« Orientée clients », la mue de la Caisse des Dépôts passera par La Banque Postale

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Éric Lombard a trouvé à son arrivée que la Caisse des Dépôts est une maison agile, entrepreneuriale.
Éric Lombard a trouvé à son arrivée que la Caisse des Dépôts est "une maison agile, entrepreneuriale." (Crédits : DC)
La « banque des territoires » que crée le nouveau directeur général, Éric Lombard, n’est pas à proprement parler une banque et marche sur les plates-bandes de la filiale de la Poste, dont la Caisse se voit bien devenir le premier actionnaire. Le big-bang est en discussions à Bercy.

Le langage corporate a débarqué à tous les étages de la bicentenaire Caisse des Dépôts depuis l'arrivée du nouveau directeur général, Éric Lombard. Cet ancien dirigeant de Generali France a dévoilé, ce jeudi, son projet stratégique qu'il présente comme « un projet de transformation accélérée d'une Caisse des Dépôts focalisée sur ses cœurs de métier, résolument orientée clients et fortement déconcentrée dans son fonctionnement. » Il confie en aparté avoir discuté de ce vocabulaire avec les équipes de cette maison qu'il a trouvé à sa surprise « agile, entrepreneuriale », pas du tout choquées : « [Ellesparlent comme cela », assure-t-il. Et d'ajouter que les préfets, eux, ont été un peu interloqués de l'entendre dire qu'ils étaient ses « clients. »

Le grand projet « transformant, très managérial », de ce plan est en effet la création de la "Banque des territoires", dont l'objectif est « d'apporter à chaque client une réponse adaptée. » Piloté par son numéro deux Olivier Sichel, ce projet consiste à fédérer « dans une logique de guichet unique » tous les services, conseil, financement, investissement. Cependant, Olivier Sichel reconnaît que ce n'est « pas une vraie banque », même si la Caisse dispose d'outils financiers (prêts sur fonds d'épargne et investissements en direct). C'est en réalité « une marque, qui sera lancée le 30 mai avec son logo, ses valeurs, son ton et ses messages » a-t-il indiqué.

« C'est de la com', j'assume !» a reconnu sans ambages en marge de la présentation Éric Lombard. « Nous devons davantage faire connaître ce que nous faisons dans les territoires, auprès des élus. »

Olivier Sichel a cité l'exemple de la rénovation des logements des bassins miniers dans le Nord, « un territoire qui souffre beaucoup, il faut aussi prévoir les investissements de mobilité », pour les raccorder à l'agglomération :

« La promesse de la Banque des territoires doit être globale », a-t-il expliqué.

Ses champs privilégiés seront les projets d'infrastructures, d'énergies renouvelables, de mobilité, d'immobilier.

Une banque sans banque ?

Problème, outre le fait que la Caisse n'est pas une banque : il existe déjà « la Banque du développement des territoires. » C'est ainsi que se présente La Banque Postale, dont la Caisse des Dépôts est indirectement actionnaire (via une participation de 26,2% dans le groupe La Poste aux côtés de l'État). Elle est en effet le premier prêteur des collectivités territoriales et des hôpitaux, avec une part de marché de 25%.

« Dans le financement des collectivités, le premier acteur est La Banque Postale », a reconnu Éric Lombard. « Nous allons couvrir uniquement le segment hors marché, à long terme ou très long terme, quand les banques commerciales prêtent à 20 ou 22 ans. »

Depuis quelques mois, des rumeurs bruissent sur un grand big-bang par lequel la CNP, dont la Caisse est actionnaire à hauteur de 41%, serait apportée à La Poste pour créer un groupe de bancassurance, en passant par une prise de contrôle de La Poste par la Caisse des dépôts. Ce qui pourrait conduire à terme à rapatrier le métier de prêteur aux collectivités plus directement dans le giron de la CDC.

« Nous travaillons dans le calme et sans urgence », a d'abord éludé Éric Lombard. « Le pacte qui unit les actionnaires que sont la Caisse des dépôts, La Banque postale, BPCE et l'État court jusqu'à fin 2019. Ce sera décidé avant. Les discussions sont pilotées par le ministère de l'Économie et des Finances qui est le principal actionnaire de La Poste. Le statu quo est aussi une option », a-t-il assuré.

Cependant, il a confié dans un entretien au Monde que « ce serait une chance pour la Caisse des Dépôts de devenir le premier actionnaire de La Poste, si cette option est retenue. Les coopérations sont plus faciles, lorsqu'on est un grand actionnaire. »

Par ailleurs, la participation de 39% détenue dans Icade pourrait bien s'inscrire dans ce projet plus global de banque de l'aménagement des territoires, alors que la Caisse est pressée d'intervenir sur de nombreux fronts comme le Grand Paris et le Grand Paris Express. Bombardé de SMS d'opérateurs et de banquiers intéressés par une éventuelle cession au moment de sa nomination, Éric Lombard a martelé que :

« Icade est un actif stratégique et n'est pas à vendre. C'est un acteur de la santé, c'est une foncière du Grand Paris, qui contribue à l'intérêt général. »

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Commentaires
a écrit le 15/04/2018 à 15:34 :
"La mue de la Caisse des Dépôts" je dirai qu'elle usine à gaz cette Caisse des Dépôts". Là aussi on ne sait pas tout ce qui a pu être fait financièrement depuis des lustres et des lustres.
a écrit le 13/04/2018 à 15:53 :
Dans la logique (à gerber) de l'ultralibéralisme, avec du management anglo saxon partout.
Bientôt le contribuable sera client de l'Etat.

Il fait rêver votre monde européen à la solde des américains.

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