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Entreprises & FinanceBanque

"La microfinance est une réponse à la polarisation des inégalités en France"

Propos recueillis par Julien Bonnet

Publié le 01 juin 2011 à 12:23 - Mis à jour le 01 juin 2011 à 12:42

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Dans un entretien accordé à La Tribune, Catherine Barbaroux, présidente de l'association pour le droit à l'initiative économique (Adie), justifie le rôle de la microfinance en France.

L'association pour le droit à l'initiative économique (Adie) organise du 7 au 11 juin la septième édition de la semaine du microcrédit, quel est l'objectif de cette manifestation ?

L'idée est de faire connaître l'association à des personnes qui seraient potentiellement demandeurs d'un microcrédit pour créer leur propre activité. Nous bénéficions d'une certaine notoriété auprès de l'intelligentsia mais pas vraiment du grand public. En 2010, sur les 620 000 créations d'entreprises au total, 140 000 personnes étaient allocataires de minima sociaux, or seulement 12 000 ont bénéficié des prestations de l'Adie. Pour remédier à ce manque de visibilité, les salariés, les bénévoles et des entrepreneurs financés par l'Adie animeront notamment des forums dans les grandes villes de France (Lille, Marseille, Lyon, Nantes, Bordeaux et Paris). En complément, près de 70 antennes réparties sur tout le territoire organiseront des journées portes ouvertes.

Pouvez-vous rappeler les principales missions de l'association ?

La distribution de microcrédits en France s'adresse principalement à des personnes exclues du système bancaire, chômeurs et allocataires de minima sociaux. A ce titre, l'Adie leur propose des solutions de financement adaptées mais offre également un accompagnement personnalisé pour aider à la création et au démarrage d'une entreprise afin d'assurer son développement. Nous arrivons à des résultats proches des établissements bancaires classiques avec pour 2010 un taux de pérennité des entreprises crées de 68 % sur deux ans et de 59 % sur trois ans. Mais ce qui est intéressant c'est le taux d'insertion des personnes financées par l'Adie qui s'élève à 79 %. Même si un projet périclite, cela reste une expérience positive et valorisable ensuite dans le monde du travail. En outre, certaines personnes se disent que quitte à vivre une situation de précarité, autant qu'elle ne soit pas subie.

Quelles sont les principales sources de financement de l'Adie ?

Les microcrédits sont majoritairement financés par des partenariats bancaires. Des lignes de crédit à deux ans, négociées auprès de 50 établissements financiers, sont adossées en montant et en durée aux besoins de l'Adie. Elles représentent environ 78 % des ressources finançant l'encours. Pour la création d'antennes de l'Adie dans les villes de France nous sommes également soutenus par des entreprises dans le cadre de leurs politiques RSE (responsabilité sociale des entreprises). Nous recevons également des subventions publiques de la part de l'Europe, du ministère de l'emploi, des collectivités territoriales, de certains départements et de grandes agglomérations.

Qu'apporte le système de la microfinance dans les pays développés ?

L'Adie est né en 1989 en adaptant à la France le principe du microcrédit initié par Muhammad Yunus avec la création en 1983 de la Grameen Bank au Bangladesh. Bien sur, nous ne sommes pas confronté aux mêmes enjeux que dans les pays pauvres. Néanmoins, nous pensons que notre action est une réponse à la polarisation des inégalités, c'est-à-dire que chaque année un nombre croissant d'individus se retrouve dans des situations d'extrême pauvreté et que, dans le même temps  les grosses fortunes augmentent chaque année. En France et dans le système économique actuel, il y a une proportion non négligeable de personnes défavorisées qui ne pourrait pas réussir à démarrer une activité.

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Le système du microcrédit est souvent taxé de pratiquer des taux d'intérêt élevés, quel est votre sentiment sur cette question ?

Ce thème, il est vrai, revient souvent. Tout d'abord, il faut bien comprendre que nous proposons avant tout un crédit ce qui n'a bien sur rien à voir avec un don. Je pense que pour satisfaire l'objectif de réinsertion qui est le notre nous devons avoir des pratiques proches de celles des établissements bancaires classiques. Concrètement, pour un prêt de 2900 euros sur 18 mois, les souscripteurs rembourseront environ 320 euros en plus du principal, ce qui donne un taux d'intérêt bien inférieur au taux d'usure.

Ce taux reste malgré tout relativement élevé...

J'ai le sentiment que 10 % est une barre psychologique de ce qu'on peut représenter comme la juste valeur entre le risque pris et ce qui reste acceptable dans l'idée de démarrer une activité. Nous ne voulons pas que le public ait l'impression que l'on gagne de l'argent sur le dos des personnes que nous aidons. D'autre part, au regard de la prestation fournie, il ne faut pas se contenter de raisonner en fonction du taux d'intérêt pratiqué. En plus d'être parmi les seuls en mesure de prêter à un public en situation difficile, les emprunteurs sont encadrés par des bénévoles, souvent des cadres supérieurs issus du secteur de la banque et de l'assurance, qui ont envie de partager leur expérience. L'Adie organise régulièrement des formations juridiques ou en comptabilité mais aussi des permanences administratives pour aider certaines personnes à remplir leurs déclarations. Par ailleurs, notre association doit avoir un minimum de ressources propres pour être viable à long terme et ne pas dépendre uniquement de subventions publiques ou privées. Dans ce cadre nous nous sommes fixé une marge d'autofinancement de nos budgets comprise entre 5 % et 10 %.

Selon vous, qu'a apporté la création du statut d'auto-entrepreneur ?

Cette mesure va dans le bon sens pour deux raisons. D'une part, elle a permis de simplifier les modalités de créations d'entreprise et, d'autre part, la fiscalité, l'impôt ne s'appliquant désormais qu'aux entreprises qui réalisent un bénéfice. Cependant, le statut d'auto-entrepreneur donne la fausse impression que crée son activité serait devenu facile, se résumant à quelques clics. C'est tout simplement ignorer qu'un projet d'entreprise ne se résume pas à des démarches administratives. Pour installer un simple stand sur un marché par exemple, il faut se renseigner sur le cadre juridique ou encore réfléchir à une approche publicitaire du client.

Propos recueillis par Julien Bonnet

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