Pour gagner... Il faut plagier

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le plagiat se répand dans la communauté scientifique comme une traînée de poudre. La communauté scientifique ne fait que reproduire le comportement du monde économique. Et pour cause : pourquoi créer quand imiter rapporte plus ?

Une nouvelle affaire de plagiat fait scandale outre-Rhin. La chef de file des libéraux allemands au Parlement européen, Silvana Koch-Mehrin, vient d'être épinglée par les cybertraqueurs pour avoir copié de nombreux passages dans sa thèse de doctorat. L'ancien ministre de la Défense, Karl-Theodor zu Guttenberg, avait déjà été contraint à la démission pour le même forfait.

En sciences, le plagiat est un acte grave : celui qui se fait prendre voit sa réputation ruinée. Pourtant, le plagiat se répand dans la communauté scientifique comme une traînée de poudre, à tel point que les universités se dotent de codes de bonne conduite et de logiciels sophistiqués pour dépister les plagiaires. La pratique a toujours existé mais son ampleur surprend. Selon différentes études menées aux Etats-Unis, un quart des mémoires universitaires seraient réalisés en un clic de souris. Les outils informatiques et les moteurs de recherche facilitent la tâche des fraudeurs, et, dans cette culture Internet, peu d'entre eux ont conscience de mal agir. Mais si les dérapages se multiplient, c'est aussi parce que la communauté scientifique ne fait que reproduire le comportement du monde économique.

Certes, le capitalisme naissant a très vite inventé la propriété intellectuelle pour protéger ses brevets et... ses situations de rente. Mais la culture de la performance, du chiffre, du résultat à tout prix qui s'impose désormais dans de larges pans de l'économie l'emporte sur toute autre considération. Le plagiat est même devenu un mode de management. Et la science n'échappe plus à la règle. Un président d'université, soucieux des classements internationaux, recrutera ainsi ses chercheurs en fonction du nombre d'articles publiés et de leur impact plutôt qu'en fonction de l'originalité des travaux. De son côté, chaque candidat aura intérêt à découper en tranches sa recherche pour multiplier les articles que personne n'aura le temps de lire. Dès lors, la sélection se fera davantage sur une batterie de critères quantitatifs (nombre de citations, de publications...) que sur le qualitatif. En résumé, les valeurs fondamentales de la science sont soumises aux mêmes pressions concurrentielles que le monde de l'entreprise. Et les comportements s'en ressentent. L'esprit scientifique s'imprègne des valeurs de la réussite entrepreneuriale. Il apparaît de plus en plus difficile de prôner la transparence, l'éthique ou l'objectivité des résultats quand aucune de ces valeurs n'est plus le gage de la reconnaissance professionnelle ou de la réussite. Le scientifique ne reste plus insensible à la prospérité des financiers, princes de la manipulation, ou aux nouveaux hérauts des temps modernes, les rois de la Silicon Valley qui, tels Bill Gates (Microsoft) ou Mark Zuckerberg (Facebook), ont bâti leur fortune sur un plagiat originel.

Plus contraignant encore, la mode n'est plus à la science pionnière et aventureuse. On se méfie de la science et la prise de risque est de moins en moins acceptée. L'opinion, les institutions, les entreprises veulent un monde sans risque dans lequel la création n'a plus de droit de cité. Et, de fait, pourquoi créer quand imiter rapporte plus ?

Ce n'est donc pas un hasard si l'imitation, sinon le plagiat, est si fortement ancrée dans notre époque. Le monde des arts et de la littérature l'avait anticipé. La liberté artistique permet tout, même de travailler sur les idées des autres. On s'extasie devant une pâle copie de Marcel Duchamp. On célèbre le roman d'une jeune fille qui s'avère être une simple compilation de blogs. Même les philosophes sont appelés à la rescousse pour célébrer l'imitation comme en témoigne le regain d'intérêt pour les écrits de Gabriel Tarde, précurseur de "l'acteur réseau", pour qui l'Histoire n'est qu'une succession d'imitations. Et le modèle chinois, tant célébré à Davos, devrait balayer les dernières réticences. Pour les Chinois, le plagiat est une notion juridique occidentale périmée et l'imitation est un facteur de progrès et de développement. C'est clair, le succès est désormais au bout du plagiat.

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