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ClimatEnergie & Environnement

Le charbon, un investissement de plus en plus… risqué

Dominique Pialot

Publié le 25 avril 2015 à 08:07

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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#COP21 - Honni par les écologistes pour son effet néfaste sur le changement climatique, le charbon, de plus en plus contesté, voit ses cours baisser sans discontinuer, les investisseurs se désengageant. Parallèlement, le mouvement Fossil Free visant à pénaliser ceux qui usent d’énergies carbonées prend de l’ampleur.

Ce samedi 25 avril sera un test pour l'avenir du charbon en Allemagne. Depuis l'arrêt du nucléaire et malgré ses importantes capacités installées d'énergies renouvelables, le pays y recourt massivement pour opérer sa transition énergétique. Cette situation menaçant la capacité de l'Allemagne à respecter son engagement d'abaisser de 40 % ses émissions de CO2 entre 1990 et 2020, le gouvernement a élaboré un projet de loi stipulant que toutes les centrales à charbon âgées de plus de 20 ans et émettant plus de sept tonnes de CO2 par gigawatt (soit environ 500 centrales), devraient acquitter une taxe de 18 à 20 euros par tonne supplémentaire émise.

Samedi, deux manifestations opposées auront lieu simultanément, l'une à l'appel d'ONG écologistes, l'autre à l'initiative des syndicats pro-charbon. Ces derniers sont vent debout contre ce projet qui viendrait aggraver la situation financière déjà catastrophique des énergéticiens allemands, confrontés à la concurrence des énergies renouvelables prioritaires sur les réseaux.

Fermetures de centrales à charbon

La crise que traverse le charbon n'est pas propre à l'Allemagne. Selon un rapport publié en mars par le réseau de chercheurs Coalswarm et l'ONG américaine Sierra Club (soutenue par l'ancien maire de New York, le milliardaire Michael Bloomberg), les fermetures de centrales à charbon dans le monde ont été entre 2003 à 2014 de 22 % supérieures aux nouvelles constructions. Et cette évolution ne semble pas près de s'inverser.

En effet, le charbon (qui produit 40 % de l'électricité mondiale) a représenté 44 % des émissions de CO2 en 2012 et les experts scientifiques du changement climatique estiment que 88 % des réserves actuelles (ainsi que 35 % des réserves de pétrole et 52 % de celles de gaz) doivent être laissées sous terre pour permettre à la planète de limiter la hausse de la température moyenne à + 2 °C d'ici à 2050. Cet objectif, qui fait consensus au sein de la communauté internationale, doit faire l'objet de l'accord espéré en fin d'année à Paris lors de la conférence sur le climat COP21.

La France a d'ailleurs annoncé en mars dernier son projet de supprimer les garanties à l'exportation (par la Coface) pour les projets de centrales les plus polluantes. Ces dernières sont également exclues du périmètre de l'Agence française de développement depuis 2014 et de la Banque mondiale, qui restreint le financement de capacités additionnelles à des situations spécifiques où il n'existe aucune alternative.

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Des investissements sur le déclin

Pourtant, de 2005 à 2013, les investissements dans le charbon ont été multipliés par quatre. Depuis quelques mois, au sein d'un mouvement né aux États-Unis et baptisé Fossil Free, des ONG sont entrées en campagne pour pousser les investisseurs institutionnels (universités, églises, fondations, fonds de pension...) à se séparer de leurs actifs liés au charbon.

À ce jour, plus de 200 institutions, représentant l'équivalent de 50 milliards d'euros d'actifs, ont décidé de cesser leurs engagements dans les carburants fossiles. C'est le cas au Royaume-Uni du Conseil œcuménique des Églises et de l'Association médicale britannique, des universités de Stanford et de Glasgow.

Des banques stoppent leur financement de projets miniers

Lors du sommet sur le climat organisé à New York par Ban Ki Moon en septembre 2014, la Rockefeller Brothers Foundation avait fait sensation en annonçant le retrait de ses fonds philanthropiques. En France, où les banques ont accru de plus de 200 % leur mise de fonds dans ce secteur entre 2005 et 2013, l'ONG Les Amis de la Terre vient de marquer un point. Les trois banques concernées (BNP Paribas, Société générale et Crédit agricole) se sont engagées à ne plus financer les projets miniers du bassin de Galilée sur la côte est de l'Australie, qui émettraient à eux seuls presque autant de CO2 par an que l'Allemagne !

En Norvège, le fonds souverain (870 milliards d'euros, soit 1,5 % de la capitalisation mondiale) a entamé sa mue. Alimenté par l'argent du pétrole, il exclut de longue date certains secteurs (industries de l'armement, du tabac, violation des droits de l'homme...) et a commencé à vendre certains actifs liés au charbon, tout en poursuivant ses financements de centrales dans certaines régions... Le gouvernement, qui entend le contraindre à aller plus loin, doit passer par un vote au Parlement en juin, dont l'issue reste incertaine du fait des forces politiques en présence.

Depuis 2013, les investissements mondiaux dans les capacités de production renouvelables d'électricité ont dépassé ceux imputables aux énergies fossiles : 143GW de capacités renouvelables installées pour seulement 141GW de capacités fossiles. Cette inversion de la tendance est notamment le fait de la Chine, qui, après les records de capacités installées l'année dernière (20GW d'éolien, 11GW de solaire et 22GW d'hydroélectricité), vient à nouveau de réviser à la hausse ses objectifs dans l'énergie solaire pour 2015, de 15GW à 17,8GW.

Vers la décarbonation de l'économie chinoise

Dans le même temps, pour la première fois en un siècle, la production chinoise de charbon a diminué, de 2,1 % en 2014. Le premier producteur national, Shenhua, anticipe une baisse de 10 % de ses ventes locales en 2015. Quant aux importations, elles ont chuté de 42 % sur les trois premiers mois de l'année, dans un pays qui engloutit à lui seul 50 % de la consommation mondiale.

Et le ralentissement de la croissance économique ces derniers mois est loin d'être la seule cause de ce retournement, avant tout lié à la décarbonation de l'économie. Ainsi, les émissions chinoises de CO2 par unité de PIB ont diminué de 29 % entre 2005 et 2013, et de près de 5 % encore en 2014 alors que la croissance s'établissait à 7,4 %. Les autorités se sont en effet attaquées aux conséquences dramatiques de la combustion du charbon sur la santé de la population, qui réduiraient de cinq ans et demi l'espérance de vie en Chine du Nord et de plus de trois ans en Inde.

Le sujet commence à inquiéter dans les milieux financiers, qui craignent une évolution plus structurelle que conjoncturelle : Goldman Sachs a publiquement estimé, la semaine dernière, que le charbon était une énergie sur le déclin. Sous l'effet de cette baisse de la demande et de la concurrence des gaz de schiste, les cours n'en finissent pas de baisser. L'indice Dow Jones Total Coal Market a perdu 76 % en cinq ans. Le prix des importations chinoises a chuté de 13,3 % depuis le début de l'année, après une baisse de 16 % pour l'année 2014. En Australie, le prix est passé de 120 dollars la tonne il y a quatre ans, à 60 dollars aujourd'hui, une valeur désormais à un niveau trop bas pour rentabiliser les nouvelles installations.

Actifs inutilisables

Dans ce contexte, le risque de voir certaines centrales se transformer en actifs inutilisables ou « échoués » est de plus en plus souvent évoqué. Une étude de Carbon Tracker estime à 437GW la puissance totale des actifs chinois concernés à l'horizon 2020, soit 40 % de la capacité installée à cette date, dont 127GW sont déjà construits (et 47GW pour la seule année 2014). En termes financiers, les chercheurs évaluent à 100 milliards de dollars les investissements prévus qui pourraient s'avérer « échoués » d'ici à 2035.

Les acteurs financiers eux-mêmes se penchent sur le sujet. La Banque d'Angleterre l'a inscrit à son programme, afin d'évaluer pour son propre compte ces risques liés à la transition énergétique. Les assureurs (dont le modèle économique est directement menacé par les conséquences du changement climatique) pourraient eux aussi commencer à se faire prier pour soutenir de nouveaux projets. Bien sûr, les centrales dites « sous-critiques », les plus âgées et les plus polluantes, dont les émissions de CO2 sont 75 % supérieures à celles des plus performantes, sont les premières concernées. Elles représentent aujourd'hui 75 % du parc mondial.

Une « campagne cynique et trompeuse »

Rappelant que 830 millions de personnes ont eu accès à l'énergie ces vingt dernières années grâce au charbon, ses promoteurs affirment qu'il suffirait de les remplacer par des modèles plus propres pour poursuivre la réduction de la précarité énergétique dans le monde. Dans une tribune publiée il y a quelques jours par le quotidien britannique The Guardian (lui-même engagé aux côtés de l'ONG 350.org dans la campagne « Keep it in the ground », « Laissez-le sous terre »), l'ancien vice-président américain Al Gore et l'investisseur David Blood, cofondateurs d'un fonds destiné à financer les énergies renouvelables, ont qualifié ces propos de « campagne cynique et trompeuse ».

Pour l'heure en effet, les projets de captage de CO2, susceptibles de rendre plus vertueuse cette énergie, piétinent. Et le charbon est confronté à la concurrence des énergies renouvelables, non polluantes et particulièrement adaptées à une production décentralisée et à l'alimentation des villages hors réseaux dans les pays émergents.

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Leur coût a déjà chuté plus rapidement que celui du charbon ces dernières années, et deviendrait plus compétitif encore en cas d'instauration d'un prix du carbone. Bien que ce soit l'un des objectifs affichés par la conférence sur le climat, il n'est pas dit qu'un prix unique y soit décidé, mais il est à peu près acquis que les initiatives régionales visant à taxer les activités les plus carbonées continueront de se multiplier un peu partout dans le monde.

Dominique Pialot

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