La rumeur d'une fusion Deutsche Bank-Commerzbank ressurgit

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L'État allemand aura son mot à dire : il détient 15% de Commerzbank.
L'État allemand aura son mot à dire : il détient 15% de Commerzbank. (Crédits : Ralph Orlowski)
La première banque allemande minimise les rumeurs d'un rapprochement avec sa compatriote, dont l'Etat détient 15% du capital. La forte baisse de sa valeur en Bourse est un obstacle à une fusion entre les deux poids lourds nationaux en difficultés.

Fuites de banquiers d'affaires en mal de deals ou accélération de l'histoire dans la consolidation bancaire ? Le secteur bouillonne de rumeurs de rapprochements en cette fin de printemps. Celle d'une fusion entre Deutsche Bank et Commerzbank, les deux plus grandes allemandes, a refait surface, à la suite d'une publication de l'agence Bloomberg.

Le président du conseil de surveillance, Paul Achleitner, aurait discuté de ce projet, véritable serpent de mer du secteur depuis dix ans, avec de grands actionnaires et des représentants du gouvernement. L'État allemand détient en effet plus de 15% du capital de Commerzbank. L'an dernier, des rumeurs avaient circulé sur une possible vente de cette participation et un rapprochement de Commerzbank avec BNP Paribas, avec le soutien de l'Élysée. UniCredit et Crédit Agricole avaient été aussi pressentis comme potentiels acquéreurs.

L'initiative du président de Deutsche Bank serait une simple consultation des parties prenantes : aucune discussion officielle n'a été engagée avec Commerzbank et aucune initiative n'est imminente, relativise Bloomberg.

Problème : Deutsche Bank a perdu 40% de sa valeur boursière en un an et ne vaut plus que 19 milliards d'euros, tandis que celle de Commerzbank est restée stable à près de 12 milliards. Une fusion risquerait de nécessiter une importante augmentation de capital, très dilutive. Côté Commerzbank, l'État allemand était entré à un prix moyen de 26 euros par action (contre 9,47 euros aujourd'hui), lorsqu'il avait injecté 18,2 milliards d'euros pour sauver la banque durant la crise financière. L'action Commerzbank recule de 2,8% ce vendredi matin, celle de Deutsche Bank également.

Restructurations sévères

Les deux champions nationaux traversent de persistantes difficultés. Après trois années consécutives de pertes, Deutsche Bank, qui avait l'ambition de rivaliser avec les grands de Wall Street, opère un recentrage sur l'Europe : le nouveau directeur général, Christian Sewing, a annoncé une restructuration sévère, les effectifs mondiaux de la banque passeront de 97.000 à moins de 90.000, et seront réduits de 25% dans la vente et le trading d'actions.

Affaibli par les taux bas, Commerzbank, la banque des grosses PME exportatrices du Mittelstand, qui avait racheté la Dresdner après la crise financière, a engagé un plan Bank 4.0 qui passe par la suppression de  9.600 emplois (sur plus de 49.000 à fin 2017). Elle a enchaîné deux années de pertes.

Deutsche Bank a minimisé l'information, sans démentir.

« Le président de Deutsche Bank est constamment interrogé sur le sujet. Sa réponse est toujours la même: "Tous les arguments pour et contre peuvent être lus dans les rapports d'analystes et dans les médias. Alors qu'en pensez-vous ?". Il ne voit aucune raison de soulever activement cette question », a réagi un porte-parole de la banque dans des commentaires écrits adressés à l'agence Bloomberg.

Des discussions avaient eu lieu en 2016 mais les deux banques n'avaient pas donné suite. La probabilité d'un rapprochement a semblé plus élevée depuis que le fonds américain Cerberus est entré au capital des deux banques l'an dernier.

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Commentaires
a écrit le 09/06/2018 à 7:41 :
Les pertes des banques allemandes et les bénéfices des banques françaises contrastent avec les images caricaturales et fausses des fourmis allemandes et cigales françaises. Car les banques françaises privées et mutuelles doivent leurs bénéfices au bas de laine des français qui ne sont pas autant cigale que cela.
Bon, pour arrêtons d'être ironique. Ne serait-ce pas que peut-être les banques allemandes prêteraient trop aux entreprises alors qu'inversement les banques françaises ne prêteraient pas assez aux entre prises pour leurs investissements, d'où aussi le trop faible niveau d'investissement en France.
a écrit le 09/06/2018 à 7:35 :
Malgré les juteux bénéfices obtenus sur la dette grecque par elle et les autres banques européennes, la deutsche bank est en perte ? Comme quoi cela ne servait à rien de signer la Grèce.
a écrit le 08/06/2018 à 17:34 :
Remplacer deux banques à risque systémique, qui sont déjà en difficulté, par une seule banque encore plus "too big to fail"...susceptible de faire tomber toute l'économie européenne.

C'est l'idée du siècle.

On a vraiment rien retenu de la crise de 2007.
a écrit le 08/06/2018 à 11:20 :
L'allemagne saigne les peuples européens pour sa prospérité financière et pourtant ses banques sont à la dérive... ???

Vite un frexit on voit qu'il n'y a plus que de l'incompétence et de la compromission au sein de notre consortium financier européen.

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