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ClimatLa Tribune de la COP21

Anne Hidalgo : « Les villes ont des solutions concrètes pour sauver le climat »

Photo de Antoine Patinet

Max Armanet

Publié le 26 novembre 2015 à 15:03 - Mis à jour le 26 novembre 2015 à 15:19

Le Quotidien Numérique

02 juillet 2026

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Anne Hidalgo, maire de Paris, reçoit le 4 décembre prochain 1000 maires du monde entier à l'occasion de la COP21. Car quelle que soit l’issue des négociations entre États à la fin de la COP21, si l’on veut être efficace dans ce combat contre le réchauffement climatique et pour la préservation de l’environnement, la mobilisation d’un réseau mondial de villes solidaires apparaît comme une réponse pragmatique. Entretien.

LA TRIBUNE - Les attentats sanglants du vendredi 13  novembre ont montré 
la fragilité des grandes métropoles face au terrorisme de l'État islamique. Quel rôle peut jouer la ville intelligente face à ces menaces ?

ANNE HIDALGO
- La ville intelligente ne se résume pas à la question numérique, tant s'en faut, et il y aurait long à dire sur le sujet. Mais, à chaud, on peut déjà voir qu'on a assisté à une mobilisation très forte de la communauté des Parisiens pendant les attentats, mobilisation qui s'est beaucoup exprimée sur les réseaux sociaux, dans des processus d'auto-organisation et de solidarité remarquables, que ce soit pour trouver un refuge en urgence, pour chercher des proches, pour résister aussi, garder la tête haute, etc. La résilience urbaine fait partie intégrante de la ville intelligente. Paris et les Parisiens ont fait la preuve de leur résilience et de leur intelligence en utilisant la devise de la ville « Fluctuat nec mergitur » pour manifester leur résistance. La communauté de l'innovation parisienne, que nous connaissons bien et qui a été touchée au cœur par ces attentats, est demandeuse de contribuer. Nous allons donc organiser en janvier, en partenariat avec la préfecture de police, un événement de mobilisation de cette communauté : les développeurs, les créateurs, mais aussi la société civile, pourront apporter à la police et aux services de l'État des idées de solutions de prévention, d'alerte et de gestion des crises.

À l'initiative de Paris, les villes se réunissent parallèlement à la COP21 lors d'un sommet des maires. Pourquoi ne pas s'en remettre aux États dans ce combat ? Avez-vous des objectifs propres aux villes-mondes ?  Quelles seront les étapes suivantes ?

Le principe des négociations climatiques a été posé à Rio, lors du sommet de la Terre de 1992. Sous l'égide des Nations unies, ce sont les États qui négocient les textes. Mais dès le départ, la convention de Rio prévoyait une place pour les villes et les collectivités locales, qui sont associées aux pourparlers. Depuis cette époque, les villes ont pris sur le terrain de plus en plus d'importance. D'une part, parce qu'elles abritent aujourd'hui plus de la moitié de la population mondiale et qu'elles produisent l'essentiel des rejets de gaz à effet de serre. Ensuite parce qu'elles appliquent au quotidien des solutions innovantes et concrètes pour lutter contre le dérèglement climatique, en particulier en matière de transport, de logement et de consommation énergétique. Le sommet des maires, qui réunira plusieurs centaines de maires du monde entier à l'Hôtel de ville, le 4 décembre, sera la consécration de cette diplomatie des villes-mondes, qui seront dès lors des partenaires internationaux incontournables. Pour la première fois, les villes-mondes vont unir leurs forces et leur énergie à Paris, avec pour objectif ambitieux d'apporter une contribution décisive en vue de la signature d'un accord final en décembre. 

Comment faire pour que l'extension continue des villes ne devienne pas  un facteur de désagrégation de la vie sociale ?

Notre ville doit pouvoir se développer sans nier ou lisser les particularités qui font sa valeur. Paris ne doit ni céder à l'uniformisation marchande ni réduire la place publique à sa fonction commerciale. Nous devons, au contraire, permettre à l'espace public de redevenir un lieu vivant accordant une large place aux échanges, aux discussions, aux débats. Pour que la vie sociale à Paris soit protégée et favorisée, nous devons préserver notre culture et l'inviter à se révéler. Cela implique de connaître et reconnaître ce qui fait la singularité de Paris. Cette singularité est notre bien le plus précieux et il nous appartient de la placer au cœur de nos projets urbains. C'est en raisonnant de cette façon que nous parviendrons à tirer profit de notre histoire urbaine sans la dénaturer, et que nous permettrons le développement de Paris dans le respect de notre culture locale.

Le numérique apparaît comme indispensable dans le combat contre  le réchauffement climatique. Cet outil porte aussi le risque d'être  un dissolvant puissant des relations entre les habitants. Peut-on éviter que cet univers connecté ne s'érige comme un but en soi ?

La ville intelligente s'appuie certes sur le formidable potentiel des nouvelles technologies, mais elle est bien plus qu'une ville numérique. Elle n'a de sens que si elle est le lieu au sein duquel la technologie sert l'humain, contribue à l'inclure dans la vie de la cité pour l'associer à la création du service public et à la décision politique.Nous voulons élargir nos dispositifs de participation citoyenne qui sont trop souvent réservés aux mêmes en ouvrant au maximum la palette des outils de participations : le budget participatif en est un bon exemple, mais également notre plate-forme de création collective de projets, la mise en place de la e-pétition. En veillant bien sûr à ne jamais exclure, et sans que ces outils complémentaires viennent se substituer aux mécanismes de participation existants.

Les centres de données sont des éléments clés des économies énergétiques à réaliser. Pourtant, ce sont aussi de gros consommateurs : par exemple, les centre de données américains ont consommé en 2013  autant que les foyers new-yorkais pendant deux ans ! Comment éviter que les économies réalisées par le numérique ne soient illusoires ?

À Paris, nous avons décidé de tabler sur la récupération de la chaleur produite par les centres de données : nous allons construire pour les besoins propres de la collectivité un centre de données écoresponsable qui valorisera la chaleur produite par les serveurs en chauffant des serres d'agriculture urbaine sur le toit, et contribuera à l'alimentation d'un réseau de chaleur local. Plusieurs autres projets sont par ailleurs déjà engagés : par exemple, un centre de données va couvrir 50 % des besoins de chauffage et d'eau chaude sanitaire de 150 logements sociaux, d'une crèche et de six commerces, dans le XVe arrondissement, à partir de juin 2016. C'est également un centre de données qui viendra chauffer la piscine municipale de la Butte-aux-Cailles, dans le XIIIe arrondissement, à partir de l'année prochaine. Nous expérimentons également, depuis février 2015, le chauffage par des radiateurs, qui sont des minicentres de données décentralisés, dans une centaine de logements sociaux du XVe arrondissement.

Impliquer les citoyens dans la réussite de ces défis suppose de promouvoir 
un changement éthique  des comportements, autant individuels que collectifs. Quels sont les leviers que vous comptez actionner pour impliquer les citoyens-usagers ?

L'instauration de nouveaux outils de participation des citoyens à la vie de la collectivité est l'une des priorités du mandat. C'est dans cette perspective que l'une des premières réalisations de ma mandature a été d'instaurer un budget participatif ouvert à tous les habitants, sans condition d'âge ni de nationalité. Au total, un demi-milliard d'euros sera consacré à la réalisation de projets directement imaginés et proposés par les Parisiens. Les deux premières années ont montré à quel point ce dispositif est apprécié. Si ce budget participatif suscite un tel enthousiasme, c'est qu'il est véritablement un outil de déconcentration du pouvoir, pour le porter au plus près des citoyens en leur donnant la possibilité d'agir directement sur leur ville. Au-delà de ce projet, la transparence que nous avons instaurée dans notre gestion de la municipalité, avec la charte « open data » et l'ouverture des commissions d'attribution des logements sociaux, sont autant de façons de renforcer le lien entre les Parisiens et leurs élus municipaux. Enfin, nous faisons aussi directement appel aux habitants pour être partie prenante de grands projets d'aménagement urbain.

Est-il possible d'accommoder croissance économique et tension environnementale, foncier qui se raréfie, nouvelles exigences de services, ville 
de plus en plus dense et respect de la biodiversité ?

En permettant à l'écologie de réformer et même de révolutionner l'économie. C'est ce que nous entreprenons à Paris avec le développement de l'économie circulaire. Il s'agit de mettre fin au conflit entre marchandises et ressources, valeurs d'échange et valeurs d'usage. En substituant la logique du réemploi à celle du remplacement, nous devons mettre chacun en situation de retisser avec son environnement, pris dans le sens le plus large possible, les liens sensibles, à défaut desquels toute création de richesse s'accompagne d'une dilapidation de ressources. Un tel changement de paradigme s'accompagne évidemment d'une redécouverte des richesses inhibées dans nos sociétés totalement conditionnées par l'impératif de consommation. Il refait ainsi émerger des formes de sociabilité, de partage et de démocratie capables de restaurer la cohésion sociale mise à mal par la concurrence qu'impose l'économie de l'obsolescence et de la rareté. En cela, l'économie circulaire est à la fois soucieuse de la nature qu'elle protège et de la culture qu'elle fait grandir.

Vous avez décidé de faire une place importante aux écoquartiers. Permettent-ils réellement de faire face à la pression des ressources, en particulier énergétiques ? Constituent-ils une offre crédible d'urbanisation ?

La politique d'aménagement urbain de Paris met la notion d'écoquartier au cœur de son action depuis 2001. Ainsi, des quartiers déjà réalisés et labellisés ont vu le jour dans les XIIIe et XXe arrondissements. D'autres sont en train d'être finalisés dans les XVe et XVIIe. Mais tout nouveau projet urbain répond aujourd'hui aux impératifs écologiques. C'est dans cet esprit que nous encourageons partout la mixité sociale et fonctionnelle, que nous privilégions la ville compacte, pour limiter l'imperméabilisation des sols et lutter contre l'étalement urbain, ou encore que nous végétalisons de nombreux immeubles. Nos nouveaux quartiers intègrent des fonctions logistiques en cœur de ville, à l'image du centre de tri et de la collecte pneumatique à Batignolles. Ils répondent à un choix politique assumé : celui de reconstruire la ville sur la ville. C'est ce que nous faisons sur l'ensemble du territoire parisien, notamment en intégrant les enjeux environnementaux au Plan local d'urbanisme en cours de modification.

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Illustration de la newsletter Climat & environnement

Après la COP21, la conférence mondiale de l'Onu Habitat III se tiendra  à Quito, en octobre 2016. Quelle place représente ce rendez-vous dans votre agenda politique ?

Il y a toute sa place. Pour les villes du monde entier, la conférence Habitat III sera l'un des grands rendez-vous internationaux de 2016, le moment où sera défini l'agenda urbain de l'Onu pour les dix années à venir. Nous nous impliquerons dans les négociations et nous ferons en sorte que les solutions des villes soient mises en valeur et encouragées. Paris portera aussi le combat du développement économique partagé, de l'inclusion sociale et de la réduction des inégalités dans nos territoires. Nous devons, à travers Habitat III, avancer vers un monde plus juste et plus solidaire. C'est la raison pour laquelle je souhaite mettre en place un réseau mondial des villes inclusives, qui travaillera sur la promotion des opportunités économiques au service des entrepreneurs solidaires et des personnes les plus vulnérables.

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Cet entretien est extrait de l'hebdomadaire La Tribune édition spéciale COP21, en kiosque vendredi 27 novembre, et disponible en ligne ici.

Max Armanet

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