Micro-assurance : une activité noble, mais difficile à rentabiliser

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Potier à Kolkata, en Inde Copyright Reuters
Potier à Kolkata, en Inde Copyright Reuters
La fourniture d'assurance à des populations fragiles n'est pas le produit le plus lucratif distribué par les compagnies d'assurance. Elles ne l'abandonnent pas pour autant, car il leur permet notamment d'être bien implantées localement dans des pays émergents.

On connaît le micro-crédit ou la micro-finance, mais moins la micro-assurance. Pourtant, elle existe depuis plusieurs années et protège les populations fragiles, exclues des circuits traditionnels de l'assurance : cette activité consiste en grande partie dans la couverture de prêts souscrits par des familles ou de petits entrepreneurs. Ce, à un niveau de cotisation moindre, pour en favoriser l'accès aux plus démunis.

500 millions de personnes "micro-assurées" dans le monde

Les assureurs proposent généralement leurs produits via différentes entités ou partenaires, comme les réseaux de micro-finance, les organisations coopératives, les groupes d'entraide locaux, les ONG, les services funéraires, etc. Ils commencent également à être présents dans des lieux très fréquentés localement, comme les points téléphoniques, informatiques ou les commerces alimentaires. Et la recette de la micro-assurance commence à prendre. Ainsi, dans sa dernière étude, l'Organisation internationale du travail (OIT) indique que 500 millions de personnes dans le monde bénéficient d'un régime de micro-assurance en 2011, contre 78 millions en 2007.

Elle estime qu'environ 60% des personnes couvertes par la micro-assurance dans le monde vivent en Inde, 15 % en Amérique latine et 5 % en Afrique. Et signale que : "au moins 33 des 50 plus grandes compagnies d'assurance commerciale dans le monde proposent maintenant des produits de micro-assurance, alors qu'elles n'étaient que 7 en 2005".

Un marché très encadré en Inde

BNP Paribas Cardif, filiale d'assurance vie de la banque éponyme, s'est concentré sur l'Inde pour offrir ses services de micro-assurance. "Le marché indien de l'assurance a été un monopole jusqu'en 2000. Lorsque le marché s'est ouvert, nous nous sommes implantés en constituant une compagnie d'assurance avec State Bank of India. Nous avons pris 26% de la compagnie, plafond autorisé pour les assureurs étrangers, en pariant sur notre modèle de bancassureur. Aujourd'hui, notre compagnie SBI Life fait partie des trois premières sociétés d'assurance du pays", rapporte Gérard Binet, délégué général de BNP Paribas Cardif.


Sachant que Bank of India est l'un des principaux partenaires des "self help groups" (SHG), ces foyers d'entraide qui jouent le rôle de "micro-banques". Elle en touche environ 780 000 sur les 4 millions qui existent en Inde et rassemblent environ 200 millions de personnes au total.
La commercialisation de polices d'assurance est très encadrée en Inde : "Tous les assureurs indiens ont l'obligation de jouer un rôle social. Nous devons délivrer au moins 55 000 polices (ou 20% des polices totales), principalement de la micro-assurance, dans le monde rural", explique Gérard Binet.

Peu de communication sur les chiffres

BNP Paribas Cardif y distribue essentiellement de l'assurance de prêt, adaptée aux moyens de micro-entrepreneurs ou de familles : "Le capital initial du crédit est couvert avec une prime d'assurance annuelle dont le montant moyen s'élève à 10 euros environ. Dans certaines formules, et selon la durée des couvertures, 50 à 100% des primes sont remboursées à l'issue de la période de couverture", précise Gérard Binet.
Cette activité louable ne représente pourtant pas encore de gros volumes. Les primes perçues par les assureurs sont de fait modestes et la durée des prêts n'excède souvent pas un an, ce qui réduit la durée de leur couverture. Par ailleurs, si les compagnies s'expriment largement sur leurs intentions, elles communiquent peu sur les chiffres de cette activité.


En 2011, l'activité de micro-assurance d'Allianz a souffert, en particulier en Inde, et affichait un chiffre d'affaires de 35 millions d'euros, contre 78 millions d'euros en 2010, et comptait environ 2.6 millions de clients contre 3.8 millions en 2010. L'assureur allemand a néanmoins poursuivit son développement en commercialisant ses produits dans trois nouveaux pays en 2011 : le Burkina Faso, le Mali et la Malaisie. Il indique qu'il "s'efforce de mieux mesurer et contrôler la performance financière et sociale de la micro-assurance".

La viabilité du système à long terme

De son côté, Gérard Binet affirme que : "Notre activité est profitable. Mais depuis la crise, la gamme de produits de BNP Paribas Cardif se concentre sur ce qui fonctionne. Nous ne mettons pas un accent particulier sur la microassurance". Quant à Axa, qui s'est lancé en Inde en 2009, elle recense 1.7 million de personnes assurées en micro-assurance santé et accidents. La compagnie est également présente en France, partenaire de l'Association pour le droit à l'initiative économique (ADIE) depuis 2007 avec la Macif. Deux ans plus tard, environ 800 contrats avaient été signés.


Et l'OIT n'oublie pas de mentionner le sujet de la viabilité du système à long terme et pose franchement la question dans son étude : "La micro-assurance est-elle un business rentable pour les compagnies d'assurance ?". Selon l'institution, les compagnies décident d'un niveau de budget à allouer à cette activité, sans forcément recenser tous les coûts associés. Or, assortie d'une qualité constante des produits, la maîtrise des coûts constituerait pourtant le gage de la pérennité de cette activité.

Des coûts importants de commercialisation

Si les populations à faibles revenus et/ou rurales sont particulièrement demandeuses de micro-assurance récolte ou santé, les assureurs en commercialisent peu pour l'instant. Car diversifier leurs produits coûterait cher, en termes de conception et de gestion, les volumes d'affaires étant peu importants et l'industrialisation de ces produits pas souhaitable, compte tenu de la spécificité des besoins et des cultures de chaque pays. Le risque associé à certains produits peu aussi être trop élevé et donc trop lourd à supporter financièrement, ou difficilement mesurable et modélisable par l'assureur.


"Les coûts de marketing, de vente, d'adhésion et d'administration pèsent lourd dans tous les produits d'assurance individuelle et constituent fréquemment des facteurs prohibitifs pour les assureurs désirant se lancer en micro-assurance. Ce sont ces éléments qui donnent la perception que ce marché est difficile à rentabiliser", estime le groupe financier canadien Desjardins dans une étude de juin 2011.


Gérard Binet le confirme : "C'est une activité difficile à développer dans plusieurs pays, car les garanties doivent s'adapter aux marchés locaux, ce qui représente beaucoup de développements pour des volumes qui peuvent rester modestes. Nous faisons néanmoins de la microassurance en Colombie, au Mexique et au Pérou. Sachant que l'Inde reste l'un des marchés les plus évolués du monde en microassurance".


Aujourd'hui, cette activité comporte tout de même des avantages non négligeables pour les sociétés d'assurance : elle renforce la responsabilité sociale de l'entreprise et son image, tout comme elle peut aussi permettre d'entrer sur des marchés difficiles à pénétrer pour des compagnies étrangères et où les circuits de micro-assurance informels prédominent, à l'instar de l'Inde. "De nombreux assureurs sont prêts à encourir des pertes sur les activités de micro-assurance pour pouvoir pénétrer l'immense marché formel de l'assurance", constate Desjardins.
 

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Commentaires
a écrit le 04/08/2012 à 17:25 :
Voilà un excellent article de la Tribune qui remet en cause l'une des idées reçues fondatrices de l'assurance publique collectivisée, notamment en santé, pour le chômage ou la retraite : faire croire que les pauvres n'auraient pas le réflexe de s'assurer et qu'il faudrait les protéger de force contre eux-mêmes. Or, comme on le voit, rien n'est plus faux. Autre idée reçue : la rentabilité des services distribués aux pauvres serait inexistante, ce qui exclurait les entreprises privées et nécessiterait l'intervention publique. Comme on le voit également, ce n'est pas parce que c'est difficile que ça ne peut pas être rentable et donc créateur de richesses. Bref, l'intervention publique forcée dans le domaine de l'assurance est au mieux inutile mais plus certainement nuisible, comme la crise des Etats providentiels obèses le démontre ad nauseam.
Réponse de le 04/08/2012 à 19:47 :
@idées: 1) t'as mal lu parce que c'est une secteur qui ne crée pas de richesse puisqu'il n'est pas porteur. 2) c'est vrai qu'on pourrait laisser les gens crever de tous les côtés: pas d'éducation, pas de soins de santé et esclavage pour tous, mais cela a déjà été essayé et continue d'ailleurs dans les pays du tiers-monde...et ne fonctionne pas à long terme. Que tu sois nanti, tant mieux pour toi, mais ne dis pas de bêtises :-)

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