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Entreprises & FinanceAéronautique & Défense

Pourquoi Safran a enfin pu mettre la main sur Zodiac

Michel Cabirol et Fabrice Gliszczynski

Publié le 20 janvier 2017 à 05:56 - Mis à jour le 20 janvier 2017 à 07:35

Le Quotidien Numérique

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Après un échec en 2010, Safran va enfin racheter Zodiac qu'il n'a jamais cessé de convoiter. Pourquoi cela a marché cette fois-ci ? Quatre raisons à cela : la méthode, l'environnement aéronautique, Zodiac et Safran ont changé depuis six ans.

Safran a annoncé jeudi le lancement d'une offre publique amicale (OPA) visant Zodiac Aerospace, qui donnera naissance à un nouveau géant de l'aéronautique avec un chiffre d'affaires de plus de 21 milliards d'euros. Le nouveau groupe emploiera 92.000 personnes (dont plus de 45.000 en France) et sera présent dans plus de 60 pays. Avec cette acquisition, Safran va devenir le numéro trois du secteur, hors constructeurs d'avions :

Nous allons créer"un leader mondial (...) derrière (les américains) UTC et General Electric, mais très proche, et dans les équipements un chiffre d'affaires de 10 milliards qui va nous situer au deuxième rang mondial", s'est félicité  le directeur général de Safran, Philippe Petitcolin. "Nous créons une combinaison de deux leaders sur leurs marchés respectifs", a-t-il précisé en qualifiant l'opération d'"opportunité unique" pour Safran qui se recentre sur son cœur de métier Aéronautique et Défense.

Dans un communiqué, le chef de l'État François Hollande a salué un rapprochement qui crée "un leader français de niveau mondial dans l'industrie aéronautique". Actionnaire à hauteur de 14% de Safran, l'Etat "restera le premier actionnaire du groupe fusionné", a précisé François Hollande.

Une question de confiance

"Nous avons réussi là où c'était impossible il y a six ans", a confié à la Tribune le président du conseil d'administration Ross McInnes, ravi de cette opération. Tout est résumé dans cette petite confidence. Si les actionnaires de Zodiac ont accepté cette fois-ci la proposition de rapprochement avec Safran, cela n'avait pas été le cas en 2010 quand l'équipementier alors présidé par Jean-Paul Herteman, mal conseillé par son banquier-conseil, avaient été vertement éconduit par le spécialiste des cabines d'avions. Clairement, "le courant n'est pas passé" entre des actionnaires familiaux attachés à leur entreprise et l'ancien direction de Safran qui ne l'a pas compris, a expliqué le président du conseil de surveillance, Didier Domange.

Pourquoi un tel changement d'attitude? "Nous sommes très heureux de cette opération qui est bonne pour l'ensemble des parties prenantes, bonne pour les actionnaires, l'entreprise, les salariés et les clients", a estimé le président du directoire de Zodiac Aerospace, Olivier Zarrouati. D'autant que l'opération annoncée jeudi matin porte sur l'ensemble du périmètre de Zodiac, contrairement à la première fois où, semble-t-il, Safran convoitait qu'une partie de sa cible. "A l'époque, Safran était arrivé comme des éléphants dans un magasin de porcelaine", explique-t-on en outre à La Tribune.

Et les actionnaires de Zodiac? Pour Didier Domange, dont la famille possède 10,84% du capital de Zodiac, "la méthode a changé. Nous avons eu avec Ross (McInnes) et Philippe (Petitcolin) un dialogue loyal, ouvert, respectueux, professionnel, un dialogue d'industriels (...) Ensuite parce que la proposition de Safran a changé. Elle donne à nos actionnaires la plein valeur économique de leurs actifs (...) Elle permet aux actionnaires de référence de Zodiac, familles et associés de FFP (famille Peugeot, ndlr) et FSP (Fonds Stratégique de Participations, soutenu par six assureurs majeurs en France, Ndlr), de continuer l'aventure au sein du groupe Safran, comme actionnaires de long terme, engagés à le rester et impliqués dans sa gouvernance aux côté de l'État avec qui nous allons signer un pacte de stabilité pour donner au groupe issu de la fusion le socle stable et motivé d'actionnaires qu'il mérite".

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L'environnement aéronautique

Si la course à la taille pour répondre à la baisse des prix imposée par les avionneurs ne date pas d'hier, l'environnement aéronautique accentue aujourd'hui plus qu'hier cette tendance qui pousse les équipementiers à se regrouper rapidement. Avec l'absence de nouveaux programmes d'avions et de la faiblesse du prix du carburant qui n'incite pas les compagnies aériennes à commander des appareils neufs, les constructeurs d'avions cherchent davantage à se différencier par une baisse des prix des avions. Ne voulant pas sacrifier leurs marges, ils accentuent la pression sur les prix des achats commandés aux équipementiers, lesquels n'ont pas d'autres choix que de se regrouper pour pouvoir absorber la baisse des prix.

En octobre dernier, Rockwell Collins, spécialisée dans l'avionique et les technologies de l'information, avait ouvert la voie en rachetant son compatriote américain B/E Aerospace, spécialiste des cabines d'avion pour 8,3 milliards de dollars. Voir l'un de ses concurrents s'adosser à un gros équipementier a forcément mis la pression sur les familles détentrices de 11% du capital.

Les difficultés industrielles de Zodiac

Les difficultés de Zodiac ont évidemment pesé dans la balance. Avec les énormes déboires industriels rencontrées depuis deux ans dans son activité de fabrication de sièges d'avion qui ont conduit à des retards importants de livraisons à Airbus et Boeing, Zodiac est aujourd'hui un équipementier affaibli et ne présente plus comme en 2010 le visage une entreprise flamboyante et robuste. La perte de contrôle sur la production observée a montré le manque de préparation de la capacité industrielle de Zodiac à suivre les hausses de cadences imposées par les avionneurs.S'en est suivie une dégringolade du cours de Bourse,  avec un titre qui dépassait de 35 euros en mars 2015 avant que ne soient dévoilés au grand jour le dérapage industriel à un peu plus de 14 euros en février 2016, avant de remonter depuis au dessus des 20 euros avec la mise en place de mesures pour redresser la situation. Le déploiement l'an dernier de son plan Focus de retour à la performance opérationnelle a commencé à porter ses fruits. Pour autant, l'application de ce plan de transformation industrielle qui aurait dû être lancé bien plus tôt risque de reléguer de facto au deuxième rang les efforts de transformation digitale dans lesquelles l'ensemble du secteur est plongé. Face à cette bête blessée, Safran a eu le tact de ne pas jouer les gros bras. En ne mettant pas, selon Zodiac, ces difficultés en tête des sujets à traiter.

Safran a changé

"Au-delà des questions de personnes, le Safran d'aujourd'hui est différent de celui il y a six ans", a estimé Ross McInnes. A l'époque, Safran devait résoudre les problèmes posés par l'intégration des activités de Sagem, a-t-il rappelé. Par ailleurs, le président du conseil d'administration a fait observer que le cours de bourse de Safran a doublé par rapport à cette époque. Ce qui lui confère de la puissance, de la sérénité et de la stabilité. Enfin Ross McInnes et Philippe Petitcolin ont amené une discipline financière très exigeante. Ce qui va rassurer les actionnaires familiaux de Zodiac.

À lire également

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  • Safran s'offre enfin Zodiac
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Le duo à la tête de Safran n'a d'ailleurs pas hésité à se séparer d'une activité jugée "prometteuse", selon Philippe Petitcolin, estimant qu'elle pourrait mieux se développer en dehors du groupe. Dès son arrivée dans le fauteuil de directeur général, il avait déjà en tête une telle cible, Zodiac en faisait partie. Quels sont les critères d'acquisition de Safran ? La cible doit être un fournisseur de rang 1, présente dans la haute technologie et avoir une activité services développée. "L'acquisition de Zodiac coche toutes les cases", a avoué Philippe Petitcolin.

Michel Cabirol et Fabrice Gliszczynski

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