En tant qu'actionnaire de MBDA, estimez-vous que le missilier doit se réorganiser pour devenir plus efficace sur le plan industriel ?
Il faut partir du besoin. MBDA est une entreprise avec de très grands succès mais aujourd'hui elle a besoin d'une réorganisation. Cet objectif est complètement partagé entre les actionnaires et le président de MBDA, Eric Béranger. MBDA vit dans une organisation, qui a seulement été légèrement modifiée en 2007 par rapport à celle qui était en place lors de la création de MBDA en 2001 quand l'entreprise réalisait deux milliards de chiffre d'affaires. Aujourd'hui, MBDA a un carnet de commandes de plus de 35 milliards d'euros. C'est énorme. Soit MBDA se réorganise pour atteindre rapidement un chiffre d'affaires de six milliards d'euros, soit ce sera un échec pour écouler rapidement ce carnet de commandes.
Est-ce possible de faire évoluer l'organisation dans une entreprise souveraine comme MBDA, avec trois pays clients membres fondateurs ?
C'est certainement faisable. Aujourd'hui, l'export représente 50% du chiffre d'affaires de MBDA. Cette entreprise doit évoluer afin de grandir et de s'améliorer en efficacité sur le plan industriel. C'est ce qui doit guider factuellement tous les acteurs de ce dossier. C'est ce que nous faisons dans nos discussions : comment réussir cette transformation sans détruire l'entreprise ? Bien sûr que nous ne voulons pas détruire une entreprise qui a réussi. Mais nous souhaitons la rendre plus efficace et plus rapide pour livrer ses clients. Nous devons changer les comportements pour améliorer l'organisation mais aussi la chaîne d'achat et la chaîne de valeur en général. MBDA doit également réfléchir pour améliorer la rapidité de développement des nouveaux produits. C'est également dans l'intérêt des trois principaux clients. Il y a beaucoup d'intérêt des ministères de la Défense italien, français et britannique pour avoir une entreprise plus rapide, plus efficace et moins chère dans certains cas. C'est vraiment dans cet esprit que nous souhaitons voir évoluer l'organisation de MBDA.
Estimez-vous que cette transformation favorise les Italiens ?
MBDA a toujours été une entreprise avec des responsabilités équilibrées. Leonardo est un partenaire à 25%. Je suis vice-président et je me sens complètement engagé en partageant tout ce que nous faisons avec BAE Systems et Airbus mais aussi les clients qui semblent nous faire confiance. Bien sûr, le président est aujourd'hui britannique, le CEO est français. En tant qu'Italiens, nous n'avons jamais demandé de changer la gouvernance. Et nous ne le ferons pas encore aujourd'hui. Nous avons la responsabilité avec les Français de l'exportation. Nous estimons que cette responsabilité partagée est une excellente coopération au sein de MBDA, la France ayant toujours pris soin de l'exportation depuis près de 25 ans. La direction financière a toujours été confiée aux Britanniques à la satisfaction de tous les partenaires. En Italie, nous avons également des domaines d'excellence. L'Italie a beaucoup investi récemment dans le domaine des missiles. Parmi toutes les nations de l'Union européenne, elle est celle qui a le plus investi dans les missiles ces trois ou quatre dernières années.
Leonardo est également un pivot de la consolidation de l'armement terrestre. L'alliance entre Rheinmetall et Leonardo est-elle une façon de marginaliser KNDS et la France ?
En raison de l'accélération des conflits, l'industrie de l'armement terrestre a dû s'organiser pour accélérer bien avant le conflit entre la Russie et l'Ukraine. Les négociations que j'ai vécu personnellement entre KNDS et Leonardo ont commencé avant l'invasion de la Russie en Ukraine. Stratégiquement, l'Italie avait comme première nécessité industrielle de participer à la consolidation des industriels de l'armement terrestre, en ayant en tête le modèle MBDA. Parce qu'on croit fortement au modèle MBDA et on estime que ce modèle fonctionne même s'il faut l'adapter. Nous voulions trouver un accord avec KNDS mais nos discussions avec KNDS ont échoué.