La chronique de Marc Fiorentino. La guerre des changes
Marc Fiorentino

Découvrez la chronique de Marc Fiorentino.
LTD/Fabien Clairefond
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Sur fond de guerre commerciale, une autre bataille se joue sur le marché des changes. Une bataille dont l'issue aura un impact déterminant sur vos placements et sur votre allocation d'actifs.
Pour comprendre les enjeux, il faut tenter de comprendre la stratégie de Trump sur le dollar, et elle n'est pas simple. Il a répété à plusieurs reprises qu'il voulait le faire baisser. Significativement. Une « dévaluation » dans l'esprit des accords du Plaza de septembre 1985. À l'époque, l'ennemi était le Japon qui, selon les États-Unis, inondait le pays de produits à bas prix grâce au dumping sur le yen. Et les Américains avaient obtenu un accord de leurs partenaires commerciaux pour qu'ils réévaluent leurs devises.
Aujourd'hui, la Chine a remplacé le Japon. Et Trump pense qu'une forte baisse du dollar contre les principales devises, et en particulier contre l'euro et le yuan, permettra de réduire le déficit commercial américain. En théorie, donc, Trump souhaiterait voir le dollar chuter. De 10 à 20 %. Mais ce n'est pas si simple.
1. La baisse du dollar n'améliorerait pas de façon certaine la compétitivité des produits américains, car les États-Unis ne produisent plus depuis longtemps sur leur sol une large partie de produits exportés par la Chine et les autres pays d'Asie.
2. La baisse du dollar renchérirait de façon certaine le coût des importations américaines, qui subissent déjà des droits de douane élevés. Les droits de douane couplés à la chute du billet vert frapperaient de plein fouet le consommateur américain. Or Trump veut être le « président du pouvoir d'achat » et doit absolument éviter un envol des prix à la consommation aux États-Unis.
3. La baisse du dollar risque de saper la confiance des investisseurs étrangers. Or une partie de la dette américaine, près de 25 %, est détenue par des étrangers. Par le Japon en tête, suivi de près par la Chine. Une défiance des investisseurs aurait un impact négatif sur les emprunts d'État américains et entraînerait donc une hausse des taux d'intérêt à long terme. Et celle-ci pèserait sur l'économie américaine, car elle renchérirait le coût des emprunts immobiliers et des crédits des ménages. Une façon certaine d'accélérer le ralentissement de la croissance.
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Rien n'est joué, donc. Et la baisse du dollar ne se décrète pas...
Il faut néanmoins intégrer cette incertitude sur l'évolution des cours de change à la gestion de vos placements. Elle milite pour une prudence sur la poche actions américaines ainsi que sur la poche produits de taux américains. Il ne s'agit pas de les éliminer d'une allocation d'actifs équilibrée mais de les limiter. Et de favoriser les placements en euros ou les placements en dollars couverts en euros.
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La gestion du risque de change est un exercice difficile. Le marché des changes est un marché extrêmement profond, très arbitré, dans lequel l'art de la prévision est complexe voire impossible. On ne compte plus les « experts » qui se trompent régulièrement sur le sujet : il faut donc chercher à limiter au minimum l'impact de la variation des cours de change sur vos placements.
Marc Fiorentino