Les profits avant les clients : un rapport d'enquête accable les banques australiennes

 |   |  807  mots
Les quatre grandes banques australiennes, Commonwealth Bank of Australia, Westpac Banking, Australia and New Zealand Banking Group, National Australia Bank, vont être interrogées sur les manquements dénoncés dans ce rapport par une commission parlementaire au mois d'octobre.
Les quatre grandes banques australiennes, Commonwealth Bank of Australia, Westpac Banking, Australia and New Zealand Banking Group, National Australia Bank, vont être interrogées sur les manquements dénoncés dans ce rapport par une commission parlementaire au mois d'octobre. (Crédits : Reuters)
Après une série de révélations sur les pratiques abusives des plus grands établissements australiens, une commission ad hoc vient de publier son rapport d'enquête, édifiant, qui met aussi en cause le régulateur. Les banques seront interrogées par les parlementaires prochainement sur leurs écarts de conduite, allant jusqu'à facturer des commissions de conseil à des morts.

Corruption, fraude, frais excessifs, tromperie... Les banques australiennes ont, elles aussi, beaucoup de choses à se reprocher. La Commission royale d'enquête sur les services financiers a rendu public ce vendredi 28 septembre un rapport intermédiaire en trois volumes dans lequel elle accable le secteur financier australien qu'elle qualifie de « cupide », peu regardant sur les manquements, au point de flirter bien souvent avec l'illégalité.

« Pourquoi est-ce arrivé ? La réponse semble être la cupidité - la recherche des bénéfices à court terme au détriment des règles d'honnêteté les plus élémentaires. Comment expliquer autrement de continuer à facturer des commissions de conseil à des défunts ? », interroge la Commission, qui a entendu plus d'une centaine de témoins et a examiné près de 10.000 rapports, pendant plusieurs mois.

Prélèvements de frais à des clients morts

Dans ce volumineux rapport de près de 1.000 pages, cette commission ad hoc, mise en place en décembre dernier par le gouvernement australien, fait état de cas alarmants de pratiques abusives des banques australiennes, tels que ces prélèvements de frais à des clients morts depuis dix ans ou encore des employés acceptant des enveloppes en liquide pour octroyer des prêts douteux. La commission vise particulièrement les quatre grandes banques australiennes : Commonwealth Bank of Australia, Westpac Banking, Australia and New Zealand Banking Group, National Australia Bank, qui font partie des institutions financières réalisant les bénéfices les plus importants au monde.

Ayant longtemps eu la réputation d'être parmi les plus sûres au monde aux yeux des investisseurs, les banques australiennes ont vu leur image écornée d'année en année.

« La publication de ce rapport marque un jour de honte pour les banques australiennes », a déclaré Anna Bligh, la directrice générale de l'Australian Banking Association, dans un communiqué« Il n'y a aucune excuse pour les comportements révélés par la Commission royale. Nous allons régler ces problèmes sans délai afin de retrouver la confiance du peuple australien. »

Une cascade de scandales

Les quatre grandes banques visées ont fait l'objet d'un examen minutieux lors d'auditions organisées cette année et seront interrogées sur ce rapport par une commission parlementaire dans le courant du mois d'octobre.

Les écarts de conduite ont été nombreux chez celles qu'on appelle les « Big Four ». à l'image de l'affaire des enveloppes de liquide à la National Australia Bank. En juin dernier, Reuters avait également fait savoir que la plus grande banque d'Australie, Commonwealth avait accepté de payer 700 millions de dollars australiens (environ 430 millions d'euros) pour mettre fin à des poursuites pour infractions aux législations sur le blanchiment et le financement du terrorisme, alors qu'en mai, elle reconnaissait avoir eu un comportement « inadmissible » dans une affaire de manipulations de taux interbancaires en 2012.

Lire aussi : Australie : quatre grandes banques visées par une enquête nationale

Dans un communiqué, la Commonwealth Bank of Australia a assuré qu'elle fournirait des réponses concernant les accusations contenues dans le rapport.

« La Commission a mis en lumière la nécessité de changements significatifs concernant le système, les processus et la culture. Je m'engage à assurer que nous ayons appris des erreurs détaillées dans le rapport, pour que nous puissions réparer ce qui ne fonctionnait pas et remettre les choses dans l'ordre pour nos clients », a déclaré dans un communiqué Matt Comyn, le Pdg de la première banque d'Australie.

Un régulateur trop coulant ?

Aucune recommandation n'a été formulée par les enquêteurs pour corriger le tir, mais le rapport final de la Commission d'enquête royale, qui accuse les régulateurs d'avoir fermé les yeux face aux manquements des banques, pourrait mener à des réformes réglementaires majeures pour les banques et les assureurs.

« La plupart du temps, il ne s'est pas produit grand chose, à part des excuses [...] Lorsque des fautes ont été révélées, celles-ci sont restées impunies ou alors, les conséquences n'ont pas été à la hauteur de la gravité des faits », affirme la commission.

Le ministre du Trésor Josh Frydenberg a déclaré  que ce rapport montre que « les banques et autres institutions financières ont placé les profits avant les gens. » Il a estimé que « le régulateur a trop souvent cherché une issue négociée plutôt que passer à l'étape d'après, poursuivre en justice.»

Le gendarme financier, la Commission australienne des valeurs mobilières et des investissements (ASIC), a assuré qu'il s'efforcerait de mettre en place un système de sanction plus sévère.

La Commission d'enquête royale doit rendre son rapport définitif en février prochain. A la Bourse de Sydney, les valeurs bancaires ont plutôt bien réagi, l'absence d'annonce de mesures ayant rassuré les investisseurs.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 30/09/2018 à 14:09 :
Le profit avant le client, c'est justement ça le capitalisme. Les régulations sautent les unes après les autres. La volonté du profit à tout prix est manifeste et va en s'accentuant.
a écrit le 29/09/2018 à 18:21 :
"Où va l’argent ?" https://www.monde-diplomatique.fr/cartes/crise-finance
a écrit le 28/09/2018 à 19:07 :
Haha cte blague...

C'est toutes les banques sans aucune exception...

Merci le journaliste

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :