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Pourquoi le Rafale s'est grippé au Brésil

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 20 décembre 2013 à 06:02 - Mis à jour le 28 octobre 2014 à 06:30

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Le Rafale n'atterrira pas au Brésil. Quatre raisons expliquent ce nouvel échec à l'export de l'avion de combat tricolore face à un rival suédois bien plus modeste, le Gripen.

Pourquoi le Rafale a perdu face au Gripen de Saab au Brésil ? Ce n'est pas réellement une surprise tant l'avion de combat tricolore avait perdu du terrain ces dernières années par rapport à ses rivaux, d'abord le F-18 de Boeing avant qu'il ne soit emporté par la déferlante Snowden, puis le Gripen, l'avion de combat low cost de l'avionneur suédois.

Saab a dû être sacrément décoiffé par cette très heureuse annonce. Car ce qui est un coup de théâtre, c'est le timing choisi par la présidente Dilma Rousseff. Elle a surpris nombre d'observateurs persuadés que Brasilia ne renouvellerait pas sa flotte de combat avant 2015.

1/ Le Rafale, favori de Lula... mais pas de Rousseff

Longtemps, le Rafale a été le favori des Brésiliens. Ce statut a surtout tenu par la relation personnelle et excellente qu'ont entretenu les deux anciens présidents, Lula et Nicolas Sarkozy, qui avait réussi à imposer l'avion de combat tricolore dans un environnement pourtant hostile. Car ni l'armée de l'air, ni l'industriel emblématique du Brésil Embraer ne roulaient pour le Rafale.

En dépit des réticences, Lula avait imposé le Rafale. "C'est Nicolas Sarkozy qui a vendu le Rafale, ce n'est pas nous. Le succès lui revient", avait même estimé lors de la visite de Nicolas Sarkozy au Brésil en septembre 2009, l'ancien PDG de Dassault Aviation, Charles Edelstenne. Ce dernier a toujours considéré cette campagne commerciale comme très politique."Entre le Brésil et la France, il ne s'agit pas d'une relation de fournisseur à client, mais d'un partenariat", avait ainsi affirmé Nicolas Sarkozy dans un entretien paru lors de cette visite au Brésil dans le quotidien "O Globo".

Mais le président Lula qui avait promis de sélectionner le Rafale peu avant son départ en décembre 2010, n'a pas tenu sa promesse. Pourquoi ? Mystère. Mais des rumeurs de rétrocommissions ont plané, avec la présence de certains intermédiaires français, qui sont apparus dans des affaires sulfureuses autour de l'ancien président de la République. Une fois au pouvoir, Dilma Rousseff n'a jamais eu d'affectio societatis pour la France et ses dirigeants en général, et le Rafale en particulier. Dès lors, le Rafale était condamné à jouer les faire-valoir.

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2/ Le Brésil entre crise économique et grands travaux

"Il y a quatre ans, le Brésil aurait pu faire le choix du Rafale. La situation économique était un peu meilleure , il n'y avait pas cette crise de la classe moyenne. Et, il n'y avait pas la perspective du financement des Jeux Olympiques et de la Coupe du monde", explique à l'AFP le directeur adjoint de l'Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), Jean-Pierre Maulny.

"Avec le Gripen, les Brésiliens ont finalement un rapport qualité/prix excellent", poursuit Philippe Plouvier, du cabinet de consultants en stratégie Roland Berger. Une équation essentielle en période de restrictions budgétaires.

3/ L'armée de l'air n'a jamais soutenu le Rafale

Une partie de l'armée de l'air brésilienne, notamment son chef d'état-major, toujours en place, Juniti Saito, n'a jamais plaidé pour le Rafale, défendu par Lula. Mais en revanche la FAB a toujours été intéressé par le Gripen. En janvier 2010, elle avait expliqué que Saab offrait le Gripen "pour la moitié du prix du Rafale, soit quelque 70 millions de dollars, et l'heure de vol est quatre fois moins chère que celle du Rafale".

C'est ce qui embarrassait le plus les aviateurs. Les coûts de maintenance et le coût de l'heure de vol du biréacteur tricolore jugés trop élevés faisaient périodiquement l'objet de critiques au Brésil, notamment dans l'armée de l'air... où il y avait toutefois des partisans du Rafale.

Mais par rapport au Gripen, un monoréacteur dont la dernière version n'existe pas mais qui avance des coûts délirants de l'heure de vol (4.500 euros), les Brésiliens considéraient que le coût de maintenance du Rafale restait trop élevé. "Tout le budget ira à la maintenance", entendait-on dire au Brésil. Selon nos informations, l'heure de vol du Rafale s'élèverait entre 12.000 et 15.000 euros.

4/ Le Brésil a déjà beaucoup acheté à la France

La France et le Brésil ont un partenariat stratégique qui a porté ses fruits pour l'industrie tricolore. "Paris ne peut pas tout avoir", estimait mercredi une source brésilienne. Ainsi, le groupe naval DCNS a signé en 2009 un contrat de 6,7 milliards d'euros sur la construction en partenariat avec la marine brésilienne de cinq sous-marins, dont un sous-marin nucléaire d'attaque (SNA). Un autre important contrat, signé en 2008, porte sur la production par Helibras, filiale brésilienne d'Eurocopter, de 50 hélicoptères militaires de transport EC725 (Caracal), qui seront fabriqués au Brésil.

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Plus récemment, lors de la récente visite au Brésil de François Hollande, plusieurs contrats ont été signés à l'occasion de ce déplacement. Notamment l'engagement de Total aux côtés du brésilien Petrobras sur le champ pétrolier offshore de Libra. Areva a également signé un contrat de 1,25 milliard d'euros pour la construction d'un troisième réacteur à la centrale d'Angra.Puis, Thales va signer la fourniture d'un satellite de télécommunications à usage dual - civil et militaire - tandis qu'Arianespace le lancera. Un contrat global de 400 millions d'euros.

Enfin, le groupe informatique Bull a par ailleurs signé une lettre d'intention en vue de fabriquer localement des supercalculateurs.

Michel Cabirol

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