Commerzbank éjectée du Dax, Deutsche Bank en sursis de l'Euro Stoxx 50

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Commerzbank, deuxième banque allemande, dont l'Etat allemand est le premier actionnaire, a perdu plus 30% de sa valeur en Bourse depuis le début de l'année.
Commerzbank, deuxième banque allemande, dont l'Etat allemand est le premier actionnaire, a perdu plus 30% de sa valeur en Bourse depuis le début de l'année. (Crédits : Ralph Orlowski)
Commerzbank, qui a vu sa capitalisation boursière fondre de plus de 30% depuis janvier 2018, a cédé sa place au sein de l'indice Dax, dans un contexte de déclin du secteur bancaire allemand. Deutsche Bank, qui a perdu 38% de sa valeur, sera également amenée à prendre la porte de sortie de l'indice boursier au niveau de la zone euro.

Pas de coup de théâtre, Commerzbank a bien été évincée de l'indice Dax de la Bourse de Francfort. L'opérateur Deutsche Börse a dévoilé, mercredi 5 septembre dans la soirée, la recomposition de l'indice des 30 valeurs vedettes de la Bourse allemande à compter du 24 septembre : la deuxième banque commerciale d'Allemagne, fondée en 1870 et qui compte près de 50.000 employés, n'y figure plus. En effet, sa capitalisation boursière d'environ 10 milliards d'euros ne lui permet plus d'en faire partie, alors que Commerzbank faisait partie de l'indice depuis sa création il y a 30 ans. Au total, la banque, dont l'Etat allemand est le premier actionnaire (à près de 16%), a perdu plus de 30% de sa valeur depuis janvier 2018.

Commerzbank Dax Wirecard

L'opérateur Deutsche Börse réévalue périodiquement la composition de l'indice, en s'appuyant sur l'évolution des capitalisations boursières et des volumes de transactions. En sortant du Dax, le titre Commerzbank disparaît ainsi de nombreux fonds basés sur cet indice et certains investisseurs se délesteront du titre en appliquant des règles strictes de gestion. Il y a quelques semaines, lors de la présentation des résultats du deuxième trimestre, l'établissement bancaire allemand avait montré une certaine sérénité face à une prochaine sortie de l'indice vedette de la Bourse de Francfort.

« Ce serait bien sûr dommage qu'un des membres fondateurs du Dax n'en fasse plus partie », mais si ce « scénario du pire » devait se produire, « cela ne changerait rien à notre importance pour l'économie réelle allemande », avait déclaré Stephan Engels, directeur financier de Commerzbank, lors d'une conférence téléphonique à l'occasion du bilan financier, cité par l'AFP.

Symbole du succès des « pure-players » du paiement numérique sur les grandes banques traditionnelles, Commerzbank cède sa place à l'entreprise munichoise Wirecard, spécialisée dans le marché très porteur des paiements électroniques. Le cours du groupe bavarois, créé en 1999, a plus que doublé depuis le début de l'année (+110%) et sa valeur atteint 23 milliards d'euros, dépassant de loin celle de la deuxième banque allemande.

Deutsche Bank devrait sortir de l'Euro Stoxx le 24 septembre

Wirecard est la première société technologique allemande à se hisser dans ce top 30 depuis l'éditeur de logiciels SAP. Elle parvient également à détrôner Deutsche Bank en termes de capitalisation boursière. La première banque du pays s'approche aussi de la porte de sortie de l'indice Euro Stoxx 50, baromètres valeurs de la zone euro, selon des documents révélés mardi 4 septembre par l'agence Reuters. Deutsche Bank, qui peine à se reprendre après trois années consécutives déficitaires, a vu sa capitalisation boursière fondre de plus de 38% depuis le début de l'année et de 90% depuis dix ans, à environ 20 milliards d'euros.

Cette sortie, qui pourrait être officialisée le 24 septembre prochain, n'aurait pu être évitée que grâce à une spectaculaire rebond de 40% entre juillet et septembre, avait calculé l'agence Bloomberg. Las, Deutsche Bank ne s'est ressaisie que de 12%.

Cette exclusion représenterait un nouveau revers pour la première banque allemande, qui a déjà vécu une année éprouvante, avec un brusque remaniement de sa direction en mai dernier et l'annonce d'un nouveau plan de restructuration, un abaissement de sa note de crédit par Standard & Poor's, ou encore un échec aux tests de résistance de la Réserve fédérale américaine en juin.

Lire aussi : Deutsche Bank échoue aux stress tests de la Fed

La santé des banques allemandes inquiète

Les parcours boursiers calamiteux des établissements bancaires allemands reflètent la perte de confiance des investisseurs, qui préfèrent désormais miser sur d'autres grandes banques étrangères. Le ministre allemand des Finances, Olaf Scholz, qui assistait à un congrès bancaire à Francfort le 30 août dernier, a d'ailleurs évoqué le déclin des banques allemandes, qui ont perdu en importance dans le gotha des entreprises cotées, depuis la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008. Cet affaiblissement représenterait un véritable « problème pour une grande économie comme l'Allemagne et pour l'économie européenne », selon le ministre social-démocrate, cité par l'AFP, les banques allemandes n'ayant « pas la taille et la globalité nécessaires pour soutenir l'économie ».

L'avenir du secteur bancaire allemand devrait « dépendre des succès des nouvelles technologies, de nouveaux concurrents [prenant] pied sur le marché et de la rapidité des acteurs traditionnels à s'adapter », a jugé lundi Claudia Buch, vice-présidente de la Bundesbank, citée par l'AFP.

Mais selon Rainer Haselmann, directeur au centre de recherche SAFE (Sustainable Architecture for Finance in Europe), de l'Université Goethe à Francfort, même si les grandes banques allemandes, telles que Commerzbank et Deutsche Bank, parviennent à proposer les mêmes produits que ceux imaginés par les Fintech, elles souffriront toujours d'avoir « à affronter des coûts effrayants », notamment ceux de personnel. Et l'universitaire de prédire, auprès de l'AFP, qu'elles « joueront davantage un rôle mineur, voire disparaîtront du marché. ».

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Commentaires
a écrit le 06/09/2018 à 22:46 :
"La santé des banques allemandes inquiète "

Aucun problème: on applique la solution que l'Allemagne avait inisté à adopter dans le cas de Chypre: les épargnants et les clients perdent leur argent et les banques sont renflouées.
a écrit le 06/09/2018 à 10:06 :
La structure des coûts de grandes banques n'est pas inexorable..mais encore faut-il que les dirigeants comprennent que plus on tarde à agir fermement, plus le mal devient incurable. La restructuration du secteur bancaire allemand n'aura pas lieu? Saluons la situation française et ses banques plus solides, qui vont finir par remporter le morceau en Europe, ceci étant probablement encore accéléré par le Brexit. Il ne restera alors qu'à traiter de la différence de profitabilité entre Europe et USA pour nos organismes financiers.

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