Pourquoi la France peine à exporter ses matériels terrestres (2/3)

Dans le domaine de l'armement terrestre, la France n'est pas une grande nation exportatrice. Elle a très longtemps sacrifié son armée de Terre et son industrie sur l'autel des arbitrages budgétaires.
Michel Cabirol

4 mn

Sur les 20 dernières années, la France a sacrifié son industrie spécialisée dans l'armement terrestre
Sur les 20 dernières années, la France a sacrifié son industrie spécialisée dans l'armement terrestre (Crédits : reuters.com)

Indéniablement la France peine à exporter les matériels terrestres utilisés par l'armée de Terre. En règle générale, les promesses de grands contrats restent toujours pour certaines à l'état de promesses et, pour d'autres, ont été déçues par des décisions contraires de clients, qui ont préféré se tourner vers des matériels concurrents. C'est le cas notamment pour le VBCI qui collectionne pour différentes raisons les échecs (Canada, Liban, Emirats Arabes Unis, Danemark) en dépit de son efficacité opérationnelle démontrée au Mali.

Il est vrai que la concurrence internationale dans le secteur terrestre avec la montée des industriels des pays émergents et des matériels "low cost", est beaucoup plus importante que dans les deux autres filières (aéronautique et naval). Sur les marchés grand export, la situation s'est donc aggravée en raison de la présence de très nombreux concurrents qu'ils soient classiques américains, allemands et russes ou qu'ils soient émergents, comme les pays asiatiques, la Turquie et l'Afrique du Sud etc... Par exemple, il existe une cinquantaine d'acteurs environ dans les blindés légers.

Pourquoi une telle déception ?

"Nous n'avons pas eu le sentiment que l'exportation était la priorité de la direction précédente de Nexter", explique-t-on également au sein du ministère de la Défense. Depuis la très dure restructuration de GIAT-Industries (devenu Nexter Systems) au début des années 2000, les différents présidents (Luc Vigneron puis Philippe Burtin) n'ont guère investi dans le domaine de l'exportation. Il est vrai que les déboires financiers du contrat Leclerc aux Emirats Arabes Unis (EAU) signé en 1993, ont longtemps hanté le groupe.

Enfin, Stéphane Mayer a estimé lors de son audition à l'Assemblée nationale en mars dernier que "les contrats en matière de défense terrestre, sans doute moins visibles, apparaissent moins prioritaires que certains contrats d'exportation dans le domaine aéronautique ou naval". Entre un contrat Rafale ou un contrat VBCI au Qatar, la priorité de l'Etat français a été rapide... Et quand un pays souhaite un contrat d'Etat à Etat comme le Danemark pour acquérir 18 systèmes Caesar (artillerie), la France refuse.

La France a sacrifié son industrie d'armement terrestre

Sur les 20 dernières années, la France n'a pas hésité à sacrifier la filière industrielle spécialisée dans l'armement terrestre, qui n'est "plus un secteur de souveraineté stratégique", comme l'expliquait encore récemment le ministère de la défense. Ce qui a permis aux différentes majorités qui se sont succédé de sacrifier les investissements dans cette filière au nom de la contrainte budgétaire. "On ne peut plus tout faire", a-t-on entendu à de nombreuses reprises de la part de ministres et de responsables politiques ces dernières années.

Symbole de cette politique de retrait, le prochain fusil d'assaut de l'armée française, le successeur du Famas, sera étranger. Du coup, les industriels tricolores se sont peu à peu éloignés des besoins du marché à l'international. Et ce d'autant que la plupart des matériels terrestres de l'armée de terre encore en service sont très vieillissants : les premiers VAB ont été mis en service en 1976, les AMX10 RC en 1980... Pour autant, il y a eu quelques bonnes surprises comme le Caesar, un canon de 155 millimètres installé sur un châssis de camion 6X6 issu et développé sur fonds propres par Giat Industries à la fin des années 1990. Il a rencontré un certain succès à l'exportation avec la vente de 175 exemplaires, en Arabie saoudite (132 exemplaires), Thaïlande (6) et Indonésie (37)...

Un manque de taille critique

Pour rester un acteur global comme Nexter Systems, l'effet de taille est incontournable. Pourquoi ? Selon Hélène Masson de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), "les exigences grandissantes des Etats clients en matière de transferts de technologies et de savoir-faire impliquent pour les maîtres d'œuvre (et leurs principaux équipementiers) d'être présents sur les marchés ciblés très en amont des appels d'offre (bureau commercial, installation d'une filiale, création d'une co-entreprise avec un acteur local, rachats d'entités) et d'être en mesure d'initier une dynamique de partenariats dans le cadre du contrat (avec des acteurs locaux choisis ou imposés...). Dans de telles conditions, disposer de la taille critique et être en mesure d'innover (dans l'optique de conserver une avance technologique) apparaissent comme de véritables prérequis pour la conquête des marchés export".

Ce qui n'était pas le cas jusqu'ici. Mais le rapprochement (et non la fusion) de Nexter avec l'allemand Krauss-Maffei pourrait peut-être changer la donne face aux deux géants du secteur, BAE Systems et General Dynamics. A suivre...

A Lire ou relire Armement : le flop des exportations de matériels terrestres en 2015

Michel Cabirol

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Commentaires 9
à écrit le 25/07/2016 à 10:13
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Quand la "démarche" d'origine est "cadrée" par nos intellectuels d'administrations...le résultat.... est là..!!!! pour une avance, ou originalités !!! vous repassez dans 10 ans .... Il est connu que nous avons toujours 10 ans de retard .!!! faut f...

à écrit le 20/07/2016 à 18:50
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Pour exporter dans un contexte de concurance importante, il faut ce distinguer par l'innovation , par des matériels bien étudier, des matériels qui sont simple et efficace .... Importants de savoir ce distingue sur les autres fabricants.... Exemple :...

à écrit le 19/07/2016 à 21:24
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Les Émirats Arabes Unis ont testés le VBL Panhard dans les années 2005 2006. Très critiques à la prise en compte des véhicules d’essais, notamment à cause du "petit" moteur 4 cylindres diesel Peugeot de 2 Litres (là bas le véhicule qu'on laisse au ch...

le 20/07/2016 à 18:57
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Il y a toujours eu un problème de logistique dans notre pays, mais le VBL, n'a pas beaucoups évoluer dans le temps.... Toujours pas d'aire bague a l'intérieur, les véhicules équiper d'une tourelle de 12,7mm sont très instable dans les courbes, rien n...

à écrit le 19/07/2016 à 13:10
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Je ne savais rien concernant le refus de la France a vendre le Caesar au Danemark. Par curiosité, quelle est la raison d'un refus d'une vente à un pays ami, allié, démocratique, europeen?

le 19/07/2016 à 20:02
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En principe quand un pays refuse de vendre ce type de matériel a un autre pays ( ami ou autre peut importe ) , c'est que le pays demandeur réclame des contre parties trop importantes ( transaction d'état a état ) . 50 % est quelque chose de normal c...

le 20/07/2016 à 12:50
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Super réponse. Merci. Je ne savais pas que les contreparties pouvaient être supérieure à la valeur du contrat lui-même. Je me demande un peu quel type de contrat, et pour quelles raisons, ils peuvent être signés. C'est en tout cas vraiment intéressa...

le 20/07/2016 à 22:33
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Finalement, des contreparties à 150%, c'est du financement public déguisé, non ?

à écrit le 19/07/2016 à 12:34
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L'idéal serait un rapprochement de Nexter non pas seulement avec les Allemands, mais aussi avec les Britanniques.

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