Tétanisés par les hausses de taux, les marchés actions basculent dans un cycle baissier

Pris en étau entre l’inflation et les craintes d’une récession, les Bourses mondiales ont à nouveau dévissé ce lundi, après une séance calamiteuse vendredi dernier. Le principal indice américain, S&P 500, accuse désormais une baisse de 20 % depuis le début de l’année, soit l’amplitude généralement admise pour évoquer un cycle baissier sur les marchés. À Paris, le CAC 40 limite sa baisse à 15 % depuis janvier, mais glisse rapidement vers le seuil des 6.000 points. Les marchés anticipent une accélération dans le resserrement des politiques monétaires, notamment aux Etats-Unis.

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Les principaux grands indices boursiers américains et européens reculent de 15 à 20 % depuis le début de l'année.
Les principaux grands indices boursiers américains et européens reculent de 15 à 20 % depuis le début de l'année. (Crédits : Reuters)

Le « bear market » est de retour. C'est du moins ce que redoutent les investisseurs, certains même depuis la chute du Nasdaq (indice américain des valeurs technologiques) début janvier. Les principaux indices boursiers des grandes capitalisations sont à nouveau franchement orientés à la baisse ce lundi, après un « vendredi soir » sur les marchés, plombés par un (très) mauvais chiffre d'inflation aux Etats-Unis. Ce dernier a bondi en effet à 8,6% en mai, en glissement annuel, soit un record en 40 ans !

Les marchés européens sont proches de la débâcle aux Etats-Unis. Le principal indice américain, le S&P 500, perd en milieu de séance plus de 3%, ce qui porte sa baisse depuis le début de l'année à 20%... Et 20% de baisse renvoie à la définition traditionnelle d'un marché baissier (ou entré dans un cycle baissier). À l'inverse, un marché baissier est déclaré terminé lorsque l'indice de référence remonte de 20% par rapport à son point bas. Rien de scientifique dans ces pourcentages, mais ils peuvent influer sur les anticipations.

En moyenne, sur la base des 17 marchés baissiers constatés depuis 1945 aux Etats-Unis, un marché baissier dure environ un an avant de se redresser. La chute la plus longue et brutale a été celle qui a suivi la crise financière de 2007-2008 et la plus courte est survenue au début de la pandémie en mars 2020.

Et l'Europe n'est pas loin de suivre le chemin américain. L'indice Stoxx des 600 premières capitalisations européennes est en chute de 2,40% ce lundi, ce qui porte sa baisse depuis janvier à 15 %. L'indice phare parisien CAC 40 glisse de son côté vers les 6.000 points, soit un recul de plus de 16% depuis le début de l'année.

Tour de vis monétaire

Les investisseurs anticipent un sérieux tour de vis de la banque centrale américaine (Fed) qui doit réunir, mercredi et jeudi, son comité de politique monétaire (FOMC), au risque de provoquer une récession. Le scénario d'une prochaine hausse de 75 points de base des taux directeurs, au lieu des 50 points de base initialement prévus, commence à s'imposer sur le marché. Un « pas » de plus dans la hausse des taux inégalée depuis 1994. Désormais, les marchés intègrent une hausse de 175 points de base des taux d'ici la fin septembre, sans compter les deux hausses de 50 points de base déjà réalisées.

La Banque centrale européenne préfère de son côté la politique des « petits pas » - 25 points de base prévus en juillet et 50 points de base anticipés en septembre - mais les anticipations misent sur une troisième hausse de 50 points de base en octobre.

Cette brusque accélération du resserrement monétaire aux Etats-Unis (et dans une moindre mesure en zone euro) n'est donc pas sans conséquence sur les marchés. « Le rythme de montée des taux compte bien plus que les hausses elles-mêmes : deux hausses de 25 points de base se digèrent mieux qu'une hausse de 50 points de base », explique un gérant obligataire. Ce durcissement surprend d'autant plus que la Fed avait laissé transparaître, le 25 mai dernier, lors de la publication du compte-rendu de la précédente réunion du FOMC, un discours plus rassurant, suggérant même un ralentissement dans le cycle de hausse des taux en cas de récession. Et de nombreux investisseurs avaient alors misé sur un tassement de l'inflation (par effet de base favorable) et un ralentissement sur la hausse des taux, voire même sur un pic, avant d'être ramenés à la réalité têtue des chiffres.

Inversion de la courbe

Récession : le mot est lâché ! Cette crainte, encore diffuse en zone euro, mais bien réelle aux Etats-Unis, contribue également au flux vendeur sur les marchés, tenaillés entre des anticipations de forte hausse des taux à court terme et des anticipations de récession à long terme. C'est ce que reflète le retour (brièvement, il est en vrai, en séance) de la fameuse « inversion de la courbe des taux » (taux à deux ans plus élevés que les taux à dix ans), censée prédire une récession dans les 18 à 24 mois (ce qui s'avéra faux en 2019). Aux Etats-Unis, l'écart n'est plus que d'une trentaine de points de base, entre le Bon du Trésor à deux ans (2,9%) et le dix ans (3,27%). C'est moins le cas en Europe où l'obligation souveraine de référence, le Bund Allemand à dix ans, s'installe au-dessus des 1,60%, alors que l'OAT française dépasse les 2,20%.

Peu de secteurs échappent à la correction en cours. Même les banques, qui profitent pourtant mécaniquement de la hausse des taux, dévissent sur des anticipations de dégradation de la conjoncture économique génératrice de faillites et de provisions dans les bilans bancaires. Pourtant, la BCE estime que la zone euro devrait échapper à une récession cette année. Chacun attend donc une accalmie sur le terrain de l'inflation.

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Commentaire 1
à écrit le 15/06/2022 à 19:25
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En France on était déjà en récession au premier trimestre 2022 (-1%, oui moins 1% de croissance, de la croissance négative, quoi!), mais les médias des sponsors de Macron taisaient la nouvelle pour donner le temps à leur canasson engagé dans la prési...

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