Après l'informatique et la téléphonie mobile avec l'arrivée d'Internet, c'est au tour de l'industrie de faire sa révolution. Pour une fois, les États-Unis se sont fait griller la politesse par l'Europe. Et, plus précisément, par l'Allemagne.
Au printemps dernier, Angela Merkel en personne a voulu marquer le coup à la Foire industrielle internationale de Hanovre, avec un discours sur « La sécurisation de l'avenir de l'industrie manufacturière allemande ».
Avec ce discours au titre quelque peu austère, la chancelière allemande a « mis les mains dans le cambouis » des machines-outils, des robots, des automates programmables, des réseaux informatiques temps réel… pour lancer le concept d'« industrie 4.0 ».
Ringardisant le concept américain de Smart Industry des années 1990, cette industrie 4.0 fait rimer les technologies industrielles avec la culture de la génération Y, celle des réseaux sociaux, des applications mobiles, du financement participatif, de l'Internet des objets.
Dans le même esprit, cet automne, c'est François Hollande qui a porté sur les fonts baptismaux les 34 plans de reconquête pour lancer la France industrielle de demain. Au menu : la voiture qui ne consommera que deux litres au 100 km, l'avion électrique, les navires écologiques, l'usine du futur, etc.
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Ces deux gestes politiques de grande envergure entendent ainsi jeter les bases d'un avenir fort pour l'industrie européenne. En lui donnant des allures plus attrayantes et plus « sexy », loin des usines aliénantes et polluantes.
François Hollande, promoteur de la Nouvelle France industrielle, visite l'usine Bolloré de batteries pour véhicules électriques, à Ergué-Gaberic (Finistère), en septembre dernier / DR
En clair, l'industrie 4.0 constitue la 4e révolution industrielle.
Plus concrètement, l'informatique de l'industrie 4.0 vise à bâtir une expression virtuelle non seulement des produits et des usines qui vont les fabriquer, mais aussi des modèles économiques, marketing, logistiques et financiers.
C'est en effet l'une des grandes promesses de l'industrie 4.0 : séduire les consommateurs avec des produits uniques.
Un des grands changements apportés par l'industrie 4.0 sera donc de fabriquer des produits personnalisés… au prix du produit standard ! Pour cela, on peut déjà recourir à des « configurateurs » de produits accessibles par tables ou tablettes tactiles en concession, en magasin ou sur Internet…
Derrière ces configurateurs, le logiciel de saisie de commandes va envoyer les ordres de production à des lignes de fabrication capables de s'auto-configurer. À cet égard, les industriels de la cuisine et des salles de bains montrent l'exemple de la transition numérique : ils sont passés de la production de meubles à l'aménagement d'espaces de vie…
Pour autant, l'intégration de l'industrie 4.0 va-t-elle jusqu'à simuler l'usine et les automates qui pilotent les machines-outils, les bras articulés des robots à commande numérique, les variateurs de vitesse des presses et laminoirs, etc. ? Oui. Et, bonne nouvelle, sur ce terrain, les Européens ont une longueur d'avance.
À commencer par Dassault Systèmes, qui a développé une compétence en exécution de fabrication avec l'acquisition de la société Intersim. Cet éditeur de logiciels offre des outils certifiés permettant de gérer l'assemblage de produits complexes et de grande envergure (comme les avions). En juin dernier, Dassault Systèmes a également racheté Apriso, dont les logiciels s'attaquent aux grandes opérations industrielles, cette fois-ci au niveau de l'état-major d'une multinationale.
Concevoir des avatars et des modèles virtuels des unités de fabrication permet d'optimiser les processus. Dassault Systèmes est le leader mondial des outils d'ingénierie collaborative. /DR
De son côté, Siemens édite un des trois plus grands systèmes de conception numérique ainsi qu'un superviseur de fabrication industrielle. Surtout, le fabricant allemand est le champion européen des automates programmables industriels. Un atout considérable. Car tous les autres éditeurs de logiciels de conception numérique et d'exécution de la fabrication sont obligés, à l'instar de l'américain PTC (concurrent frontal de Dassault Systèmes), avec General Electric, de conclure des alliances plus ou moins formelles avec les fabricants d'automates.
Comme ABB, Beckhoff Automation, B&R, Emerson, Honeywell, Mitsubishi, Omron, Rockwell Automation ou Schneider Electric. Outre le décloisonnement des services de l'entreprise, la révolution en cours de l'industrie 4.0 ne se contente pas de rendre les usines « intelligentes ». C'est le monde entier qui va devenir « intelligent » grâce à l'Internet des objets et aux services connectés.
En clair, des milliards d'objets vont se mettre à communiquer, à envoyer des milliards de milliards de données dans le cloud, qui seront analysées par le Big Data. En quoi cet immense bavardage pourrait-il servir à l'industrie 4.0 ?
De quoi redonner une nouvelle vigueur à l'industrie européenne pour à nouveau séduire les jeunes talents. À commencer donc par les adeptes des FabLabs. Lancés à la fin des années 1990 par Niel Gerschenfeld, un chercheur du Media Lab au MIT (Massachusetts Institute of Technologies), les FabLabs veulent lutter à la fois contre la délocalisation de la fabrication en Asie et les produits universels à l'obsolescence programmée.
De fait, les 250 FabLabs dans le monde (dont une trentaine en France) s'appuient sur une charte mondiale (wiki.fablab.is) qui respecte les lois du pays hôte et interdit la fabrication de produits nuisibles, dangereux ou contrefaits.
D'où le soutien de la ministre déléguée aux PME, à l'Innovation et à l'Économie numérique, Fleur Pellerin, qui a lancé un appel à projets pour susciter la création de 50 à 100 FabLabs d'ici à la fin 2014.
L'équipement emblématique du FabLab, c'est l'imprimante 3D. À cet égard, Emmanuel Gilloz, du FabLab de Nancy, a créé la FoldaRap, qui est pliable et dont les plans sont publics et tous les constituants trouvables dans le commerce pour 200 à 300 euros.
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L'auteur de ce « Hardware Open Source » propose alors aux possesseurs de la FoldaRap de leur acheter les pièces qu'ils vont fabriquer. De quoi lancer une start-up industrielle « distribuée ». En quinze jours, son projet a été financé à 300% sur la plate-forme de crowdfunding Ulule. Bienvenue dans l'industrie 4.0!
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