Crowdfunding, business angels… Les banques se montrant moins prêteuses, nouvelles réglementations obligent, les financements alternatifs se multiplient. Mais, là aussi, la sélection est rude.
Mais ces financements alternatifs sont-ils aussi accessibles qu'il y paraît ? Derrière la philosophie séduisante du "financement par la foule", qui réunit entrepreneurs et citoyens au nez et à la barbe des banques, n'y-a-t-il pas des impératifs financiers qui font que le crowdfunding n'est pas à la portée de toute start-up ?
"Dans le domaine des financements alternatifs, comme dans celui du crédit bancaire, les entrepreneurs doivent se demander à quoi ils s'engagent, et combien cela va leur coûter. Et il leur sera demandé comment ils envisagent la nature de leurs relations avec les financeurs, afin de mesurer, entre autres, leur capacité à fournir des informations transparentes sur leur entreprise",
confirme Martine Lebrat, expert-comptable chez KMPG, qui animait, le 16 octobre, la deuxième matinée des financements alternatifs organisée par le Conseil général des Hauts-de-Seine.
Unilend retient 10% des candidatures d'entreprises
Certes, le système de circuit court propre au crowdfunding permet par exemple aux jeunes entreprises sélectionnées par la plateforme Unilend de se faire prêter 150.000 euros par des particuliers en quinze jours seulement. Et ce, sans avoir à apporter les garanties habituellement exigées par les banques. Mais cela ne veut pas dire qu'on peut entrer chez Unilend comme dans un moulin, loin de là. Depuis sa création, il y a un peu moins d'un an, la plateforme a reçu 600 demandes d'inscriptions de la part de sociétés en quête de crédits compris entre 25.000 et 250.000 euros. Unilend en a retenu une soixantaine seulement.
C'est que, comme une banque, la plateforme doit s'assurer de la capacité des start-up à rembourser les prêts consentis par les particuliers. Pas question, donc, d'accepter des entreprises comptant moins de trois ans d'activité, et ne réalisant ni chiffre d'affaires ni bénéfice d'exploitation. "Nous examinons également l'adéquation du projet avec la taille de l'entreprise, afin que son besoin en fonds de roulement ne s'en trouve pas trop creusé", indique Pierre-Henri Soler, responsable des relations avec les émetteurs d'Unilend. L'idée étant de ne pas faire courir de risques inconsidérés aux épargnants qui prêtent via la plateforme.
Cinq minutes pour convaincre les business angels
C'est également sur la base de critères très précis que le réseau de business angels Investessor décide de financer, ou non, des entreprises innovantes de la région Ile-de-France. Au point que sur le millier de dossiers reçus chaque année par Investessor, une cinquantaine seulement sera présentée aux business angels du réseau. "Ce qui va me séduire, c'est la capacité du porteur de projet à expliquer son business model en cinq points et en cinq minutes", explique Laurent Goychman, délégué général d'Investessor, pour qui l'entrepreneur "doit se mettre dans la peau de l'investisseur." Un exercice délicat. Xavier Porot en sait quelque chose.
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L'an dernier, ce trentenaire avait participé à la première matinée des financements alternatifs, dans les Hauts-de-Seine, afin de tenter de lever les fonds nécessaires au développement d'Ellips Chaussures, l'enseigne de chaussures de créateurs créée trois ans plus tôt avec sa compagne, Priscille Demanche. "J'avais fait un elevator pitch (argumentaire éclair) devant Investessor, mais les business angels m'ont fait repréciser certaines parties de mon business model, qui étaient un peu faibles", explique le jeune homme, lequel travaille sur une nouvelle levée de fonds. Comme quoi, un financement alternatif, ça se mérite.