Un énorme scandale de blanchiment fait vaciller la première banque danoise

Danske bank Copenhague Danemark
Danske Bank

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Danske Bank
L'affaire n'a cessé d'enfler depuis qu'elle a éclaté au grand jour cet été et que le parquet danois a ouvert en août une enquête criminelle visant Danske Bank, accusée de blanchiment d'argent à travers sa filiale estonienne, pour des montants astronomiques. La position du directeur général de la première banque danoise, qui emploie plus de 20.000 personnes, était devenue intenable, alors que les autorités américaines s'intéressent également au dossier.
La banque a publié ce mercredi 19 septembre un rapport d'enquête sur l'affaire, réalisé par un cabinet d'avocats, qui conclut que le patron, le président et le conseil d'administration n'ont « pas enfreint leurs obligations légales envers Danske Bank ». Le directeur général reste en poste le temps de trouver un remplaçant.
Surtout, la banque danoise reconnaît qu'elle n'est « pas en mesure de fournir une estimation précise du montant des transactions suspectes », qui concerne le portefeuille de plusieurs milliers de clients non-résidents, notamment de Russie, d'Azerbaïdjan et d'Ukraine, des comptes fermés en 2015-2016. L'enquête a pourtant couvert 15.000 clients et 9,5 millions de paiements, plus de 12.000 documents et plus de 8 millions d'emails !
Les montants donnent le vertige, au regard du PIB de l'Estonie, qui s'est élevé à 23 milliards d'euros l'an dernier. L'affaire a suscité l'indignation au Danemark, pays modèle en matière de transparence, au niveau de corruption parmi les plus faibles dans le monde. Dès 2017, le quotidien danois Berlingske avait affirmé que Danske Bank avait blanchi de l'ordre de 3,9 milliards de dollars via sa filiale estonienne, issue de l'acquisition de la finlandaise Sampo Bank en 2007.
Parmi les cas suspects, le rapport évoque notamment des clients impliqués dans la « laverie russe » (« Russian Laundromat ») du nom d'un système de blanchiment utilisé par des personnalités russes pour mettre à l'abri des sommes considérables en Europe. Cette pratique a été mise à jour par plusieurs médias dans l'affaire de détournement et fraude fiscale de Hermitage Captal et dans la « laverie azerbaïdjanaise ».
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L'investigation du cabinet d'avocats relève que Danske Bank n'a pas pris les mesures nécessaires en 2007 cela malgré les avertissements reçus (la publication d'un rapport d'inspection critique signé par la FSA, le régulateur estonien) et des informations de la banque centrale russe transmises par les autorités danoises et faisant état d'évasion fiscale, « d'activités criminelles pures, y compris de blanchiment d'argent » estimées à « des milliards de roubles par mois ».
Et lorsqu'un lanceur d'alerte a signalé des dysfonctionnements dans la filiale estonienne en 2013-2014, ces allégations n'ont pas fait l'objet d'une enquête fouillée. Elles n'ont pas été présentées au conseil d'administration ni transmises aux autorités pointe le rapport d'enquête. Pour des questions de coût, la filiale estonienne avait conservé sa propre informatique et n'appliquait donc pas les mêmes procédures anti-blanchiment que le siège.Les ennuis ne s'arrêteront pas à la démission de son patron. La banque, dont la capitalisation boursière a fondu d'un tiers en six mois, à 20,9 milliards d'euros, s'expose à d'importantes amendes.
Même si Danske Bank ne dispose pas de licence bancaire aux Etats-Unis, une enquête a été ouverte par le département de la Justice américain, le Trésor, et la SEC, considérée comme le gendarme boursier des Etats-Unis. Cette dernière avait reçu une plainte d'un lanceur d'alerte. Si les autorités décidaient d'interdire aux banques américaines de traiter avec Danske Bank, elle serait de fait exclue du système financier international. Les analystes peinent à évaluer les sanctions possibles : ceux de Jefferies relèvent que la chute du cours montre que le marché intègre un montant de l'ordre de 36 milliards de couronnes, soit 4,8 milliards d'euros.
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L'institution danoise a d'ailleurs revu en baisse sa prévision de bénéfice annuel, désormais de 16 à 17 milliards de couronnes danoises (2,14 à 2,28 milliards d'euros), contre 18 à 20 milliards auparavant, en partie en raison de sa décision de donner une somme de 1,5 milliard de couronnes (200 millions d'euros) à une fondation indépendant qui sera créée pour lutter contre la criminalité financière internationale et notamment le blanchiment au Danemark et en Estonie. Le montant correspond aux revenus tirés des transactions potentiellement suspectes.