S'il fallait ne retenir qu'un élément de la conférence annuelle du marché boursier, organisée le 3 décembre par Euronext, ce serait la volonté du gestionnaire des places boursières de Paris, Bruxelles, Amsterdam et Lisbonne de faire tout son possible pour financer l'économie européenne. De Dominique Cerutti, directeur général et président du directoire d'Euronext, à Marc Lefèvre, directeur des "listings" (cotations) Europe, les responsables de la Bourse paneuropéenne ont insisté sur leur objectif de faire de celle-ci un "centre majeur de financement de l'économie en Europe."
Mais, financer l'économie, n'est-ce pas là le propre de la Bourse ? "Pendant longtemps, les Bourses ont été obsédées par la volonté de capter les flux de transactions, mais nous considérons maintenant que notre mission est de financer les entreprises européennes et d'offrir aux investisseurs de la planète des opportunités de premier plan", avait expliqué Dominique Cerutti dans un entretien à l'AFP, le 23 octobre. En effet, l'ouverture à la concurrence des marchés boursiers, en 2007, avait conduit les acteurs du secteur à tenter de capter un maximum de flux commerciaux, afin de limiter la baisse de leurs parts de marché. Au point, parfois, de perdre de vue leur vocation initiale de financement de l'économie.
Aujourd'hui, la donne s'est stabilisée, et Euronext aussi, qui a retrouvé son indépendance en entrant en Bourse le 20 juin, après sept années de mariage avec la Bourse américaine Nyse. Laquelle avait d'autres priorités que le financement de l'économie européenne. Ce sera au contraire le cheval de bataille du nouvel Euronext au cours des prochaines années, d'autant plus que celles-ci seront marquées par une désintermédiation croissante du financement de l'économie européenne. En effet, jusqu'à présent et à l'inverse du modèle américain, les banques représentaient 80% du financement des entreprises européennes, le solde provenant des marchés.
Mais, dans le sillage de la crise financière de 2008, de nouvelles réglementations imposent désormais aux banques de détenir plus de fonds propres qu'autrefois en face de leurs engagements jugés les plus risqués par les régulateurs. Conséquence, les banques vont se montrer de plus en plus sélectives dans l'octroi de crédits aux entreprises. D'ores et déjà, les sociétés françaises ne se financent plus qu'à concurrence de 60% auprès des banques, contre près de 80% il y a quelques années. Le solde de 40%, elles vont le chercher sur les marchés actions et obligataire.
De fait, pas moins de 43 sociétés se sont cotées sur Euronext cette année, levant ainsi 10,8 milliards d'euros, soit...le cumul des capitaux récoltés de 2008 à 2013. Au total, entre cotations en Bourse, augmentations de capital et émissions d'obligations, les entreprises devraient avoir levé 100 milliards d'euros sur Euronext, en 2014, pronostique Dominique Cerutti. Une somme qui s'élevait à 92 milliards en 2013, 82 milliards en 2012 et 70 milliards environ en 2011 comme en 2010.
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Cette centaine de milliards fait d'Euronext la première place d'Europe Continentale pour les levées de capitaux, la deuxième d'Europe et la cinquième mondiale. Mais la Bourse paneuropéenne veut aller encore plus loin, bien décidée qu'elle est à se "focaliser sur le financement de l'économie réelle, et en particulier des PME". En effet, les marchés demeurent difficiles d'accès pour des sociétés de taille moyenne, peu rompues aux relations avec des investisseurs et pas forcément outillées pour répondre aux exigences de publications de résultats financiers et autres reportings.
Si bien que les banques pèsent encore 95% dans le financement des PME européennes. Une position qui n'est pas tenable, compte tenu des nouvelles contraintes réglementaires pesant sur le secteur bancaire. Aussi, entre autres innovations, Euronext a lancé en 2013 EnterNext, une Bourse dédiée aux PME et aux ETI (entreprises de taille intermédiaire), présente elle aussi sur les marchés de Paris, Bruxelles, Amsterdam et Lisbonne. Au cours du seul premier semestre 2014, 32 PME ont fait leurs premiers pas sur EnterNext, levant 771 millions d'euros.
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"Pour des sommes dépassant les 2 millions d'euros, il devient souvent difficile, pour les PME et les ETI, d'accéder aux financements intermédiés", confirme Frédéric Pont, directeur général délégué en charge des finances chez Awox, une jeune entreprise spécialisée dans les objets connectés, qui a rejoint EnterNext en avril.
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