des entreprises en placement privé (obligations de PME), n'a pas dit autre chose :

« On s'inspire de ce que font les banques, mais pas sur le même terrain. On pourrait être distribué par des banques, mais ce n'est pas si simple ».

Le cofondateur du site de crowdfunding KisskissBankbank, Vincent Ricordeau, a abondé dans leur sens sur le thème :

« Les Fintech comblent les carences des banques ».

À lire également

  • « On ne reconnaîtra plus les banques dans 20 ans »
  • Crédit Mutuel Arkéa entre au capital de la Fintech Vivienne Investissement
  • Les fintech vont-elles faire « sauter » les banques ?

Eric Charpentier, le fondateur de Morning (l'ex-Payname), qui a l'ambition de « réveiller le monde bancaire » (il a la Maif à son capital), a assumé sa vision plus offensive  :

« Oui, on est en frontal avec les banques : on voit que le consommateur a envie d'autre chose, de reprendre le contrôle de son argent. Pourquoi les Fintech devraient-elles toujours être au second plan ? Assumons notre envie de faire différemment. On a levé l'obstacle réglementaire, l'enjeu c'est le consommateur, qu'il nous adopte massivement ».

Ce consommateur que les banques et les Fintech ne sont pas les seules à se disputer. Audrey Stewart, d'Origin, a soulevé un point fort juste  :

« La collaboration banques-Fintech est indispensable pour construire des barrières à l'entrée contre les GAFA », les Google, Apple, Facebook, Amazon.

Un grand méchant loup qui pourrait bien mettre tout le monde d'accord.

Delphine Cuny

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