Fonds souverain norvégien : combien coûte l'éthique ?

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De longue date, le fonds souverain norvégien a choisi de privilégier l'éthique à la rentabilité.
De longue date, le fonds souverain norvégien a choisi de privilégier l'éthique à la rentabilité. (Crédits : REUTERS/Chris Helgren)
En retirant totalement ses investissements dans l'industrie du tabac, le fonds de pension public a renoncé à un juteux profit d'environ 2 milliards de dollars. Un choix éthique que tous les fonds de pensions ne semblent pas être prêts à faire.

L'éthique a un coût. En bannissant totalement le secteur du tabac de ses investissements en 2010, le fonds souverain norvégien -le plus important au monde avec plus de 760 milliards d'euros- avait prévenu qu'il n'avait pas pris en "considération le pourcentage de l'activité que représente cette production". Ce retrait a désormais un coût chiffré : 1,94 milliard de dollars en profits manqués, selon le Financial Times (lien abonnés).

Le journal financier britannique s'est basé pour son calcul sur des données disponibles sur le site du fonds. Entre 2006 et 2015, le désinvestissement -progressif jusqu'en 2010 puis total- de l'industrie du tabac a réduit de 0,68% les retours sur investissement du fonds. Sachant que celui-ci a engrangé des retours accumulés de 288 milliards de dollars entre 2010 et 2015, le calcul est vite fait.

Si le fonds norvégien reste aujourd'hui sur sa position, d'autres envisagent déjà de faire marche arrière, constate le Financial Times. C'est le cas notamment du plus large fonds de pension public américain, Calpers, en charge de 290 milliards de dollars. Il doit ainsi se réunir en ce début de semaine. En désinvestissant dans l'industrie du tabac en 2000, il aurait "perdu" près de 3 milliards de dollars en profits non touchés d'après le FT. Car si le tabac n'a rien d'un investissement éthique, il est très profitable. Sur un an, au 31 mars 2016, l'indice MSCI World Tobacco (qui prend en compte les grandes et moyennes capitalisations dans 23 marchés de pays développés) a ainsi engendré des retours nets de 9,57% contre -0,35% pour l'indice MSCI World. Un écart qui perdure puisque sur dix ans, les retours nets sont de 15,17% pour le MSCI World Tobacco et 4,27% pour le MSCI World.

La rentabilité mais pas à n'importe quel prix

Le fonds souverain norvégien a donc choisi de privilégier l'éthique à la rentabilité. "Notre mission est de garantir et de construire une richesse financière pour les générations futures. [...] Un investissement responsable garantit la valeur de notre investissement", est-il indiqué sur le site internet de la Norges Bank Investment Managament, chargée de la gestion du fonds. Celui-ci rappelle par ailleurs que "les décisions [d'exclusion] sont basées sur les recommandations du Conseil de l'éthique nommé par le ministère des Finances".

"Nous attendons des entreprises qu'elles communiquent l'impact de leurs activités sur leur environnement et les facteurs qui pourraient avoir un effet sur leur rentabilité à long terme", avait ainsi déclaré en février dans un communiqué Ynve Slygstad lors de l'annonce du désengagement dans 73 entreprises.

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Plus récemment, le 14 avril, le fonds de pension public norvégien a annoncé avoir banni 52 entreprises pour lesquels le charbon génère plus de 30% des revenus ou de l'activité. Parmi ses entreprises, on pouvait notamment trouver Peabody Energy, numéro un de la production de charbon aux États-Unis et qui avait déposé son bilan la veille. Le critère d'exclusion reste néanmoins suffisamment restreint pour que les trois principaux producteurs mondiaux de charbon -Anglo American, BHP Billiton et Glencore- ne soient pas concernés, comme le souligne l'AFP.

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Contrairement au tabac, le choix de désinvestir dans le charbon a toutefois du sens financièrement parlant. L'indice S&P/TSX Global Mining -qui prend notamment en compte les sociétés qui produisent et minent du charbon- témoigne de la forte chute du prix des matières premières. Sur un an, sa valeur a chuté de 16,36% et malgré un bond de 23,28% depuis le début 2016, il reste à des niveaux proches de ceux après la crise de 2008.

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