Un énorme scandale de blanchiment fait vaciller la première banque danoise

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Les opérations suspectes portent sur environ 200 milliards d'euros, selon le rapport d'enquête réalisé par un cabinet d'avocats mandaté par la Danske Bank. Elles concernent notamment d'ex-clients russes de sa filiale estonienne.
Les opérations suspectes portent sur environ 200 milliards d'euros, selon le rapport d'enquête réalisé par un cabinet d'avocats mandaté par la Danske Bank. Elles concernent notamment d'ex-clients russes de sa filiale estonienne. (Crédits : Danske Bank)
Danske Bank est incapable d'estimer précisément les transactions suspectes ayant transité par sa filiale estonienne, qui pourraient avoisiner les 200 milliards d'euros, pour le compte de clients russes notamment. Le directeur général, Thomas Borgen, a démissionné sans être directement impliqué dans cette affaire.

L'affaire n'a cessé d'enfler depuis qu'elle a éclaté au grand jour cet été et que le parquet danois a ouvert en août une enquête criminelle visant Danske Bank, accusée de blanchiment d'argent à travers sa filiale estonienne, pour des montants astronomiques. La position du directeur général de la première banque danoise, qui emploie plus de 20.000 personnes, était devenue intenable, alors que les autorités américaines s'intéressent également au dossier.

« Il est évident que Danske Bank ne s'est pas montrée à la hauteur de ses responsabilités dans le cas d'un éventuel blanchiment d'argent en Estonie. Je le regrette profondément », a déclaré Thomas Borgen dans un communiqué annonçant sa démission.

Lire aussi : Blanchiment : Credit Suisse épinglé dans une affaire liée à la Fifa

La banque a publié ce mercredi 19 septembre un rapport d'enquête sur l'affaire, réalisé par un cabinet d'avocats, qui conclut que le patron, le président et le conseil d'administration n'ont « pas enfreint leurs obligations légales envers Danske Bank ». Le directeur général reste en poste le temps de trouver un remplaçant.

Environ 200 milliards d'euros d'opérations suspectes

Surtout, la banque danoise reconnaît qu'elle n'est « pas en mesure de fournir une estimation précise du montant des transactions suspectes », qui concerne le portefeuille de plusieurs milliers de clients non-résidents, notamment de Russie, d'Azerbaïdjan et d'Ukraine, des comptes fermés en 2015-2016. L'enquête a pourtant couvert 15.000 clients et 9,5 millions de paiements, plus de 12.000 documents et plus de 8 millions d'emails !

« Au cours des neuf années, allant de 2007 à 2015, les flux convertis en euros des 10.000 clients non-résidents et des 15.000 clients faisant l'objet de l'enquête étaient d'environ 200 milliards d'euros », indique le rapport. « Il est attendu qu'une grande partie de ces paiements étaient suspects. »

Les montants donnent le vertige, au regard du PIB de l'Estonie, qui s'est élevé à 23 milliards d'euros l'an dernier. L'affaire a suscité l'indignation au Danemark, pays modèle en matière de transparence, au niveau de corruption parmi les plus faibles dans le monde. Dès 2017, le quotidien danois Berlingske avait affirmé que Danske Bank avait blanchi de l'ordre de 3,9 milliards de dollars via sa filiale estonienne, issue de l'acquisition de la finlandaise Sampo Bank en 2007.

La « laverie russe » et azerbaïdjanaise

Parmi les cas suspects, le rapport évoque notamment des clients impliqués dans la « laverie russe » (« Russian Laundromat ») du nom d'un système de blanchiment utilisé par des personnalités russes pour mettre à l'abri des sommes considérables en Europe. Cette pratique a été mise à jour par plusieurs médias dans l'affaire de détournement et fraude fiscale de Hermitage Captal et dans la « laverie azerbaïdjanaise ».

L'investigation du cabinet d'avocats relève que Danske Bank n'a pas pris les mesures nécessaires en 2007 cela malgré les avertissements reçus (la publication d'un rapport d'inspection critique signé par la FSA, le régulateur estonien) et des informations de la banque centrale russe transmises par les autorités danoises et faisant état d'évasion fiscale, « d'activités criminelles pures, y compris de blanchiment d'argent » estimées à « des milliards de roubles par mois ».

Danske Bank s'expose à de fortes amendes

Et lorsqu'un lanceur d'alerte a signalé des dysfonctionnements dans la filiale estonienne en 2013-2014, ces allégations n'ont pas fait l'objet d'une enquête fouillée. Elles n'ont pas été présentées au conseil d'administration ni transmises aux autorités pointe le rapport d'enquête. Pour des questions de coût, la filiale estonienne avait conservé sa propre informatique et n'appliquait donc pas les mêmes procédures anti-blanchiment que le siège.Les ennuis ne s'arrêteront pas à la démission de son patron. La banque, dont la capitalisation boursière a fondu d'un tiers en six mois, à 20,9 milliards d'euros, s'expose à d'importantes amendes.

Lire aussi : Corruption bancaire au Vietnam : 46 banquiers condamnés

Même si Danske Bank ne dispose pas de licence bancaire aux Etats-Unis, une enquête a été ouverte par le département de la Justice américain, le Trésor, et la SEC, considérée comme le gendarme boursier des Etats-Unis. Cette dernière avait reçu une plainte d'un lanceur d'alerte. Si les autorités décidaient d'interdire aux banques américaines de traiter avec Danske Bank, elle serait de fait exclue du système financier international. Les analystes peinent à évaluer les sanctions possibles : ceux de Jefferies relèvent que la chute du cours montre que le marché intègre un montant de l'ordre de 36 milliards de couronnes, soit 4,8 milliards d'euros.

L'institution danoise a d'ailleurs revu en baisse sa prévision de bénéfice annuel, désormais de 16 à 17 milliards de couronnes danoises (2,14 à 2,28 milliards d'euros), contre 18 à 20 milliards auparavant, en partie en raison de sa décision de donner une somme de 1,5 milliard de couronnes (200 millions d'euros) à une fondation indépendant qui sera créée pour lutter contre la criminalité financière internationale et notamment le blanchiment au Danemark et en Estonie. Le montant correspond aux revenus tirés des transactions potentiellement suspectes.

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a écrit le 21/09/2018 à 19:37 :
Ah les joies de la libre circulation des capitaux en Europe!
a écrit le 21/09/2018 à 14:16 :
Les Russes ont beaucoup de boulot à faire pour récupérer les centaines de milliards enfuis de chez eux via les oligarques qui se sont emparé des richesses du pays à très bas prix. Cette énorme évasion fiscale est un reliquat de l'ère Eltsine. Ses dirigeants ont vraiment intérêt à récupérer tout ce qu'ont piqué ces oligarques (Abramovitch, qui a racheté Chelsea, en doit sûrement un paquet au ficc Russe ... mais il n'est pas le seul).
La réforme des retraites, très impopulaires en Russie, et des infos comme celle-ci sur l'évasion fiscale, peuvent faire exploser la chaudière ... Poutine a joué sa carte principale en assurant qu'il relancerait la Russie et reprendrait les richesses du pays à ces escrocs. C'est aussi pour le couler, lui, que les USA imposent des sanctions. Aux Européens aussi mais ils n'existent plus ceux-là ... d'ailleurs ils obéissent à Tonton Sam pour exercer eux aussi des sanctions contre la Russie.
S'il revenait De Gaulle en mourrait de crise cardiaque de voir que tout ce qui a été fait à la Libération pour relever le pays (des nationalisations en passant par la stratégie industrielle, la sécu, les armes atomiques) a été complètement sabordé en 30 ans, par des énarques au service d'une idéologie étrangère à la France.
a écrit le 20/09/2018 à 17:24 :
En parlant de scandale en perspective :

Leur généralisation à partir de 2019 fait trembler les automobilistes. Mais les voitures-radars qui verbaliseront bientôt partout dans l’Hexagone ne se sont pas attiré les foudres que des amateurs de vitesse. Le parquet national financier (PNF) a en effet ouvert une enquête après une plainte d'Anticor qui dénonce des soupçons de « favoritisme » dans le marché juteux de ces radars embarqués confié par l'État à des sociétés privées. Selon l’association anticorruption, sa plainte concerne « deux marchés publics faramineux » passés entre l'Etat et la société Fareco, filiale du groupe de BTP Fayat, « en violation totale de la législation en matière de marchés publics ». Déposée contre X, elle vise indirectement le ministère de l'Intérieur et l'entreprise, comme bénéficiaire. Anticor épingle particulièrement un contrat de près de 53,8 millions d'euros passé le 1er février 2017 entre la place Beauvau et la société.
Or pour l'association, le contrat a été remporté en dehors de tout appel d'offres, au motif que la société était la seule en mesure de produire un certificat d'homologation du matériel. Cet argument technique rendait, selon le ministère, impossible toute concurrence, mais il est contesté par l'association pour qui « la mise en concurrence était non seulement possible, mais obligatoire », selon son communiqué de ce mercredi.
Réponse de le 21/09/2018 à 10:52 :
Euh, le rapport avec le sujet ?
a écrit le 20/09/2018 à 11:04 :
Merci à la Danske Bank d'avoir secouru la Russie et permis quelques échanges commerciaux en dépit de l'embargo commercial imposé par les gouvernements occidentaux.
a écrit le 20/09/2018 à 4:53 :
En consequence il va falloir revoir le classement international de la corruption mondiale.
Par la grace de ce blanchiment massif, le royaume du Danemark prend la premiere place, juste devant la Pakistan.
a écrit le 19/09/2018 à 21:52 :
Le montant des sommes en jeu a t'il annihilé votre respect de l'orthographe, des accords et de la syntaxe ?
Allez ! Dans notre monde, quand il y a de l'argent à mettre dans sa poche, les yeux sont toujours moins ouverts.
a écrit le 19/09/2018 à 21:38 :
Fichtre, les danois luthériens ne vaudraient donc pas mieux que les gaulois réfractaires ?
a écrit le 19/09/2018 à 18:47 :
C'était la même histoire en Suisse avec HSBC, des milliards blanchis...
HSBC a écopé d'une amende de .... 40 millions € ^^
Aucun directeur inquiété.
a écrit le 19/09/2018 à 17:42 :
La banque va faire profil bas, elle va perdre 4,8 milliards d'euros mais comme à côté elle va faire 2 milliards par an de bénéfices (tu parles d'un cataclysme financier), ça va le faire !
Disons que les 4.8 milliards sont une petite compensation versée à la justice , j'appellerais même ça un investissement.
a écrit le 19/09/2018 à 17:03 :
En UE les multinationales fraudeuses ne risquent strictement rien, comme on peut le constater avec le cas éloquent de VW, par contre il est évident qu'une telle somme devrait rapidement interpeler les autorités américains qui devraient facilement pouvoir trouver un lien afin de punir les criminels, parce que le blanchiment d'argent est une pratique criminelle hein car couvrant les pires qu'il soit, je préfère le rappeler à nos benêts néolibéraux.
a écrit le 19/09/2018 à 16:15 :
sur un sujet un peu différent (quoique) : le Wall Street Journal fait aujourd'hui un article sur le fait que les sociétés qui ne font pas de bénéfices ont de meilleures performances boursières que les autres valeurs de croissance. on n'est pas dans un "drôle" de monde ? :-)
a écrit le 19/09/2018 à 16:11 :
200 milliards de blanchiment au Danemark, la fraude fiscale est estimée à 100 milliards en France, les paradis fiscaux , la suppression de l'ISF pour les grandes fortunes etc... Pendant ce temps là, on taxe les retraités en désindexant les retraites (ce qui rapporterait 3 milliards à la sécu). On augmente les taxes et impôts des contribuables, les salaires sont pressurés avec cette mondialisation agressive qui en plus détruit des emplois et paupérise la classe moyenne. Pas sympa le monde actuel.
Réponse de le 19/09/2018 à 17:42 :
En parlant de retraite ;

Le gouvernement va bel et bien introduire dans son projet de budget 2019 un dispositif destiné à compenser la hausse de la CSG pour 100.000 retraités modestes, ont indiqué mardi des sources concordantes, confirmant une information du Figaro.
Exonération complète de la hausse de la CSG. Cette mesure, intégrée au projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS), permettra à ces retraités d'être "complètement exonérés" l'an prochain de la hausse de 1,7 point de la CSG, entrée en vigueur au 1er janvier 2018, a expliqué l'une de ces sources. Elle s'appliquera aux personnes dont le revenu fiscal de référence se situe "juste au-dessus" du seuil retenu pour cette augmentation, à savoir 14.404 euros pour une personne seule et 22.051 euros pour un couple, a-t-elle précisé.
Selon Le Figaro, seuls les retraités qui franchissent tout juste le seuil fiscal de référence deux ans de suite seront soumis à la hausse. Ceux qui le dépassent "durant une seule année" seront "exemptés", a confirmé une source proche du dossier.
a écrit le 19/09/2018 à 14:55 :
hier soir, j'ai regardé le doc d'Arte sur HSBC. :-)
quel bazar.
Réponse de le 19/09/2018 à 16:08 :
La banque plus forte que les Etats et dont ils ne peuvent se passer...
Too too too big to fail. Ça semble également être une bonne machine à laver, si j'ai bien suivi.

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