Alors que le monde se réarme et que de très nombreuses marines se renforcent (sous-marins et bâtiments de surface), le format de la Marine nationale reste inchangé. Et ce en dépit de la multiplication des crises. Si elle glisse inexorablement dans le classement mondial des marines en nombre de bateaux en raison des contraintes budgétaires, elle se maintient à un très bon niveau opérationnel grâce sa flexibilité et à sa maîtrise des technologies clés.Avec 70 bâtiments, la Marine nationale pointe à la 10e place du classement mondial des marines en nombre de navires (bâtiments de surface et sous-marins), selon une étude du Gican (Groupement des Industries de Construction et Activités Navales) dévoilée ce lundi au salon Euronaval, qui ouvre ses portes ce lundi. Dixième ex-æquo avec l'Égypte... Dépassée par la Corée du Nord (86 unités), le Japon (109), la Turquie (110), la Corée du Sud (110), l'Inde (121) et l'Indonésie (132). Et évidemment très loin du trio de tête : Chine (455), Russie (259) et Etats-Unis (246). Confrontée à la multiplication des crises violentes qui se cumulent toujours aux missions traditionnelles (protection de la métropole, des territoires outre-mers, des intérêts vitaux avec les sous-marins et des intérêts économiques), la Marine nationale doit aujourd'hui choisir ses missions alors qu'elle doit faire face à des attaques de drones (aériens et de surface), des missiles anti-navires et des missiles balistiques en mer Rouge de la par des Houthis, alliés de l'Iran.
« Choisir, c'est renoncer »
C'est ce qu'a d'ailleurs expliqué mi-septembre le chef d'état-major de la Marine, l'amiral Nicolas Vaujour, devant les députés de la Commission de la défense : « Je suis extrêmement tiraillé par un nombre de bateaux qui est ce qu'il est mais je suis obligé d'optimiser au maximum pour faire porter l'effort non pas partout et en même temps parce que, cela, je ne suis pas capable de le faire mais pour faire porter l'effort là où nous estimons qu'il est nécessaire et urgent tout en essayant de partager le fardeau avec d'autres, notamment nos partenaires européens comme on le fait aujourd'hui en Mer Rouge, au large de la Libye et un peu ailleurs ». La Marine nationale déploie actuellement 43 navires en mer (4.600 marins).
Ce constat n'est pas nouveau. Les prédécesseurs de l'amiral Vaujour l'avaient regretté avec plus ou moins de liberté de parole. Notamment depuis la loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019, qui a fixé à 15 seulement le nombre de frégates de premier rang (contre 18 lors de la précédente LPM, et 24 en 2008). Depuis le monde a changé mais le format des frégates est resté lui inchangé en raison de contraintes budgétaires liées à la situation financière dégradée de la France. Au-delà de l'adaptabilité de la Marine nationale à remplir ses missions, la masse pourrait éliminer des choix difficiles. Car comme l'a rappelé le chef d'état-major de la marine, « choisir, c'est renoncer ». En 2025, la marine va recevoir sa première frégate de défense et d'intervention (FDI) tandis que le ministère va commander fin 2025 le successeur du porte-avions Charles de Gaulle, qui devrait être retiré du service en 2038.